Quel avenir pour l'Etat-Providence en Europe ?

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Maintien de l'Etat-Providence ou équilbre des finances publiques ? Certains gouvernements doivent choisir.
Maintien de l'Etat-Providence ou équilbre des finances publiques ? Certains gouvernements doivent choisir. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
La course effrénée des pays européens à l'équilibre des finances publiques signe-t-elle la fin de l'Etat-Providence ? Des économistes européens tentent d'ébaucher des solutions pour tenter de préserver les avantages du modèle actuel. L'un deux s'inquiète notamment de "la montée des inégalités sanitaires (...), capable de faire exploser la légitimité sociale de l'Etat".

Les objectifs communautaires dans le domaine des finances publiques feront-elles rendre gorge à l'Etat-Providence ? Réunis au Sénat la semaine passée à l'initiative du Cercle de Belem et de l'Institut Jean Lecanuet, des économistes européens formulent une série d'idées pour conserver l'essentiel de ce modèle de redistribution économique et sociale sur lequel pèse notamment le respect de la règle d'un déficit public inférieur à 3% du PIB que s'imposent les pays de la zone euro.

"Penser que l'on puisse fortifier l'euro en faisant moins de social, en sacrifiant l'Etat-Providence sur l'autel de la rigueur est une grave erreur ", a déclaré en préambule du colloque Yves Pozzo di Borgo, le président de l'Institut Jean Lecanuet et sénateur UDI de Paris. "Il est regrettable que l'Europe s'interroge sur la nécessité d'harmoniser les règles fiscales en Europe, et délaisse la question de l'alignement des règles sociales", a-t-il poursuivi, estimant que certaines dépenses sociales, notamment dans l'éducation et la formation devaient être considérées avant tout comme des investissements d'avenir.

La France n'est pas épargnée

Pourtant, de la France à la Grèce en passant par l'Italie et l'Espagne, cette question est bel et bien au centre des discussions. Dans tous ces pays, l'Etat remet en cause le maintien de certaines de ses fonctions, jusqu'ici intouchables, pour espérer tenir ses engagements budgétaires communautaires. Un exemple : la décision prise en 2014 par le gouvernement de Manuel Valls de moduler les allocations familiales est pour beaucoup un certain coup de canif au contrat social tricolore. En Grèce, la forte diminution du salaire minimum dès 2012 a provoqué l'envolée du taux de pauvreté.

Pour la plupart, les économistes étaient globalement sur la même longueur d'ondes, tout en appelant à une réforme du modèle actuel. Citant le cas de l'Italie, Stefano Adama, professeur à l'université de Banja Luka en Bosnie, estime que l'Etat-Providence est au pied du mur.

"Le malaise social est extrêmement fort. Chez les jeunes, l'exaspération est une réalité. La nostalgie de l'Etat-Providence qui, jusque dans les années 1980, assurait l'essentiel des besoins de la population, est très vive. Elle l'est d'autant plus que cet âge d'or est révolu et que les récentes réformes censées restaurer la compétitivité de l'économie italienne et dynamiser le marché du travail n'ont pas encore produit les effets escomptés", observe l'économiste.

Déléguer certaines missions au secteur privé

"C'est la raison pour laquelle l'Etat Providence doit évoluer", avance Pierre Bentata, professeur à l'ESC Troyes et cofondateur avec Nicolas Bouzou du Cercle de Belem:

"Pour faire face au remboursement de la dette, certaines missions non régaliennes pourraient être déléguées au secteur privé. Sinon, ce remboursement ne sera assumé que par une seule classe de citoyens, mettant en péril la cohésion sociale", poursuit-il.

Alexander Fink, professeur à l'université de Leipzig, est également favorable à ce que l'action de l'Etat se concentre « sur ce qu'il sait faire de mieux », à savoir les fonctions régaliennes : défense, police, justice, éducation. En revanche, la couverture des "petites catastrophes", en particulier dans le domaine de la santé devrait être pris en charge par les individus, via un système d'assurances privées.

"Même chose dans certains domaines de la protection sociale. Ne faudrait-il pas mettre fin à la retraite obligatoire pour laisser les individus gérer eux-mêmes le financement de leur retraite future ?", s'interroge l'économiste.

Relever les défis des inégalités sanitaires

"S'il ne se réforme pas, l'Etat-Providence ne pourra pas faire face aux défis majeurs qui se posent à nous et sur lequel aucune réflexion n'est actuellement menée. Citons notamment la montée en puissance des indépendants, qui remet en cause le salariat et la relation employeurs-employés, et le vieillissement de la population ", explique l'économiste.

