"S'il veut réduire le chômage, le gouvernement doit agir maintenant"

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 Si le cours de l'euro se redresse face au dollar, si les cours du brut repartent à la hausse, l'amorce de reprise sera étouffée dans l'œuf .
" Si le cours de l'euro se redresse face au dollar, si les cours du brut repartent à la hausse, l'amorce de reprise sera étouffée dans l'œuf ". (Crédits : DR)
Dans un entretien accordé à La Tribune, Nicolas Bouzou, économiste au cabinet d'analyses Asteres, revient sur la performance de l'économie française au premier trimestre, performance qu'il relativise. Selon l'économiste, le gouvernement doit profiter de cette amorce de reprise pour réformer le marché du travail. Sinon, les créations d'emplois resteront faibles.

La Tribune - Le PIB a progressé de 0,6% au premier trimestre. Ce rebond est-il surprenant ?

Nicolas Bouzou - Le rebond n'est pas surprenant, compte tenu du triptyque de facteurs exogènes qui stimulent la croissance, à savoir la dépréciation de l'euro face au dollar, la chute des cours du brut et la faiblesse des taux d'intérêt. En revanche, l'ampleur de ce rebond a un peu surpris. Une hausse de 0,4%-0,5% était plus envisageable.

Cette performance peut-elle se prolonger au cours des prochains trimestres ?

Je ne pense pas que le PIB progresse de 0,6% à chaque trimestre. Ce serait trop beau. Une hausse comprise entre 0,2% et 0,4% est plus certaine. Dans ce contexte, la prévision de croissance annuelle du gouvernement fixée à 1% est atteignable.

Manuel Valls, le Premier ministre, et Michel Sapin, son ministre des Finances, n'excluent pas une hausse de 1,5% du PIB. Vous y croyez ?

Pourquoi pas ? Mais il faudrait que l'investissement reparte enfin. La bonne surprise du premier trimestre s'explique essentiellement par la bonne tenue de la consommation des ménages, elle-même stimulée par la désinflation. La reprise est donc exogène. Si le cours de l'euro se redresse face au dollar, si les cours du brut repartent à la hausse, l'amorce de reprise sera étouffée dans l'œuf. Il faut bien avoir en tête que le redémarrage actuel de l'activité n'est en rien le résultat de la politique publique ! Si les ressorts exogènes de l'activité disparaissent, le gouvernement n'a pas de plan B. Certes, comme nous l'indiquent les statistiques de l'Insee, la dépense publique reste encore dynamique. Mais celle-ci devrait bientôt ralentir.

Les mesures prises par le gouvernement pour relancer l'investissement peuvent-elles être efficaces ?

Le tempo est bon. Soutenir l'investissement quand le cycle conjoncturel se retourne, ce qui est le cas actuellement, est judicieux. Mais je regrette que certains investissements, notamment dans le numérique, ne soient pas concernés par le suramortissement accéléré, la principale mesure du plan gouvernemental. L'exécutif ne semble pas avoir pris conscience que l'économie française, comme celle de ses voisins, est à un tournant. Si la France veut rester une grande puissance économique et notamment dans le domaine industriel, elle doit se moderniser, se numériser. Je ne crois pas que le gouvernement ait bien conscience des mutations économiques en cours.

Pour l'instant, la reprise ne s'accompagne pas de créations d'emplois. Est-ce une surprise ?

Compte tenu des sureffectifs dans les entreprises, des incertitudes conjoncturelles, cette absence de créations d'emplois s'explique facilement. Mais, si la reprise se prolonge, et s'il veut réduire le chômage, le gouvernement doit agir maintenant. Dans ce domaine, la loi Macron 1 a fait quelques avancées, comme la barémisation des indemnités de licenciement ou la professionnalisation des conseillers prud'hommes; mais l'ampleur de ces mesures est nanoscopique si on la compare à la taille des chantiers qu'il reste à mener pour inciter les chefs d'entreprises à embaucher.

