Réforme de l'ENA : ce que propose le rapport Thiriez

 |   |  519  mots
(Crédits : � Philippe Wojazer / Reuters)
Le rapport de Frédéric Thiriez remis officiellement mardi au Premier ministre propose de remplacer l'ENA par une "École d'administration publique" dédiée à la formation de tous les hauts fonctionnaires avec un tronc commun de 6 mois suivi du cursus par école d'application.

Le rapport, commandé en avril 2019 par Emmanuel Macron après plusieurs mois de crise des "gilets jaunes", devait initialement être remis en novembre, puis fin janvier. Des dissensions entre Matignon et l'Élysée, et les fortes résistances des grands corps concernés, notamment les magistrats opposés à une formation commune, figurent parmi les explications à ces retards.

"Diversité insuffisante"

Le rapport constate que la formation actuelle souffre d'"une diversité très insuffisante, avec une sur-représentation des classes supérieures, une répartition par sexes profondément déséquilibrée et un quasi-monopole parisien pour la préparation aux différents concours".

Il ne propose pour autant pas de "big bang": si l'ENA en tant que telle doit bien disparaître comme l'avait annoncé Emmanuel Macron le 25 avril dernier, le principe d'une formation spécifique pour la haute fonction publique est maintenu.

Quant au "système des grands corps" auquel le Président souhaitait mettre fin, il est modifié mais pas supprimé: les fonctionnaires des inspections (IGF, IGA, IGAS) seraient nommés pour une durée limitée, mais les grands corps  juridictionnels (Conseil d'État et Cour des comptes) sont maintenus, car leur indépendance est inscrite dans la Constitution.

Le rapport propose un socle commun de 6 mois géré par sept écoles (administrateurs civils, magistrats, commissaires, pénitentiaire, santé publique etc.), avec une préparation militaire de 3 semaines, l'encadrement de jeunes du service national universel (3 semaines) et enfin un stage de terrain de 4 mois. Après 15 jours d'enseignements communs, les élèves rejoindraient leurs écoles respectives, dont l'EAP pour les futurs administrateurs civils et les ingénieurs de l'État.

A la sortie, le classement qui permettait de constituer "la botte" des meilleurs élèves qui intègrent directement les grands corps comme le Conseil d'État, la Cour des Comptes et l'Inspection générale des finances, serait supprimé. L'entrée dans les grands corps ne se ferait pas immédiatement mais après deux ans dans l'administration de terrain, puis deux ans dans l'institution choisie, avant une éventuelle titularisation 4 ou 5 ans plus tard.

Un concours plus ouvert

Le concours de la future EAP ferait une plus grande place à la mixité sociale: une moitié des places serait réservée aux étudiants, l'autre moitié aux professionnels et un "concours spécial Égalité des chances" serait ouvert pour l'accès des plus modestes aux différentes écoles du service public, à hauteur de 10 à 15% des effectifs.

Une vingtaine de nouvelles classes préparatoires "égalité des chances" accueilleraient des élèves sur des critères sociaux combinés au mérite académique pour cette filière d'admission. À la demande du Premier ministre, un "Institut des hautes études de service public" serait créé, "afin de dispenser, en milieu de carrière, une formation commune à temps partiel sur une année à des hauts fonctionnaires des trois fonctions publiques, tous corps confondus, ainsi qu'aux magistrats qui le souhaitent, aux officiers de la gendarmerie ou des armées et aux administrateurs des assemblées." Une "ENA internationale" dispenserait pour sa part des formations aux questions européennes.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/02/2020 à 12:00 :
Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine... ?

