Emploi : quelles sont les régions de France les plus touchées par la crise du Covid-19 ?

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Carte des emplois supprimés ou menacés depuis début mars, réalisée par La Tribune.
Carte des emplois supprimés ou menacés depuis début mars, réalisée par La Tribune. (Crédits : La Tribune)
FOCUS DATA. A Béthune, dans les Hauts-de-France, un plan social frappe l’usine Bridgestone dont la fermeture est annoncée. Est-ce un premier signal pour une économie sous perfusion qui redoute une vague de plans liée au Covid-19 ? Quelles sont les régions déjà touchées ? La Tribune a compilé des données sur les destructions d'emplois et les menaces de suppressions, fournies par l'observatoire Trendeo pour obtenir une photographie, six mois après le déclenchement des premières aides. Pour l'heure, plus une région est dépendante de l'industrie, plus elle se trouve en première ligne. Mais le Covid ne s'arrête pas à un seul secteur : du nord au sud, aucune région n'est épargnée, avec, au coeur, la menace sur le bassin d'emplois de l'Ile-de-France. Dans le même temps, les dispositifs d'aides vont arriver à échéance. La Tribune fait le point dans ce premier baromètre.

Si les entreprises françaises sont largement soutenues par l'État pour passer le choc de la crise, le Covid-19 continue d'empoisonner le marché de l'emploi. Les chiffres montrent l'ampleur du choc dans un pays où le taux de chômage pourrait atteindre 11% en fin d'année, selon la Banque de France. Sur le premier semestre, près de 600.000 emplois ont déjà été détruits, estime l'Insee. La déflagration pourrait continuer à se faire ressentir, avec sur l'ensemble de l'année, une destruction totale de 800.000 emplois, anticipe le gouvernement. A la source de ces suppressions, des défaillances d'entreprises qui, potentiellement, pourraient croître de 80%, selon l'OFCE. Résultat, le Premier ministre a prévenu fin août; l'aggravation de la crise économique et sociale sera « beaucoup plus dangereuse que la crise sanitaire ».

Tandis que les 3 millions de PME françaises tentent de passer la crise, certains secteurs (tourisme, hôtellerie, transports, industrie) sont plus touchés que d'autres. De même, les régions françaises voient arriver la potentielle vague de plans sociaux avec plus ou moins de rapidité, comme le montrent les premiers relevés des destructions et menaces sur l'emploi de Trendeo.

Coeur d'activité de l'Hexagone, le moteur francilien se trouve ainsi déjà menacé de ralentissement. Avec plus de 6,4 millions d'emplois, dont plus de 5,9 millions salariés, selon les données de la Direccte de 2018, la région pèse plus de 23% de la totalité du bassin d'emplois. Dans un pays fortement centralisé autour de sa capitale, si l'Ile-de-France trébuche, toutes les autres régions pourraient en subir les conséquences.

Vers un effet domino ?

Plus au sud, l'Occitanie a été aussi particulièrement touchée. La région, très dépendante de l'aéronautique, a subi l'effet dévastateur sur sa locomotive. En effet, sur plus de 7.000 postes supprimés ou menacés depuis mars, plus des trois quarts sont liés à l'aéronautique, note Trendeo.

Dès le mois de juillet, Airbus a annoncé la suppression de 3.600 postes à Toulouse alors que l'avionneur et ses filiales emploient près de 30.000 salariés dans la Ville rose. La chute de l'aéronautique a un effet domino sur toutes les activités connexes. C'est par exemple le cas de AAA-aero qui fournit des composants et compétences à un certain nombre de donneurs d'ordres, comme Airbus, Stelia, Safran et Dassault. L'entreprise a indiqué en juillet devoir se séparer d'une partie de ses effectifs, dont 297 à Colomiers (Occitanie) après avoir perdu "plus de 65 % de son chiffre d'affaires à cause de la réintégration des activités par certains clients", selon un syndicat de l'entreprise.

