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ÉconomieUnion européenne

Italie : Matteo Renzi peut-il être un modèle ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 13 novembre 2015 à 15:34 - Mis à jour le 13 novembre 2015 à 15:59

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L'économie italienne n'a progressé que de 0,2 % au deuxième trimestre, soit moins qu'attendu. Parallèlement, l'opposition eurosceptique est en forte hausse. Matteo Renzi est en situation difficile.

Matteo Renzi est devenu un des modèles en Europe pour les partisans des « réformes. » Il est vrai que le président du conseil italien a montré une capacité à imposer des mesures assez impopulaires dans son propre parti, le parti démocrate (PD), notamment son « Job Acts » qui créé un contrat unique, un CDI plus souple. Et il a supprimé l'emblématique (mais déjà moribond) article 18 du code du travail qui prévoyait la réintégration des salariés abusivement licenciés.

Sur le plan politique, Matteo Renzi a également beaucoup réformé. Il a introduit une nouvelle loi électorale qui prévoit une prime majoritaire pour le parti qui arrive en tête avec plus de 40 % des voix ou un second tour pour obtenir la majorité si ce niveau n'est pas atteint. Il a aussi supprimé le bicamérisme en réduisant le pouvoir du Sénat, qui était égal à celui de la Chambre. Ces deux éléments, réforme du marché du travail et réforme politique, étaient très attendues par les marchés et les autorités européennes.

Croissance faible

Pour autant, le scénario d'une Italie qui « repartirait » et aurait dépassé le choc de l'austérité, qui est désormais souvent utilisé par certains politiques français, semble loin de la réalité. L'économie italienne est certes sortie de la récession au dernier trimestre de 2014. Depuis, elle a connu trois trimestres de progression, mais cette progression s'est ralentie, passant de 0,4 % au premier trimestre 2015, à 0,3 % au deuxième, puis 0,2 % au troisième. A aucun moment, durant ces quatre trimestres, la croissance italienne n'a été supérieure à celle de la zone euro. Autrement dit, l'économie italienne continue clairement de sous-performer au regard du reste de l'union économique et monétaire.

En réalité, la très violente politique d'austérité menée à partir du gouvernement de Mario Monti a pesé sur l'économie italienne qui peine très clairement à se redresser. La production industrielle est ainsi encore inférieure en septembre 2015 à 7,7 % à son niveau de début 2010. Certes, les exportations ont mécaniquement profité de cette politique et elles ont progressé de 4,8 % de janvier à août sur un an, mais cette stratégie n'est pas suffisante pour tirer en avant le reste de l'économie.

Demande intérieure insuffisante

Car la demande intérieure italienne reste, elle, assez faible. La consommation des ménages est certes repartie en hausse, mais moins en raison des « réformes » qu'en raison du transfert de pouvoir d'achat due à la baisse du prix de l'essence et de l'énergie. Le système bancaire demeure très fragile, avec un niveau de créances douteuses élevés, mais l'Italie est un des principaux bénéficiaire de la politique d'assouplissement quantitatif de la BCE, comme l'a récemment souligné Standard & Poor's. Autrement dit, le redressement de la demande intérieure - qui rappelons-le - ne permet pas à l'Italie de faire mieux que la moyenne de la zone euro, s'explique principalement par des facteurs indépendant des « réformes » des gouvernements italiens.

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En réalité, le seul impact, réduit, des politiques publiques aura été le soutien du pouvoir d'achat des ménages par Matteo Renzi avec son « chèque de 80 euros » et d'avoir freiné les politiques de coupes dans les dépenses. Autrement dit, une politique contraire à celles préconisées par les « orthodoxes. »

Embellie relative sur l'emploi

Sur le front de l'emploi, le « Job Acts » a clairement eu un effet positif parce qu'il a été adopté dans un contexte de sortie de récession. Le taux de chômage est ainsi passé de 13 % en novembre 2014 à 11,8 % en septembre 2015. Sur un an, les personnes en emploi ont augmenté de 0,9 % soit 192.000 personnes. Mais, comme le souligne l'Istat, le phénomène de création d'emploi s'est beaucoup ralenti et en septembre, « la baisse du taux de chômage s'explique davantage par une baisse des actifs que par une hausse de l'emploi. » ce qui signifie que l'emploi reste, bien sûr,  très dépendant de la conjoncture. Le ralentissement du deuxième trimestre a donc été rapidement ressenti négativement sur le front de l'emploi. En septembre, 36.000 emplois ont été détruits par l'économie italienne. On est donc loin d'un « miracle italien de l'emploi. » D'autant qu'avec un taux de chômage de 11,8 %, l'Italie est encore au-dessus de la France (10 %) et des grandes économies du nord de l'Europe. Or, en 2007, l'Italie avait un taux de chômage de 6 %, bien inférieur à ceux de la France et de l'Allemagne...