« Que le maître ne demande pas seulement à son élève de lui répéter les mots de sa leçon, mais de lui en donner le sens et la substance. Et qu’il juge du profit qu’il en aura tiré, non par le témoignage de sa mémoire, mais par celui de son comportement. […] Régurgiter la nourriture telle qu’on l’a avalée prouve qu’elle est restée crue sans avoir été transformée : l’estomac n’a pas fait son travail, s’il n’a pas changé l’état et la forme de ce qu’on lui a donné à digérer ».
De michel de Montaigne.
Donc tout est dans le comportement de l'individu dans de sa capacité d'évoluer, de s'adapter à tous les environnements et surtout de trouver des réponses efficientes ...
a écrit le 18/02/2020 à 18:47 :
Je crois que le problème tient dans son mode de recrutement, essentiellement des jeunes issus de Sciences Po..; il faut arrêter cette spécificité à la française! Les politique nous parlent de monde numérique et nouvelles technologies, et voudraient dans leurs administrations uniquement des personnes techniquement non compétentes. Dans le monde privé, les cadres sup et dirigeants ont d'abord une forte expertise, et expérience opérationnelle , technique, même si par la suite ils évoluent vers la gestion et le management. Il faut effectivement diversifier le mode de recrutement, inclure (s'ils veulent bien venir...) des X, des centraliens, des Agros, et des Universitaires.. pour faire simple, s'il faut fermer des écoles, fermons les formations Sciences Pipo!
a écrit le 18/02/2020 à 17:50 :
Bilan rien ne change. Si ce corps était aussi compétent comme il le laisse entendre comment se fait il que notre pays gouverné depuis des décennies par ces OVNI est dans un tel état économique. Ne pas avoir compris la rue a toujours été pour un état la fin d'un régime. La rue est aussi un corps celui de l'échine qui se plie mais cette échine a vu que sa force allait bien au delà de l'obligation d'obéir à l'ENA, la rue a ébranlé le pouvoir autoritaire, dictatorial de l'ENA. Pour éviter de penser que ma tasse de thé est LFI je suis un libéral, actionnaire, qui aime la bourse et le dividende mais pas l'ENA la caste du pouvoir qui devra plier un jour ou l'autre face à la rue même celle qui aime le dividende et la mondialisation. Croire que seule la gauche veut la fin de l'ENA est un leurre qui se paiera dans le temps, le temps étant l'avenir pas celui court de l'ENA. Notre pays n'est pas un démocratie mais une autocratie la volonté des énarques.
Réponse de le 19/02/2020 à 15:34 :
Je suis comme vous libéral, aimant l'investissement productif et les risques et récompenses qui vont avec. Je suis aussi pour la fermeture de l'ENA et pour un recrutement plus large en puisant dans toutes les formations des grandes écoles et universités. Mais dire que l'on n'est pas en démocratie et sous entendre que la rue aurait raison me semble pour le moins dangereux. L'administration est sensée être au service du politique et non le contraire. Mettre d'autres personnes à la place des énarques ne change aucunement la donne. Il y a un problème de culture. En Grande Bretagne, les fonctionnaires sont appelés "Civil Servants" et ce n'est pas qu'un mot. Ils sont perçus comme serviteurs du public. En France quand on va dans un service public, le rôle est renversé, nous somme les larbins et eux les maîtres.
a écrit le 18/02/2020 à 17:31 :
Réforme de l'ENA : ce que propose le rapport Thiriez

Pour une réforme efficace, il conviendra de retirer les diplômes à tous les énarques qui ont touché de près ou de loin aux gestions de la France durant ces 15/20 dernières années.

idem pour Science Po ...!

comme l'on retire le permis de conduire à des chauffards ...
Réponse de le 19/02/2020 à 15:43 :
Pourquoi les considérer comme chauffards ? Ce ne sont pas eux qui ont endetté la France pendant ces 40 dernières années. En les considérant comme chauffards, vous dédouanez les donneurs d'ordre qui sont les politiques et les vrais responsables qui sont les Français qui ont votés pour eux pour la bonne et simple raison qu'ils s'engageaient à satisfaire leurs exubérances dépensières quel qu’en soit la situation économique avec le slogan " on ne touche pas aux acquis sociaux". Les énarques ne sont que les boucs émissaires de l'affaire.
a écrit le 18/02/2020 à 16:30 :
Les écoles de clones tentent de changer une pensée antédiluvienne ataviste qui n'est en rien en rapport avec la question aujourd'hui.

"concours spécial Égalité des chances"

Cela montre du coup qu'il n'y en a pas, car un simple concours ou éviter de discriminé est normalement la normalité, c'est j'imagine la possibilité de choisir "les bons noirs et les bons arabes"......

Ceux qui incluent l'identitarisme dans le background?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :