Quels sont les secteurs qui recrutent en pleine crise du Covid-19 ?

FOCUS DATA. Alors que l'économie redoute un second choc avec la nouvelle vague du coronavirus, certains secteurs en France font malgré tout preuve de résistance sur le front de l'emploi. D'autres profitent des opportunités liées notamment aux nouvelles habitudes de consommation. Ainsi, la montée en puissance de la mobilité électrique va créer 4.000 d'emplois dans l'industrie d'ici 2023. Les startups du digital quant à elles, portées par les échanges numériques tous azimuts, continuent leur percée, révèle le baromètre Trendeo. La Tribune fait le tour des secteurs qui recrutent malgré la crise.

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(Crédits : La Tribune)

La violence de la décrue pour les actifs français fût à la hauteur de la crise du coronavirus. Sur le seul emploi salarié, la destruction nette d'emplois s'est chiffrée à 715.000 postes entre fin décembre 2019 et fin juin 2020, selon une note de l'Insee de septembre. Malgré ce marasme, quels sont les secteurs qui résistent et ceux qui profitent du contexte pour doper leur activité et recruter? Parmi eux, la logistique, l'administration publique, la restauration rapide ou encore certaines activités de l'industrie manufacturière apparaissent comme des employeurs potentiels en pleine crise. De même, l'essor des activités en ligne, de la mobilité électrique et l'installation de "giga" projets portés par des grands groupes viennent apporter un peu de répit à l'heure des plans sociaux provoqués par la pandémie, comme le montrent les données de l'observatoire Trendeo (*).

Les grands projets résistent

Premier constat, portée notamment par la montée en puissance des équipements électriques (batteries, équipements haute tension...), l'industrie manufacturière en France - qui regroupe selon Trendeo aussi bien les industries alimentaire, pharmaceutique, textile ou encore le matériel informatique - arrive visiblement le mieux à sortir la tête de l'eau depuis la fin du confinement. Ce secteur, qui, à cause d'un manque de main d'oeuvre, fait face à de nombreuses difficultés pour recruter, pourrait ainsi s'ouvrir à de nouvelles compétences. Les équipements électriques représentent en effet près d'un quart des prévisions de recrutements annoncées depuis début juin avec 3.240 embauches sur les 14.694 enregistrées par l'observatoire dans le secteur. La création d'une « gigafactory » d'ici 2023 pour fabriquer des batteries à Douvrin pourrait par exemple créer 2.000 emplois directs. Le Chinois Envision, spécialisé dans les énergies renouvelables, envisage lui aussi de produire en France des batteries destinées aux véhicules électriques et de créer un millier d'emplois d'ici 2023, selon le cabinet privé.

« Les acteurs des énergies renouvelables font partie de ceux qui nous ont recontacté le plus rapidement après le confinement afin de recruter des profils aussi bien en intérim qu'en CDI. Les entreprises qui avaient initié des grands projets en début d'année ne les ont pas abandonné, le marché est reparti de manière très significative », indique à La Tribune Virginie Foyard, Associate Director au sein du cabinet de recrutement Robert Half.

D'autres installations "géantes" gonflent également les chiffres du recrutement dans le secteur des transports et de la logistique. Les créations de plateformes logistiques partout en France d'ici 2023, annoncées en septembre par Amazon, permettraient ainsi de créer 2.445 emplois, soit plus de la moitié des 4.332 recrutements envisagés dans le secteur des transports et de la logistique (trains, bus, camions et entreposage et services auxiliaires des transports notamment), d'après les pointages de Trendeo.

Le e-commerce se renforce, l'administration publique appelle des renforts

Côté commerce de détail, les grands groupes offrent là-aussi quelques perspectives positives. Le groupe Fnac Darty a annoncé le recrutement de 500 personnes pour ses SAV en France, selon Trendeo. Le Japonais Rakuten, spécialiste du e-commerce, prévoit quant à lui d'embaucher 200 salariés à Paris.

Parallèlement à la distribution traditionnelle, le e-commerce a résisté puisqu'il a progressé de 5,3% au second trimestre 2020, selon la Fédération du e-commerce (Fevad). Néanmoins, cette croissance est deux fois plus faible que l'an dernier (+12,1% pour la même période en 2019) puisque l'achat de services en ligne (billets culturels, voyages...) a nettement chuté alors que les ventes de produits grand public ont explosé au deuxième trimestre avec +45,7%, note la Fevad.