Sur ce sujet, Pierre Bentata redoute que le modèle de santé ne puisse assumer le coût financier des prochaines avancées technologiques, participant de ce fait à l'émergence d'une médecine à deux vitesses, les personnes aux revenus les plus élevés ayant seules la capacité financière de recourir aux soins les plus performants.

"La montée des inégalités sanitaires est capable de faire exploser la légitimité sociale de l'Etat", avance Pierre Bentata.

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Commentaires
a écrit le 08/12/2015 à 16:21 :
C'est l'austérité. Les caisses sont vides.
a écrit le 08/12/2015 à 9:46 :
L'état providence c'est tout le monde qui veut vivre aux dépens de tout le monde. Ce n'est pas de la générosité. Ça conduit à la ruine car c'est de la distribution pure; la production n'est pas prévue dans ce modèle idéologique. L'état providence, c'est actuellement les parents qui vivent aux dépens des enfants par la dette mais les enfants ne peuvent faire face. Donc c'est cuit.
a écrit le 08/12/2015 à 7:48 :
On attend des économies dans les dépenses publiques, pas pour faire sauter notre système social mais pour être plus efficace
À quand la suppression de multiples agences, du conseil économique et social, du Sénat, de quelques strates territoriales ( pas d'économies avec les 13 régions), de la réduction du nombre de députés, d'audits des communes etc
Bref du concret
a écrit le 08/12/2015 à 0:16 :
L´Eta providence c´est:........."La dégradation manifeste de la situation économique a été systématiquement minimisée, maquillée. Dans la réalité, on décompte aujourd'hui 5,7 millions de chômeurs toutes catégories confondues, dont seulement 3 millions environ reçoivent des indemnisations. Plus de 2,4 millions de personnes touchent le RSA. On évalue à 1,3 millions le nombre de personnes sans travail qui ne touchent aucune aide sociale (que les économistes appellent le halo du chômage). Au total, les personnes victimes du sous-emploi dépassent les 9,4 millions et représentent 32,8% de la population en âge de travailler. Enfin le chômage et le stress qu'il provoque tue chaque année 14000 personnes. Au minimum, 3,5 millions de personnes souffrent du mal logement."......... vous rendez-vous compte, l´Etat providence c est 14000 morts par an!!!!, ce n´est pas un Etat providence, mais un Etat aux mains des criminels!
a écrit le 07/12/2015 à 19:03 :
Vraiment je ne souhaite à aucun des opposants à l'"état providence" d'être frappé par une maladie grave, invalidante et que leur vie soudain soit "mise entre parenthèses".
Vos déclarations sont "économiquement concevables" mais humainement intenables.
Seriez vous capable de garantir que vous aurez un emploi toute votre vie? que RIEN ne viendra ternir l'océan de bonheur que vous vous êtes programmé et pour lequel courageusement vous travaillez chaque jour? Pouvez vous concevoir que le malheur frappe parfois au hasard et blesse jeunes ou vieux, valides ou pas, actifs ou inactifs? L'informatisation et l'automatisation ont libéré les hommes des tâches répétitives et maintenant se proposent de réfléchir à sa place. Que font les grands groupes et multinationales des marges de productivité colossales et des profits engrangés? Ils le redistribuent à leurs actionnaires et distribuent des jetons à leurs conseils d'Administration.
Savez vous que les Confréries de Bâtisseurs ont fondé les "charités" et permis ainsi à leurs membres d'être secourus en cas de misère dans la vie?
Arrêtez de vous considérer com une donnée économique vous êtes avant tout un fait social et historique pour une durée de vie de 81 ans ! Ce n'est pas avec vos affirmations dogmatiques que vous pouvez faire avancer un débat et préserver la vie humaine.
a écrit le 07/12/2015 à 18:05 :
"redoute que le modèle de santé ne puisse assumer le coût financier des prochaines avancées technologiques"...Les avancées technologiques pourraient aussi participer au financement du modèle de santé et pas seulement en profiter. Les grands groupes pharmaceutiques, les constructeurs d'appareils médicaux devraient y songer plutôt que de se préoccuper d'optimisation fiscale.
"Le malaise social est extrêmement fort. Chez les jeunes, l'exaspération est une réalité."
Les jeunes ont toutes les raisons de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière. Il leur faut juste un peu d'élan. Ca ne saurait tarder et ce serait tant mieux, il y va de leur avenir.
a écrit le 07/12/2015 à 16:40 :
Je souhaite que la prime de Noel soit doublée cette année,cela peut etre encore fait avant dimanche
a écrit le 07/12/2015 à 16:25 :
La notion même d'état providence est une monstruosité. Il ne peut y avoir de redistribution que si chacun, à son niveau, travaille dur pour une économie suffisamment prospère pour financer ladite redistribution. Aucune prestation sociale ne devrait être attribuée à qui que ce soit sans une juste contrepartie rendue à la collectivité.
Réponse de le 07/12/2015 à 19:11 :
Ils vont faire la tronche les patron quand ils vont voir des hordes de mendiants mourant de faim et sale sur eux débarquer pour travailler après qu'ils aient perdue leurs RSA... Vous êtes violent tout de même!
Réponse de le 07/12/2015 à 21:40 :
Le jour ou vous affronterez des bandes de mendiants, de truands et de coupe-jarrets a chaque coin de rue, vous pleurerez l'état de providence.
a écrit le 07/12/2015 à 15:59 :
Encore un peu de redistribution en plus et un petit impôt en sus et une taxe spéciale migrants et le FN te dira merci pour le boulevard.
Réponse de le 07/12/2015 à 16:34 :
ce n'est pas faux mais le discours du FN est très ambigü ; ce n'est plus le discours ultra-libéral des années 80 mais un discours qui annonce vouloir remettre une couche, évidemment non financée, d'état providence comme le retour de la retraite à 60 ans, non tenable de par le principe de la répartition et l'évolution démographique. Discours résolument démagogique à l'usage des 30 et quelques % de gogos à qui on fait gober n'importe quoi. En Grèce les gogos votent Syriza, en France ils votent FN.
a écrit le 07/12/2015 à 15:14 :
J'aime bien ceux qui conseillent les retraites privées, du genre capitalisation. Comme cela les groupes financiers pourront jouer à la roulette avec des fonds qui ne leurs appartiennent pas, et le perdant sera toujours celui qui aura placé son argent dans ces placements à la madof.
Quelques retraités américains ont fait les frais de ce système, et si, selon certains économistes la prochaine crise financière est pour bientôt et sera encore plus sévère que la précédente, l'avenir n'est pas rose pour ce type de retraite, ni pour ceux qui posséderont plus de 100 000 euros en banque.
Réponse de le 07/12/2015 à 20:47 :
100 000 euros en banque, j'aimerais être malheureux à ce niveau là.

