Quelle transition écologique avec François de Rugy ?

De rugy nomme a l'ecologie
Charles Platiau

De rugy nomme a l'ecologie
Charles Platiau
Ce ne sera donc ni Pascal Canfin (directeur général du WWF France), ni Ségolène Royal (ambassadrice chargée des négociations internationales relatives aux pôles arctiques et antarctique), ni Laurence Tubiana (ex-négociatrice pour la France lors de la COP21), ni Sébastien Lecornu (secrétaire d'État auprès de Nicolas Hulot) ni Barbara Pompili (députée LREM de la Somme).
A l'issue de la semaine de suspens et de rumeurs qui a suivi la démission fracassante de Nicolas Hulot le 28 août, c'est donc finalement l'ancien président de l'Assemblée nationale François de Rugy qui prend la tête du Ministère de la Transition écologique et solidaire. C'est avec Barbara Pompili, autre alliée à la macronie issue de EELV , l'un des seuls poids lourds écologistes du gouvernement.
A 44 ans, le locataire du perchoir accède pour la première fois à un ministère, après un parcours politique sinueux qui l'a mené chez Génération écologie fondée par Brice Lalonde, chez les Verts puis à la co-présidence du groupe écologiste (EELV) à l'Assemblée avec Barbara Pompili. Il aura été entretemps conseiller de Jean-Marc Ayrault alors maire de Nantes. Élu député sous l'étiquette des Verts en 2007, il est réélu en 2012 puis en 2017 sous l'étiquette la République en marche.
Dénonçant l'opposition de sa dirigeante Cécile Duflot au virage social-libéral du gouvernement socialiste qu'il qualifie de « dérive gauchiste », il avait quitté EELV en août 2015 pour fonder le Parti écologiste avec le sénateur Jean-Vincent Placé, lui aussi démissionnaire d'EELV.
En mai 2016, il intégrait le groupe socialiste et devenait vice-président de l'Assemblée nationale, suite à la démission de Denis Baupin. Il participe donc à la primaire de la gauche dans laquelle il s'attache à incarner l'écologie. Mais il ne recueille que 3,88% des suffrages et contre toute attente, décide alors dans un souci de «cohérence» de soutenir Emmanuel Macron et non pas Benoît Hamon contrairement à son engagement.
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Contrairement à son prédécesseur, François de Rugy n'a jamais opposé le libéralisme à l'écologie et se veut pragmatique et non dogmatique dans ce domaine.
Les dossiers en cours en manquent pas au programme de celui qui était devenu Président de l'Assemblée nationale en juin 2017: le projet de loi d'orientation sur les mobilités (et ses volets infrastructures, compétences des autorités locales et mobilités propres) qui doit être présenté cet automne, un plan vélo également dans les tuyaux, le passage de la loi Alimentation devant le Parlement, le verdissement de la politique agricole commune (PAC), la deuxième phase des Assises de l'eau, le chantier de la rénovation de 500.000 logements....
Dans un autre registre, l'inscription de la "préservation de l'environnement" à l'article 1er de la constitution a été approuvée en juillet par les députés, mais l'examen de la révision constitutionnelle a été reporté sine die. Quant à la loi Pacte, qui prévoit notamment la modification du Code civil pour que les entreprises prennent en considération leurs impacts sociaux et environnementaux dans leur gestion, elle doit être examinée par le parlement à la fin du mois.
Mais c'est sur l'énergie que le menu est le plus complet : l'avenir des énergies marines renouvelables, la fin des tarifs réglementés du gaz, l'ouverture à la concurrence des concessions hydroélectriques et, bien évidemment, le nucléaire. Alors que la programmation pluri-annuelle de l'énergie (PPE) est en cours de rédaction, annoncée pour octobre ou novembre par le secrétaire d'État auprès de Nicolas Hulot en charge de ces dossiers Sébastien Lecornu, le débat sur la part du nucléaire et surtout sa composition vient d'être relancé par la fuite d'un rapport préconisant la construction de six nouveaux EPR à compter de 2025. Le départ de Nicolas Hulot ne serait d'ailleurs pas étranger à des arbitrages qu'il aurait pu perdre sur le sujet, lui qui avait promis que figurerait dans cette PPE un calendrier des réacteurs à fermer pour atteindre une part de 50% d'électricité issue de l'atome.