Conséquences politiques de l'austérité

Cette faible reprise italienne a des conséquences politiques. L'austérité qu'a connue l'Italie a provoqué une véritable désintégration du bipolarisme en place depuis le début de la « deuxième république » en 1996. La droite modérée a explosée et s'est fragmentée entre un centre pro-austéritaire et un parti personnalisé autour de Silvio Berlusconi, Forza Italia. Le PD de Matteo Renzi a beaucoup profité de cette disparition du centre-droit en prenant une place assez proche de celle de l'ancienne démocrate-chrétienne. Mais la politique menée par Mario Monti a surtout donné naissance à deux puissants mouvements de droite eurosceptiques : une Ligue du Nord qui est passée du régionalisme à une position calquée sur celle du FN français et le Mouvement 5 Etoiles (M5S) de Beppe Grillo, allié au parti eurosceptique britannique UKIP au parlement européen. Comme souvent dans les pays ayant connu l'austérité, on constate une perte de confiance dans la classe politique traditionnelle et une recherche d'alternatives.

Les partis eurosceptiques à plus de 45 % des intentions de vote

Lors des élections européennes de mai 2014, Matteo Renzi avait été le seul dans le camp social-démocrate à réaliser un excellent score : 40,8 % des suffrages. C'était l'effet d'un jeune président du conseil qui s'opposait aux caciques de son camp et voulait « rafraîchir » la vie politique. Mais, progressivement, cet effet s'est effrité.

Dans la moyenne des sondages calculé par le site Termometro Politico le 11 novembre, le PD est donné à 32,5 % des intentions de vote. Si l'on ajoute d'autres petits partis centristes, au totale, la coalition de gouvernement ne mobiliserait que 36,2 % de l'électorat. A l'inverse, les partis opposés à la zone euro ont le vent en poupe : le M5S est donné à 27,2 % des intentions de vote (contre 21,2 % lors des Européennes), la Ligue du Nord est à 14,1 % des intentions de vote. Si on ajoute l'ex-MSI post-fasciste (« Fratelli d'Italia »), donné à 4,4 %, on obtient un total de 45,7 % des voix pour les partis eurosceptiques, sans compter les petites formations de la gauche anti-euro. Le dernier sondage IPR publié ce vendredi 13 novembre donne même une situation plus inquiétante pour Matteo Renzi : le M5S serait à 28 % contre 30 % au PD.

L'Italie, du reste, est le pays, où, selon le dernier eurobaromètre, l'attachement à l'euro est le plus faible : 49 % des Italiens pensent que l'euro est une bonne chose, contre 41 % qui pensent le contraire. En France, par exemple, on se situe à 59 % contre 33 % respectivement.

Beppe Grillo président du conseil ?

La situation politique de Matteo Renzi est donc délicate. D'autant que, avec la nouvelle loi électorale se profile un danger : celui du « tout sauf Renzi » qui conduirait les électeurs du centre-droit et de la Ligue choisir Beppe Grillo plutôt que Matteo Renzi au second tour. Un sondage Technè affirme d'ailleurs que le M5S obtiendrait ainsi la majorité absolue à la chambre des députés si les élections législatives avaient lieu à présent.

On imagine qu'un tel résultat devrait provoquer un choc terrible dans la zone euro, alors même qu'une alliance de gauche au Portugal fait trembler les institutions européennes et les marchés. Matteo Renzi en est d'ailleurs conscient et c'est pourquoi il a défié Bruxelles en présentant un budget 2016 de relance. Son bras de fer avec la Commission est aussi pour lui un moyen de mobiliser un électorat tenté par l'Euroscepticisme. Avant de sanctionner ce budget, la Commission serait donc bien avisée de prendre en compte le contexte politique italien.

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Il semble donc délicat de présenter l'Italie et Matteo Renzi comme un « modèle » pour d'autres pays européen. L'Italie demeure économiquement comme politiquement un des maillons faibles de la zone euro. La politique violente menée par Mario Monti entre 2011 et 2013 ne cesse de continuer à peser sur son avenir et les « réformes » de Matteo Renzi n'ont guère permis d'arranger la situation.

Romaric Godin

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