Airbus, également présent à Nantes, aggrave aussi les mauvais chiffres dans les Pays de la Loire. Le groupe qui subit une fuite de trésorerie à vitesse grand V, envisage de supprimer près de 500 postes sur le site Airbus Opérations, selon la CGT. Toutefois, la région, où l'emploi est diversifié, est également touchée par la chute d'autres fleurons comme Michelin qui prévoit de fermer son usine de pneus à La Roche-sur-Yon, laissant ainsi plus de 600 salariés sans emploi. Bénéteau, le fabricant de bateaux, est lui aussi en difficulté et a dû se séparer de 450 intérimaires (sur 4.300 salariés) pendant la crise.

« Traditionnellement, ce sont plutôt les PME qui sont les plus vulnérables en période de crise. Ici, les grands groupes sont également très affectés puisqu'ils sont internationalisés. Les ETI sont les plus résistantes puisqu'elles ont plus de trésorerie que les PME et leur outil de production est moins internationalisé », analyse pour La Tribune David Cousquer, fondateur de Trendeo.

Quatrième région la plus touchée, le Centre-Val de Loire est également victime collatérale du cataclysme dans l'aéronautique. L'équipementier Daher a indiqué devoir se séparer de milliers de salariés et va arrêter la production sur son son site de Saint-Julien-de-Chédon (dans le Loir-et-Cher) d'ici 2022. Dans la région, plus de 2.300 emplois sont concernés. Hutchinson, spécialiste des produits en caoutchouc, destinés principalement aux industries automobile et aérospatiale, pourrait de son côté perdre 200 emplois sur son site de Châlette-sur-Loing dans le Loiret.

Face à cette vague, au regard des derniers mois écoulés, les nombreuses annonces d'aides, tels les prêts garantis par l'Etat, n'ont pas permis d'inverser le phénomène. En terme d'annonces de PSE, le mois de juin a été particulièrement violent.

En juin, le nombre de suppression d'emplois ou de menaces a plus que doublé par rapport à mai, (17.000 contre 7.000 le mois précédent). A elle seule, l'annonce d'Air France KLM concernant la restructuration et le plan de départs volontaires enregistrée au 17 juin en "date de début d'opération" par Trendeo, représente une suppression de 5.695 postes.

Au total, lors du premier trimestre 2020, un demi-million d'emplois ont été détruits. Au premier rang, les contrats intérimaires concentrent la plus grande part de la chute avec une baisse de -40,4% soit -318.100 emplois, selon l'Insee.

« L'impact sur l'emploi au premier trimestre ne ressort pas dans nos chiffres puisque nous avons une très faible visibilité sur l'intérim. Toutefois, le choc a été extrêmement brutal pour ces emplois au début du mois de mars », précise David Cousquer.

Après les aides, un choc beaucoup plus violent ?

Pour faire face, l'Etat a notamment mis en place un nouveau dispositif d'activité partielle - prolongé en longue durée - afin de protéger l'emploi, compris dans son plan de relance à 100 milliards d'euros. Mais dans une période marquée par l'incertitude, ces mesures risquent de ne pas suffire sur le long terme. D'autant que certains dispositifs d'aides et des prêtes vont bientôt arriver à échéance, notamment sur leur remboursement.

« Ces dix derniers jours, on constate une accélération des plans sociaux sur des secteurs de plus en plus variés. Nous sommes dans le "second temps de la crise" où le ralentissement de la demande commence à impacter tous les secteurs, les plans sociaux risquent de se multiplier d'ici la fin de l'année », observe David Cousquer.