Sur le sujet, François de Rugy a eu l'occasion de faire à plusieurs reprises des commentaires sévères sur le poids de EDF dans l'élaboration de la politique énergétique française.
Suite à l'abandon de l'échéance de 2025 pour atteindre 50% d'électricité nucléaire assumée par son prédécesseur en novembre dernier, il s'était dit « déçu que depuis des années on ait sans cesse repoussé les échéances". "Dans cette loi, il y avait l'objectif de baisser la part du nucléaire. Pendant cinq ans, malheureusement, EDF n'a rien voulu faire et les gouvernements ont cédé aux pressions d'EDF".
En 2011 déjà, il avait déclaré, à propos d'un courrier adressé par le président de l'époque Henri Proglio à ses employés afin qu'ils se mobilisent en faveur de l'industrie nucléaire : "Que le président d'une société détenue à 85% par l'État tente de faire de ses collaborateurs les agents d'un lobby est incompatible avec la neutralité que l'on est en droit d'attendre d'une entreprise qui exerce des missions de service public".
Candidat à la primaire de la gauche, il avait milité pour l'élaboration de programmes de reconversion pour chaque centrale atteignant les 30 ans, un abandon total du nucléaire à l'horizon 2040 et une France alimentée à 100% aux énergies renouvelables dès 2050.
Les acteurs économiques des secteurs couverts par le ministère, à commencer par ceux des énergies renouvelables, souhaitent la bienvenue à François de Rugy tout en lui rappelant les enjeux du moment.
« L'engagement de longue date de François de Rugy dans la défense de l'environnement et sa connaissance approfondie du secteur des énergies renouvelables constituent des signaux positifs qui doivent conduire à une programmation pluriannuelle de l'énergie en cohérence avec la Loi de transition énergétique pour la croissance verte, adoptée en 2015. Cette dernière nous permettra d'atteindre au moins 32% d'énergies renouvelables dans notre consommation finale à l'horizon 2030, dont 40% d'énergies renouvelables dans notre production d'électricité, 38% dans notre consommation de chaleur et de froid, 10% de notre consommation de gaz et 15% dans les transports. »
Autre syndicat des énergies renouvelables, ENERPLAN salue la nomination du nouveau ministre d'État, ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, et l'appelle à poursuivre la mobilisation pour faire de l'énergie solaire l'accélérateur de la transition énergétique. « Nous souhaitons la bienvenue au ministre François de Rugy et comptons sur son action pour prolonger la dynamique solaire impulsée par son prédécesseur depuis mai 2017. Il peut s'appuyer sur le secteur solaire pour agir comme accélérateur de la transition énergétique, si les bonnes décisions sont prises concernant la PPE et l'autoconsommation. Le ministre peut libérer l'énergie des territoires en facilitant l'émergence du solaire digitalisé qui recèle nombres d'innovations et d'emplois. Soyons ambitieux et pragmatiques » déclare Daniel Bour, son président.
« Nous sommes désolés de la démission de Nicolas Hulot, qui souhaitait faire avancer les choses et supporter la décentralisation comme solution indispensable», a pour sa part déclaré le co-fondateur du producteur alternatif d'électricité ekWateur.
En revanche, les ONG se montrent plus dubitatives, insistant sur l'absence de « big bang institutionnel » appelé de ses vœux par Pascal Canfin, directeur du WWF France un temps pressenti pour le poste.
Selon Canfin, il en va de la «responsabilité» du chef de l'État, faute de quoi, ce «sera le signe de l'échec de n'importe quel autre nouveau ministre de l'Environnement».
Le commentaire du WWF France n'est pas très éloigné : " Son parcours en tant qu'élu écologiste, sa connaissance des institutions et sa capacité à emmener la majorité parlementaire sur les dossiers qui seront les siens, lui confèrent une indéniable légitimité, reconnaît dans un communiqué l'ONG dirigée par Pascal Canfin. Cependant, c'est le périmètre du ministère dont il aura la responsabilité et surtout la feuille de route qui sera la sienne qui permettront de déterminer si sa nomination est une réponse crédible à la hauteur des enjeux décrits par son prédécesseur, Nicolas Hulot.
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