quand à la retraite par capitalisation ça va devenir difficile de faire sans vu que les futurs retraites par répartitions diminuent toujours plus pour financer les retraités actuels.
a écrit le 07/12/2015 à 15:02 :
On ne peut plus financer la protection sociale par la dette ni par l'IR payé par un Français
sur deux. Le pays souffre d'un manque de compétitivité en raison des prélèvement sociaux.
Dans la réalité , la situation est bloquée. Les fonctionnaires qui ont une garantie de l'emploi
les syndicats qui ne représentent plus rien , les politiques paralysés de trouille à l'idée
de réformer etc bien malin qui va trouver la solution sans brutalité et en maintenant la cohésion sociale.
a écrit le 07/12/2015 à 13:40 :
On apprécierait, aussi, que soit rappelée, la part des prestations sociales dans ce pays sur notre PIB, 31%, soit une somme absolument faramineuse, sans que d'ailleurs elle semble suffire aux bénéficiaires; nous sommes champion du monde sur ce ratio. Je gage que l'on pourrait sans trop de mal conserver le niveau des prestations reçues pour un peu moins cher. Personne dans le Monde n'envie notre fameux modèle social, il va falloir y réfléchir..
a écrit le 07/12/2015 à 13:26 :
suite 2. Et on sait depuis la rédaction de cette note que cette mesure serait favorable à la protection du climat.
a écrit le 07/12/2015 à 13:21 :
suite. Tout ça est décrit page 12 de la note n°6 du conseil d'analyse économique. Tout le monde doit être capable de comprendre.
a écrit le 07/12/2015 à 13:17 :
Nos problèmes sont lié au fait de ne pas tenir compte de l'énergie dans notre conception de l'économie. On a le travail, le capital ET l'énergie. Pourquoi éliminer systématiquement cette notion? Il faut répartir les charges sociales sur le travail, sur le capital ET sur l'énergie, à niveau constant.
Réponse de le 07/12/2015 à 15:36 :
Les taxations, ou plutôt les transferts de taxations, sur l'énergie sont votre martingale.. Mais vous mettez en avant trois facteurs, travail, capital, et énergie, dont aucun n'est actuellement facteur limitant dans nos économies développées. Seule l'innovation, et le dynamisme sont déterminants aujourd'hui. Ce qui manque à notre pays est la facilité, voire la liberté, d'entreprendre. Comprenez que le travail peut se trouver pas cher à l'autre bout de la planète, que le capital est toujours disponible pour financer de bons projets, et que l'énergie ne vaut plus tripette quand le baril (WTI) est sous les 40 $..
Réponse de le 07/12/2015 à 16:42 :
Il serait particulièrement inconséquent de fonder le financement de la protection sociale, indispensable, sur la consommation d'énergie, sur laquelle on peut réaliser de substantielles économies par l'efficacité énergétique à service rendu identique. Exemple, sur l'éclairage, les LED permettent de réduire de 95% la consommation électrique par rapport à l'éclairage à incandescence sans réduction du service rendu. Il est probable que le progrès technique permettra de réduire de 50% et plus la consommation des voitures, des avions... que fait-on quand l'assiette d'une partie du financement de la protection sociale fond dans de telles proportions ? Sans compter que faute d'un accord mondial sur ce principe, les industries fortement énergivores (p ex aluminium, sidérurgie, datacenters, ...) iront voir ailleurs.
a écrit le 07/12/2015 à 12:44 :
