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Ce que nous dit le départ de Nicolas Hulot

Patrick d’Humières

Publié le 03 septembre 2018 à 12:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:35

Bilan de l'action de nicolas hulot au gouvernement

Bilan de l'action de nicolas hulot au gouvernement

Stephane Mahe

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les entreprises ne craignent pas le changement durable, s'il est bien négocié... Par Patrick d’Humières, Directeur de l’Académie durable internationale.

Dépassons l'approche mesquine et émotionnelle du claquement de porte de Nicolas Hulot qui fait dire à certains qu'on abandonne désormais la maison aux intérêts opposés à cette « transition écologique et solidaire » dont il avait la charge et que la France a tant de mal à appréhender dans son fonctionnement. Le débat est moins politicien que Politique : il pose la problématique de la gestion du changement, que connaissent et réussissent souvent beaucoup d'entreprises confrontées à une fin de cycle de leur activité.

La réalité est que 80% de la communauté économique est acquise au principe d'une conciliation de la croissance avec les impératifs environnementaux dont aucun responsable ne peut occulter désormais les constats objectifs. Mais pourquoi peu d'acteurs jouent la prise de risque, dès lors qu'il faut faire bouger le modèle ?  Pour une raison simple qu'explique très bien l'économiste Daniel Cohen : internaliser la contrainte écologique dans une économie moderne suppose de faire des choix qui éliminent un chiffre d'affaires « condamné » au profit d'un autre chiffre d'affaires potentiel, les deux courbes ne produisant jamais en même temps et au même niveau les effets escomptés.

Et si aucune régulation publique ne facilite la transition, le refus de perdre l'emportera sur l'espérance de gain.  Le débat posé par Nicolas Hulot, trop tard et brutalement, malheureusement, porte en réalité sur la méthode et sur ce concept de transition qui contient en soi une notion d'objectif volontariste, mais aussi de vitesse d'exécution, qui sont apparus trop à la carte à l'auteur de « la maison brûle » .

Alors que le ministre d'État aurait voulu des ruptures inscrites, des arbitrages définitifs et des tournants imposés, dans un calendrier rapproché, ne faisant plus de la croissance notre religion salvatrice, la société civile par la voie des lobbys (légitimes) multiples, mais aussi des élus qui connaissent bien leurs électeurs et du gouvernement en charge des équilibres, lui demandait une vision plus à long terme, des étapes et une mise en confiance des acteurs, compatibles avec un fonctionnement de notre réalité socio-économique. Pour faire du compromis le bon outil de progrès, sans abandonner rien sur le diagnostic ou la finalité. Les petits pas peuvent être des marches, lorsqu'il s'agit d'aller haut et loin...

À titre d'exemple de ce malentendu sur le comment, parmi tous les dossiers traités par Nicolas Hulot, dont beaucoup furent réussis, certains différés et d'autres mis de côté, celui du glyphosate est emblématique. La profession agricole a fait un pas considérable en signant « un contrat de solutions » où elle s'engage réellement dans la réduction des pesticides et le terme de 5 ans a été acté au sommet ; pourquoi n'avoir pas porté cette approche contractuelle et organisé le passage raisonnable plutôt que de s'arc-bouter sur l'interdiction ?

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De même sur l'arbitrage nucléaire : l'engagement de neutralité carbone est le vrai objectif, pas la suppression des centrales alors même que la programmation de l'offre énergétique doit se donner des marges de manœuvre.  Idem sur l'économie circulaire ou les plastiques : la substitution de pratiques vertueuses à des démarches gaspilleuses ne se fera que par un travail collaboratif, jouant autant sur les coûts que sur les usages, plus que sur la loi, toujours la loi, encore la loi. La question de l'air ou de l'eau sont d'autres exemples de ressources dont on doit acquérir une gestion raisonnée, sans faille, sur un cycle dont la longueur n'est pas le problème si la trajectoire est bien respectée et bien appropriée. Et comment ne pas parler de la colère anti-éoliennes dans les campagnes, faute d'une transparence réelle et d'un intéressement sérieux des acteurs concernés dont les incompréhensions sont respectables.

Alors que les entreprises sont nombreuses à déployer des vraies stratégies de « durabilité », en transformant leur offre, en inventant de nouveaux process et collaborant avec les acteurs de terrain, d'une façon très pragmatique, la démarche Hulot est restée calée sur l'interdit, le normatif et le régalien. La chimie (cf. Solvay way) a nettoyé son portefeuille produits depuis dix ans, ce que la distribution engage à travers le concept de transition alimentaire (Carrefour) ou que L'Oréal a engagé avec son outil Spot sur la totalité de ses millions de produits mis en marché chaque année. On attendait du ministre qu'il multiplie les « green deals » qui incitent les parties à inventer sur le terrain de nouveaux cadres de travail et qu'il délègue aux secteurs, aux collectivités leaders et aux coalitions de bonne volonté la mise en œuvre de progrès spécifiques, de la base vers le sommet, dans l'esprit de cette « république contractuelle » que le Président de la République a proposé devant le Congrès.

L'échec de la méthode Nicolas Hulot, ne donne pas raison à la frange militante qui croit au grand soir écologique, mais à la cohorte méconnue des acteurs pragmatiques qui sont en train de « transformer le business marron en solutions vertes », avec l'aide de l'industrie financière qui porte réellement depuis dix ans une gestion nouvelle des risques au détriment de l'économie polluante et en faveur de l'économie fonctionnelle et innovante, avec des produits financiers originaux comme les green bonds ou les crédits verts, etc.

Espérons que nous allons collectivement tirer la leçon positive de cet épisode regrettable, car le premier militant et pédagogue environnemental de France méritait plus qu'une sortie par dépit. Nous avons connu des échecs comme celui de la taxe carbone ou de l'eco-taxe mais aussi des succès comme le Grenelle, les éco-organismes, sans parler de l'intégration de la Cop 21 par les acteurs non-étatiques, qui tirent la mutation réelle. SI la France tourne enfin la page d'une transformation forcée qui met les textes directifs avant les solutions éprouvées, pour aller vers un changement négocié qui fait des innovations des occasions de partage, à partir d'une valorisation et d'une incitation sur le terrain, nous pourrons devenir un grand pays de la transformation durable, au-delà des entreprises, dans notre fiscalité, nos infrastructures et nos décisions collectives.

Le développement durable est d'abord une exigence méthodologique, démocratique au sens étymologique, avant d'être un impératif catégorique quant au changement de modèle imposé par l'équilibre entre besoins et ressources à l'intérieur d'une vision humaine qu'il convient de ne jamais perdre de vue. Nous avons deux décennies cruciales pour y arriver. Les échecs peuvent être source d'apprentissage si on se décide enfin à montrer la voie sans faire peur, à donner aux acteurs des chances de s'entendre et d'avancer et à traiter l'inévitable rapport des forces derrière tout changement, à travers des « contrats de responsabilité » sur lesquels les acteurs doivent s'engager en faisant du bien commun l'un des volets de leur mission.

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Changer de modèle est possible en France, mais à condition de faire un choix de méthode qui allie vision, confiance et engagement,  en s'adressant d'abord aux communautés d'acteurs concernées - à la scandinave et non à l'italienne - si on cherche à échapper à nos démons gaulois.

Patrick d’Humières

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