Fiscalité des plus riches, Smic revalorisé... Ce qu'il faut retenir du discours de Michel Barnier
Margot Ruault et Maxime Heuze

Michel Barnier prenait la parole, ce mardi, pour sa déclaration de politique générale.
© LTD / XOSE BOUZAS
Margot Ruault et Maxime Heuze

Michel Barnier prenait la parole, ce mardi, pour sa déclaration de politique générale.
© LTD / XOSE BOUZAS
[Article publié le mardi 1er octobre à 15H10 et mis à jour à 17H32] C'est l'heure de vérité pour Michel Barnier. Un peu plus d'une semaine après avoir nommé son gouvernement, le nouveau Premier ministre devait lever le voile, ce mardi, sur l'orientation de l'exécutif, à travers son discours de politique générale (DPG) devant l'Assemblée nationale.
Un baptême du feu politique dans un contexte tendu. Plusieurs députés ont d'ailleurs levé, en signe de défiance, leurs cartes électorales au début de sa prise de parole qui a été émaillée de huées. Le chef du gouvernement avait déjà prévenu lundi qu'il ne solliciterait pas de vote de confiance, à l'instar de ses prédécesseurs Élisabeth Borne et Gabriel Attal, privés comme lui de majorité absolue.
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Comme il l'avait promis lors de la passation, Michel Barnier dira « la vérité », a-t-il assuré : « Je dirai la vérité sur la réalité de nos comptes publics et de notre mode de vie qui pèse sur l'environnement ».
« La véritable épée de Damoclès, c'est la dette colossale : 3.228 milliards d'euros », a-t-il martelé, estimant que « si nous n'y prenons pas garde, elle peut nous précipiter dans le précipice ».
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Le Premier ministre veut donc se fixer un objectif : « Celui de ramener le déficit public à 5% en 2025 et de revenir sous le plafond de 3% en 2029 ». Et pour cela, « le premier remède de la dette c'est la réduction des dépenses ».
Et de détailler : « Nos dépenses publiques atteignent 57% de la richesse nationale contre 49% dans le reste de l'Europe ». « Réduire les dépenses, c'est renoncer à l'argent magique, à l'illusion du tout gratuit et la tentation de tout subventionner », estime-t-il.
Autre remède, selon Michel Barnier : la fiscalité, admettant néanmoins que « nos impôts sont parmi les plus élevés du monde » et que « les baisses (menées) depuis sept ans ont aidé et redonné de l'oxygène ». Mais la situation actuelle de nos comptes « demande un effort ciblé, partagé dans un esprit justice fiscale ».
Michel Barnier entend ainsi solliciter les « grandes et très grandes entreprises qui réalisent d'importants bénéfices ». Dans le même esprit, le Premier ministre va demander « une contribution exceptionnelle aux français plus fortunés afin d'éviter les stratégies de défiscalisation ».
Le nouveau gouvernement va aussi lutter contre la fraude sociale. Le Premier ministre a d'ailleurs annoncé vouloir contrôler « les cartes vitales pour éviter les versements indus d'allocations ».
La dette n'est pas la seule urgence, a rappelé Michel Barnier qui a aussi insisté sur l'importance de la dette écologique. Sur ce point, le chef du gouvernement a évoqué « les travaux de planification » dans le domaine de l'énergie et du climat, qui « vont reprendre immédiatement ».
Sur le nucléaire, le Premier ministre s'est dit en faveur de son développement et des nouveaux réacteurs tout en poursuivant celui des énergies renouvelables, mais en mesurant mieux leur impact, notamment en ce qui concerne les éoliennes. Il entend également valoriser la biomasse et développer la filière française des biocarburants pour l'aviation.
Pour faire preuve de sobriété et d'efficacité, Michel Barnier entend mieux cibler l'accompagnement des particuliers - dans le cadre de la rénovation thermique et avec un DPE qui sera simplifié et un calendrier adapté - et des entreprises. Enfin, concernant le climat, le locataire de Matignon a également évoqué la tenue d'une « grande conférence nationale sur l'eau » pour « agir » concernant les « enjeux stratégiques » liés à cette ressource naturelle.
La réforme des retraites a, sans surprise, été abordée par le Premier ministre. Ce dernier estime qu'« il faudra reprendre le dialogue » avec les syndicats et les organisations patronales. Il a, en effet, indiqué vouloir « proposer aux partenaires sociaux de réfléchir à des aménagements, raisonnables et justes ».
Concernant la réforme de l'assurance chômage, Michel Barnier souhaite également redonner la main aux partenaires sociaux pour négocier.