Ce sont ce type d'idéologies économiques post reaganiennes insufflées depuis le milieu des années 80 qui ont plus fait pour amener le FN au score actuel que n'importe quelle vague de migrants ou attentats.....mais chut, continuons à célébrer le culte du néo liberalisme par la "gauche" en sourdine ( de moins en moins d'ailleurs ) et la droite "décomplexée" plus ouvertement.....après la mise à mort du monde ouvrier celle de la classe moyenne est en cours d'achèvement. ...l'organisation minutieuse de la précarité ( appelée aussi dans certaines situations ) "uberisation" va parachever cet ouvrage de longue haleine. Bizarrement les sacrifiés ont tendance à ne pas apprecier et voter pour le seul parti qui n'à pas eu encore le temps et l'opportunité de les trahir....conclusion: les français ne comprennent pas que leur intérêt bien compris doit se trouver à rebours du progrès social pour lequel leurs parents, leurs grands parents se sont battus. Suffit de leur expliquer qu'il n'y a pas plus bel objectif que le renoncement et plus grand accomplissement que dans le sacrifice au profit d'un système et d'une minorité d'ultra riches....ce ne doit pas être si difficile, le roi, la noblesse d'antan y étaient fort bien parvenus et de surcroît sur une durée respectable, il est vrai avec l'aide d'un puissant encadrement religieux.... allez messieurs les économistes aussi pertinents qu'objectifs, encore un petit effort ! Hourra pour Rand, Hayek et leur descendance !
Réponse de le 07/12/2015 à 17:22 :
Bien dit ! Mais chut, à lire certains, le seul problème est que les fonctionnaires, responsables de tous les maux, sont les seuls à ne pas être encore précarisés. Une fois que ceux ci auront rejoints la liquidation des ouvriers, employés et autres cadres de base, alors tous ensemble nous pourrons remercier tous les rentiers s'exprimant ici pour la mansuétude dont ils font preuves en ne nous envoyant pas à leur prochaine guerre...
Réponse de le 07/12/2015 à 18:11 :
Tandis que l'on nous explique à la tv que le parasite c'est le fonctionnaire, Mme Bettencourt, MM Niel, Bolloré, Bouygues , Arnault et Cie se gaussent !
a écrit le 07/12/2015 à 12:37 :
Je trouve que cet article pose les mauvaises questions.le système "dit social Français", est largement payé par les Français. Le système de santé est déficitaire parce que l'état ne paye pas ces charges sociales patronales aux caisses paritaires. Cet état qui distribue des soins de façon régalienne sans financement ( dettes des caisses de sécu de pays tiers, CMU,ÂME). Caisses de sécu qui ne contrôle absolument pas l'argent factures par les professionnels de santés ( fraudes aux prestations). Nous pouvons fait pareil avec les caisses de retraites. Nous sommes dans un systèmes où on prélèvent de plus en plus d'argent au peuples, mais pour qui?
Réponse de le 07/12/2015 à 12:53 :
Tout à fait d'accord sur le fait qu'il n'y a pas d'état providence en France actuellement. Si on cumule les charges patronales et syndicales on a est au 3/4 du salaire versé. A la fin de sa vie professionnelle, un smicard a versé près de 500 000 Euros de cotisations salariées + patronales. Difficile de prétendre que c'est un modèle très social.
Mais après tout ce chiffre est cohérent avec le fait que le budget de la sécu est de la même taille que celui de l'état. Ca devrait en faire tiquer plus d'un sur le soit-disant modèle social de la France tant vanté.
a écrit le 07/12/2015 à 12:20 :
Dis moi manu, on a un pied ou deux dedans...................................Je cois qu'on est dedans jusqu'au cou !
Réponse de le 07/12/2015 à 17:23 :
Il vous faut le demander au coq !!!!!

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