Lire aussi : Aéronautique : la carte des plans sociaux autour de Toulouse

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Commentaires
a écrit le 22/09/2020 à 14:51 :
Je reste un peu étonné du mauvais classement des Pays de la loire, ici personne ne reste à la maison, toute ma famille taffe, le monde qui passe sur la nationale à 7h est encore plus nombreux, tout tourne, bien sur quelques entreprises ferment, mais elles auraient fermé sans le covid.
Et l'agriculture manque de bras, donc c'est pas la crise, sinon pour se dépanner les chômeurs iraient ramasser les pommes ou autres.
a écrit le 21/09/2020 à 16:36 :
Et pendant ce temps, au Canada, les entreprises parlent de pénurie de main d'oeuvre. Dans tous les secteurs mais principalement sur les emplois ouvriers. Les usines font des missions à l'étranger pour aller chercher des travailleurs. Bon, il faut dire que le climat social est différent. Ici, les syndicats gèrent des fonds de pension qu'ils investissent dans les entreprises locales afin de créer de nouveaux emplois syndiqués. La croissance est vue comme une valeur positive, tout comme le travail, l'industrie ou le commerce. En raison de cette tension dans le marché de l'emploi, les salaires décollent. Tout ceci malgré un accord de libre échange avec les usa, le mal financier et capitaliste incarné (le cauchemard de la CGT).
a écrit le 21/09/2020 à 15:39 :
mais pour quelle raison il y a t il des aides aux entreprises, le marché saura se réguler et créer une nouvelle harmonie, non a la contribution du public, seule la compétition industrielle et le travail financier feront le monde nouveau et libre. Car les plus forts, les plus habiles, les plus intelligents, les plus adaptés nous ouvrirons la voie vers le paradis terrestre .
ps : il vous reste de l'eau ?
a écrit le 21/09/2020 à 14:20 :
Pour la région parisienne ça va être un choc et le développement de l'insécurité.
Pour les pays de la loire ça ne peut être que provisoire, les bases sont solides et comme en Bretagne beaucoup d'agroalimentaire, c'est plutôt la canicule qui va impacter richesse et emplois.
a écrit le 21/09/2020 à 13:15 :
La carte de l'économie du transport : aéronautique, automobile, maritime... Finalement, la Normandie, les Hauts de France ou la Franche-Comté, bastions de l'automobile, s'en sortent pas si mal. De même que l'Est, en plus très affecté par la pandémie sur le plan sanitaire et humain.
a écrit le 21/09/2020 à 12:48 :
voila, les aides payees par personne reviennent
en france on vous casse les jambes, mais attention on vous offre les bequilles, hein!
et on finance ca avec des prets a long terme sans interets que la bce annulera sans impact economqiue, comme on dit chez les imbeciles qui ont la memoire courte
a écrit le 21/09/2020 à 11:38 :
Une carte qui interpelle même s'il est logique que la première région employeuse de France soit aussi la première à mettre les gens au chômage.

Par contre même si les mesures pour soutenir les entreprises sont bonnes, sauf les emprunts pour compenser des pertes, véritable bombe à retardement, on peut quand même se demander pourquoi on ne se met pas enfin à penser à un revenu minimum, pour ceux qui en ont besoin à savoir pour ceux qui vont dépenser cet argent, conditionné à l'achat de biens et services français pour pas que les allemands et chinois continuent de nous piquer notre croissance.

Parce que nous donnons notre argent aux banques privées qui elles nous le prêtent, comment penser que cela pourrait fonctionner ?
Réponse de le 21/09/2020 à 15:51 :
Je pensais plutôt qu'une indemnité, genre rsa, assedic, un salaire minimum de vie, mais saisissable dans une certaine mesure pour payer taxes amendes crédits etc, mais aussi pouvant donner possibilité d'obtenir des crédits même immobiliers, de droits à la location dans le privé, comme s'ils avaient un cdi de misère mais une éxistence réelle, pas une vie de paria, bien sur ça sera une petite gène pour les patrons vautours, ils s'en remettront en mettant leurs salaires mini à 1600€ nets par mois. (l'état y compris)
Réponse de le 22/09/2020 à 8:55 :
"mais aussi pouvant donner possibilité d'obtenir des crédits même immobiliers"

Là je pense que l'aberration financière il faut arrêter maintenant, on ne peut plus se permettre de donner toujours plus de bâtons à ceux qui s'acharnent à nous frapper avec de plus en plus souvent et de plus en plus fortement. Il faut surtout imposer une chute des prix de l'immobilier !

Acheter français également permettrait peut-être de réveiller l'offre française, et pour financer l'ensemble du protectionnisme contre tous les objets de consommation utilisant du dumping social, environnemental et fiscal.

C'est tellement facile, nous avons tous les outils et tous les arguments !

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