Réforme des retraites : la CFDT tacle la « proposition irresponsable » du RN
latribune.fr
« C'est une proposition totalement irresponsable » et « une voie sans issue parce qu'on sait que (le texte) ne sera pas repris au Sénat », condition sine qua non pour être adopté, a déclaré Marylise Léon.
L'initiative du Rassemblement national d'utiliser sa « niche parlementaire » du 31 octobre pour porter sa proposition d'abrogation de la réforme des retraites a été très critiquée par la secrétaire générale de la CFDT. Marylise Léon a qualifié cette initiative de « totalement irresponsable ».
L'initiative du Rassemblement national n'est pas au goût de la CFDT. Le parti d'extrême droite a décidé d'utiliser sa « niche parlementaire » du 31 octobre, jour de l'année où il dictera l'agenda de l'Assemblée nationale, pour porter sa proposition d'abrogation de la réforme des retraites. Ce que n'a pas manqué de critiquer la secrétaire générale du syndicat. Pourtant, l'abrogation supprimerait le relèvement de l'âge de départ à 64 ans, ce que réclame également la CFDT.
Cette proposition de loi est « une escroquerie et une voie sans issue », a estimé Marylise Léon ce mardi. Elle « propose de supprimer les 64 ans pour revenir à 62 et elle supprime les 43 annuités de travail pour revenir à 42 ». In fine, « on arrive à un déficit accru de 15 milliards d'euros du régime de base des retraites » que le RN propose de combler en « augment(ant) une partie de la fiscalité », relève la leader de la première organisation syndicale sur France Inter.
«C'est une proposition totalement irresponsable», poursuit-elle, et «une voie sans issue parce qu'on sait que (le texte) ne sera pas repris au Sénat», condition sine qua non pour être adopté.
« En tant que responsable syndicale, je sais combien les 64 ans pèsent sur les personnes (...) Sauf que c'est une escroquerie parce qu'on fait croire aux personnes directement concernées que c'est une solution alors que ça n'en est pas une », a-t-elle ajouté.
Le débat enflamme les syndicats. Faut-il, ou non, soutenir la proposition de loi du RN, qui va dans le sens d'une abrogation de la réforme, alors même que la CFDT, la CGT, l'Unsa, Solidaires et le FSU ont appelé en juin à faire barrage à l'extrême droite ?
Pour la CFDT, la réponse est catégorique : « on ne négocie pas parce que c'est le Rassemblement national qui propose (...) Nous ne travaillons pas avec ces partis », a insisté Marylise Léon.
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À ce sujet, justement, le 26 septembre, une réunion en visio s'était tenue entre les représentants de l'intersyndicale (qui réunit la CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l'UNSA, Solidaire et la FSU) et des élus du Nouveau Front populaire essentiellement, à l'initiative de la gauche, selon des sources syndicales concordantes. « Leur question était de savoir si on leur demandait de voter ou non la proposition de loi d'abrogation de la réforme des retraites portée par le Rassemblement national », avait fait savoir l'un des participants.
Mais aucune décision claire ne semble s'être dessinée. Si plusieurs syndicats, dont la CGT et Solidaires ou la FSU, ont clairement indiqué être sur la même ligne que la CFDT, d'autres centrales syndicales ne partagent pas cette vision. « Le RN a un groupe parlementaire. Point », a confié à l'AFP un cadre de l'une d'entre elles sous couvert de l'anonymat. « J'espère que les uns et les autres (partis) tiendront leurs engagements devant les électeurs » lors des débats de la niche parlementaire, a-t-il ajouté.
L'intersyndicale prête à discuter avec le gouvernement
Toujours est-il que les syndicats n'ont pas dit leur dernier mot sur la réforme des retraites. L'intersyndicale, qui avait mené le combat social en 2023 contre le texte voulu par le président Emmanuel Macron, se disent dans un communiqué paru lundi « prêtes à participer à tous les rendez-vous de concertation et de négociation sur toutes les questions de retraite ».
Elles acceptent ainsi la main tendue du nouveau Premier ministre. Le 1er octobre lors de son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale, Michel Barnier s'est dit ouvert à des « aménagements raisonnables et justes », en concertation avec les partenaires sociaux, tout en jugeant « impératif de préserver l'équilibre durable de notre système de retraites ».
«Après 18 mois de déni et de passage en force présidentiel, il s'agit d'une première reconnaissance que cette réforme est injuste», estime l'intersyndicale.
Ainsi, les organisations entendent modifier le texte sur plusieurs points. « Les mesures d'âge qui doivent être abrogées, l'égalité femmes/hommes, la pénibilité, l'emploi des senior·es, les carrières longues... » L'intersyndicale insiste: « 64 ans, c'est toujours non! » en référence au report progressif de l'âge légal du départ à la retraite de 62 à 64 ans instauré par la réforme.
« L'avenir des retraites mérite un débat de haut niveau : il faut pouvoir aborder l'ensemble des questions et discuter de l'ensemble des paramètres. C'est ainsi qu'il faut supprimer les mesures d'âge de la précédente réforme tout en consolidant l'avenir de notre système de retraites par répartition », argumentent encore les syndicats.