Sur le chantier de la simplification, Michel Barnier l'a assuré : « Nous allons reprendre le chantier de la loi simplification avec des mesures de mutualisation, de simplification, de déconcentration ». Il a notamment mis en avant l'importance des agences régionales France Services, qui apportent un soutien administratif aux contribuables.
« Nous allons développer une culture de l'évaluation, nous ne pouvons pas dépenser plus mais mieux », a-t-il insisté. Michel Barnier souhaite ainsi continuer à soutenir l'apprentissage, tout en évitant « les effets d'aubaines ».
Il veut également mutualiser les agences Business France (agence qui aide les entreprises françaises à se développer à l'étranger) et Atout France (chargée de la promotion touristique de la France à l'étranger), toujours dans un effort de simplification.
Par ailleurs, le Premier ministre a également annoncé la fusion de France Stratégie, organisme chargé de conseiller le gouvernement, et du Haut Commissariat au plan, chargé d'éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux.
Enfin, concernant l'UE, il souhaite mieux détecter les cas de « surtransposition des normes européennes » qui pénalisent, selon lui, la compétitivité des entreprises et des exploitations agricoles.
Concernant les entreprises, justement, le Premier ministre a annoncé pour la France vouloir « amplifier son ambition industrielle. »
Saluant la « réussite de nos entrepreneurs et de nos entreprises, qu'elles soient grandes, petites ou intermédiaires », Michel Barnier souhaite « soutenir cette dynamique » avec « une meilleure mobilisation de l'épargne des Français. »
C'est dans cette optique qu'il a annoncé vouloir mettre à l'étude « un nouveau livret d'épargne dédié à l'industrie, qu'il mettra à l'étude. »
Le Premier ministre a insisté également sur la nécessité de poursuivre l'objectif de plein emploi. Ce qui passe, notamment, par un accompagnement de tous les allocataires du RSA ou encore par le fait de favoriser les dispositifs d'insertion, dont ceux à destination des personnes en situation de handicap.
Mais « encore faut-il que le travail paye », a-t-il admis. Le locataire de Matignon a annoncé la revalorisation du « Smic de 2% dès le 1er novembre, en anticipation de la date du 1er janvier ». Comme ses prédécesseurs, il regrette qu'« il reste dans notre pays des branches professionnelles dans lesquelles les minimas sont inférieurs au Smic, ce n'est pas acceptable et cela devra faire l'objet de négociations rapides ».
En parallèle, Michel Barnier souhaite la relance de la participation, l'intéressement et l'actionnariat salarié dans les entreprises et pas uniquement dans les plus grandes.
Le Premier ministre a aussi abordé la crise du logement. « La baisse des taux est une bonne nouvelle », a-t-il affirmé avant d'admettre que « l'Etat et les collectivités » devait aider la reprise du secteur précisant que cela passera par « la construction ».
Dans cette optique, le gouvernement souhaite étendre le prêt à taux zéro « sur tout le territoire », pour les primo-accédants. Le ministre a aussi annoncé vouloir simplifier les normes de construction dans le logement neuf et de réhabilitation dans le logement ancien.
Quant au logement social, « les bailleurs doivent pouvoir réexaminer régulièrement la situation de leurs locataires afin d'adapter les loyers à leurs ressources. C'est une mesure de justice sociale », a tranché le chef du gouvernement qui souhaite « faciliter l'accession sociale à la propriété ».
Michel Barnier n'a pas non plus manqué d'évoquer l'agriculture, et plus précisément le projet de loi d'orientation pour la souveraineté agricole. Pour rappel, le texte n'avait pas pu être examiné au Sénat, après son adoption à l'Assemblée, à cause de la dissolution. Il sera repris « sans délai » par le gouvernement, a promis Michel Barnier.
En outre, « il faut renforcer la transparence sur les marges pratiquées dans la grande distribution (...). Et encourager les contrats tripartites entre agriculteurs, transformateurs et distributeurs », a-t-il déclaré, ajoutant vouloir « soutenir » les agriculteurs « lorsqu'ils sont frappés par les crises ».
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Enfin, le chef de l'exécutif a abordé les conflits internationaux. Ukraine, Moyen Orient... « Face à ces conflits, face à l'instabilité persistante tout autour de nous, face à toutes les menaces hybrides, l'effort de défense est évidemment nécessaire et doit être poursuivi », a affirmé Michel Barnier. Et d'évoquer que « c'est le sens de la loi de programmation militaire pour les années 2024-2030 que nous mettrons en œuvre. »
Margot Ruault et Maxime Heuze