Autre bonne nouvelle mais cette fois-ci en trompe-l'œil, l'administration publique prévoit de recruter près de 3.000 fonctionnaires. Néanmoins, parmi ces recrutements, 2.800 concernent des postes de conseillers Pôle Emploi qui vont accompagner les jeunes et les demandeurs d'emplois après la crise, selon les données recensées par Trendeo.

Lire aussi : Chômage : les craintes des Français s'amplifient

Les services en ligne, le cloud : la digitalisation accélérée

Point commun entre les secteurs de l'information et de la communication, des loisirs et sports, ou encore le commerce de gros : le digital. L'emploi dans ces différents domaines est porté par les activités en ligne.

Les entreprises de développement de logiciels ou les opérateurs télécoms représentent ainsi la quasi-totalité des annonces de recrutements (1.751 sur 1.993) dans le secteur de l'information et de la communication. Dans le sport et les loisirs, les 264 potentielles créations d'emplois comptabilisées par Trendeo depuis juin sont exclusivement réservées à des services en ligne dans lesquels, cette fois-ci, les plus petites entreprises comme Homa Games se démarquent. La société qui créée des applications mobiles de jeux prévoit par exemple de multiplier par quatre ses effectifs, portant à 50 le nombre de créations d'emplois, selon Trendeo.

« Les startups s'en sortent bien avec la partie digitale, les grands groupes eux s'appuient sur leur trésorerie. Nous sommes quasiment revenu sur un niveau d'activité d'avant Covid et malgré l'aggravation de la situation sanitaire, nos indicateurs restent bons. On espère revenir sur une situation totalement saine au premier trimestre 2021 », confirme Virginie Foyard, Associate Director au sein de Robert Half.

En parallèle de ces données, d'autres appels d'air se créent dans le secteur du cloud, ces infrastructures qui permettent de stocker les données, en forte croissance elles-aussi. Pour anticiper ce besoin de talents ultra qualifiés, Microsoft France vient ainsi d'ouvrir deux écoles en France spécialisées dans le cloud. A noter aussi par exemple les recrutements de l'ETI marseillaise Jaguar Network, filiale du groupe Iliad, spécialisée dans l'hébergement cloud et qui a annoncé début octobre ouvrir 30 postes à Lyon.

Les fast-food continuent de grossir

Autre tendance, alors que l'hébergement et la restauration subissent la crise de plein fouet, la restauration rapide envisage, elle, de nouveaux recrutements. Avec la perte de 82.800 emplois au deuxième trimestre 2020, selon l'Insee, et face au risque de fermeture des établissements dû à l'aggravation de la situation sanitaire, le secteur est en état d'alerte. Seuls les fast-food s'en sortent bien. Les enseignes O'Tacos, KFC ou encore New Sushi ouvrent de nouveaux établissements. Burger King va créer de son côté 342 emplois (sur les 1.091 comptés par Trendeo) en installant de nouveaux restaurants partout en France, d'ici au premier trimestre 2021.

Les recrutements de circonstances pour relancer

Enfin, à noter que le groupe français d'assurances Axa a annoncé le 6 octobre dans la presse son intention de recruter jusqu'à 5.000 personnes cette année en France. Toutefois, seule une petite partie de ces embauches se fera dans le cadre de créations nettes d'emplois.

De même, l'usine PSA de Sochaux (Doubs) a annoncé le 9 octobre recruter 250 intérimaires pour reconstituer son équipe de travail de week-end en novembre et ramener ainsi sa production à son niveau d'avant l'épidémie de coronavirus, selon l'AFP. Fin août, le groupe automobile avait déjà eu recours à un millier d'intérimaires pour reconstituer progressivement ses effectifs.

Ces recrutements en temps partiels participent d'ailleurs à une légère amélioration du marché de l'emploi. En septembre, le nombre de chômeurs en catégorie A (à 3,872 millions sur 6,1 millions avec A, B et C) refluait relativement grâce à la reprise des offres en intérim.

Lire aussi : Ce que proposent les professionnels pour éviter la fermeture des bars et restaurants

(*) Données extraites à "date d'information" le 05/10/2020. Trendeo répertorie les informations sur 50.000 entreprises françaises (DOM TOM inclus).

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