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a écrit le 27/05/2015 à 12:20 :
Voici ce que coûte le chômage aujourd'hui : 24 milliards par an et ce que beaucoup de français ne savent pas, nous empruntons pour financer celui-ci !
Il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'état !
Attendons 2017 afin qu'il y ait un audit sur toutes ces gestions de notre état providence !
a écrit le 26/05/2015 à 20:27 :
Mais ça fait 40 ans que le chômage augmente, 40 ans qu'on nous promet la fin de la crise, 40 ans qu'on nous dit que la croissance va augmenter, va revenir, que la crise est finie, qu'on voit le bout du tunnel. Mais vous n'en avez pas marre de croire ces âneries ? Vous ne pensez pas qu'il est temps de penser différemment ?
L'erreur est de considérer que le chômage est un risque, d'où la création d'une "assurance chômage". Le principe d'une assurance, c'est de couvrir un risque improbable, mais ayant des conséquences importantes. On s'assure contre un accident de voiture imprévisible, mais pas contre l'usure des pneus par exemple.
Or, le chômage, si il y a cinquante ans était quelque chose d'improbable et imprévisible, est devenu aujourd'hui le passage obligé de pratiquement toute carrière professionnelle. Les jeunes sortant de l'école, les séniors plus ou moins proches de la retraite, tous y passent un jour. Le traiter comme une assurance, et faire supporter son coût uniquement sur ceux qui travaillent, c'est un peu comme si on donnait un malus aux bons conducteurs et un bonus aux chauffards. Si c'était le cas, je me dépêcherais de provoquer un accident sans gravité pour payer moins cher. C'est d'ailleurs exactement ce qui se passe : les entreprises qui pourraient embaucher, au contraire réduisent au maximum leur personnel, quitte à faire faire des heures supplémentaires à ceux qui restent et à les pressurer au maximum.
Pour moi, le remède contre le chômage est de décorréler son coût du nombre d'employés. Il faut le financer non plus par les salariés, mais par l'entreprise, proportionnellement au chiffre d'affaire ou aux bénéfices par exemple. Ainsi on règle définitivement le problème du travail au noir qui se retrouve pratiquement au même coût qu'un salarié déclaré. On règle le problème de concurrence par rapport aux pays qui ont moins de protection sociale. Donc on réduit le chômage. Et donc les charges des entreprises. Un cercle vertueux s'engage.
a écrit le 26/05/2015 à 17:28 :
Quelle tarte a la crème, ces "reformes structurelles". Si la France n'est pas sauvée, cela aura au moins permis a de nombreux économistes de se nourrir.
a écrit le 26/05/2015 à 14:12 :
La beauf-langue. Spécialiste de l'exercice, voici un nouveau coup d'épée dans l'eau par ce commentateur encombrant. Ce n'est pas si grand lorsque c'est inutile.
a écrit le 26/05/2015 à 13:03 :
Hollande est trop préoccupé à faire sa distribution promise après les efforts de réformes. Il s'y prend deux ans avant. C'est surréaliste. Zéro réforme, dépenses publiques au max, impôts explosifs, fonction publique renforcée, ridicule international ( c'est le côté comique de l'histoire ) et ce Monsieur vient distribuer..... La suite sera terrible.
a écrit le 26/05/2015 à 12:41 :
Pour investir il faut des investisseurs et les messages du début du quinquennat ont été suffisamment clair. Fuyons.
a écrit le 26/05/2015 à 12:29 :
Le grand Timonier est tout entier à sa réélection de 2017 et n'a pas de temps à consacrer à une analyse pour savoir si l'économie est en mutation profonde ou si cela roule comme avant. Son parcours démontre que sorti de son petit univers politicien, il n'a pas vraiment de vision du Pays a 5 ou 10 ans.
a écrit le 26/05/2015 à 12:07 :
Le chômage ne baissera pas a cause de la concurrence du "travailleur détaché" et délocalisation, seul la "tva sociale" pourrai nous sortir de ce problème et non la précarisation du marché du travail!
a écrit le 26/05/2015 à 11:37 :
Raisonner comme un logiciel mécanique ne mène rien pour gouverner l'avenir d'une nation et de ses habitants. Le chômage prospère depuis quarante ans et l'alternance des droite ou gauche entretient l'impasse. Leurs expériences ou compétences tant vantées mènent où ? Podemos ou pas ? réfléchir de façon moins manichéenne ou digitale ? ce serait du bon sens plutôt que du "populisme".
a écrit le 26/05/2015 à 11:35 :
Si ce monsieur à des solutions miraculeuses qu'on le nomme tout de suite au gouvernement
On à même un prix noble d'économie et ou est t-il?
a écrit le 26/05/2015 à 11:33 :
c'est une blagounette d'économiste déphasés ou de journaliste qui a loupé le dernier train..?...? mais c'est il y a 3 ans....! qu'il fallait enclencher les réformes structurelles ...!
a écrit le 26/05/2015 à 11:26 :
ça ne mange pas de pain de dire que le Gouvernement doit agir maintenant; mais Nicolas Bouzou se garde bien de dire quelles mesures ou pistes d'actions seraient utiles à un redémarrage du marché du travail .
ce jeune et brillant économiste ménage avant tout son avenir en ne prenant aucun risque vis à vis des politiques et autres dirigeants du pays .
c'est un bon spécialiste des "généralités générales " .
Réponse de le 26/05/2015 à 15:12 :
Le pauvre garçon ne sait même pas que ce qu'il faut, c'est des "réformes structurelles".
D'accord, çà ne veut rien dire non plus mais çà le dit de façon beaucoup plus chic, non ?
a écrit le 26/05/2015 à 11:23 :
le gouvernement francais n'a fait aucune reforme en 3 ans ( enfin, hormis ' le mariage pour tous')
c'est pas a 2 ans d'une elction qu'ils vont prendre des risques!! ils invoquent les cieux pour la conjonction des astres et le retour exogene de la croissance, mais la effectivement, rien n'est moins sur!
ce qui est sur par contre c'est que plus personne n'a envie d'investir en france!!! c'est a cause du modele ' business friendly a la francaise' ( nationalisation, taxe a 75% insultes, obligation de prevenir les syndicats quand on achete un rouleau de papier toilette, etc)
a écrit le 26/05/2015 à 10:57 :
Que nous a appris Nicolas Bouzou à part enfonçer des portes ouvertes? Il sait parfaitement que la "croissance" ne fera pas repartir l'emploi, mais bon celà lui permet de croire qu'il est un génie comme beaucoup de ses confréries. Qu'il apprenne à courir vite car la croissance de la révolte progresse plus vite que l'inflation.
a écrit le 26/05/2015 à 10:56 :
L'heure n est plus au réforme

Le temps des cadeaux et de la démagogie totale est arrivé

S'il avait du etre un réformateur Hollande aurait fait des réformes depuis 3 ans
Maintenant rendez vous en 2017

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