"Se baigner dans la Seine en 2024 ? C'est envisageable ! "

Dans un entretien accordé à La Tribune, Jacques Olivier, le directeur général du Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (SIAAP) revient sur le défi lancé par Anne Hidalgo. Il estime celui-ci atteignable, à condition d'investir massivement. Et rapidement.

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Actuellement, les eaux qui ne peuvent pas être stockées et traitées sont rejetées dans la Seine , explique Jacques Olivier, le directeur général du du Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (SIAAP) .
"Actuellement, les eaux qui ne peuvent pas être stockées et traitées sont rejetées dans la Seine ", explique Jacques Olivier, le directeur général du du Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (SIAAP) . (Crédits : Reuters)

La Tribune - Dans le cadre de la candidature de la capitale française pour l'organisation des Jeux Olympiques en 2024, Anne Hidalgo, la maire de Paris souhaite que les triathlètes puissent se baigner dans la Seine. Ce pari peut-il être tenu ?

Jacques Olivier - C'est envisageable. Fixer l'horizon à 2024 n'est pas absurde, à condition de lancer les investissements nécessaires. Le temps presse. Moderniser un réseau d'assainissement peut prendre du temps. Le réseau francilien ne s'est pas construit en un jour ! Il a fallu 150 ans pour que le réseau soit en adéquation avec les besoins !

La Seine est-elle si polluée ?

Non, la Seine n'est pas une poubelle à ciel ouvert. Lorsque certaines conditions sont réunies, on peut déjà se baigner dans la Seine sans prendre trop de risques sur le plan sanitaire. Les eaux de la Seine sont plus propres qu'il y a trente ans. Dans les années 80, on ne comptait plus que trois espèces de poissons dans la Seine. Aujourd'hui, on en recense 33 ! En revanche, autoriser la baignade pour tous, c'est-à-dire respecter la directive européenne sur la qualité des eaux de baignade, est un objectif plus complexe.

La Seine est-elle polluée par les rejets de l'industrie ?

Ce n'est plus le cas, et depuis longtemps. La plupart des industries rejetant en Seine ou en Marne sont équipées de leur propre station d'épuration. En revanche, il est très difficile de lutter contre les incivilités de ceux qui considèrent la Seine comme une décharge.

Que faudrait-il faire pour autoriser la baignade dans la Seine ?

Quatre chantiers doivent être ouverts. Il faut commencer par optimiser la qualité de la collecte des eaux usées.

Il y a des fuites dans le réseau ?

Réalisées pour certaines depuis le dix-neuvième siècle, plusieurs infrastructures sont obsolètes et fuient, en effet. Par ailleurs, il faut parvenir à mettre fin aux branchements sauvages qui perturbent la collecte des eaux usées.

Faut-il plus de stations d'épuration ?

Non. En Ile-de-France, les six stations d'épuration du Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne ne sont pas saturées. En revanche, il faut procéder à quelques investissements pour contribuer à l'objectif baignade. Actuellement, une seule des six stations désinfecte les eaux par ultra-violet. Il faut que ce dispositif équipe toutes les stations d'épuration.

Une cohabitation entre les baigneurs et les bateaux est-elle possible ?

Il faudra instaurer de nouvelles règles. Je précise que la batellerie doit également procéder à des investissements. Actuellement, tous leurs rejets ne sont pas traités et polluent la Seine.

Des investissements lourds sont-ils nécessaires ?

Bien sûr ! Lorsque le temps est sec, les conditions requises pour autoriser la baignade sont assez facilement réunies. La situation se complique par temps de pluie car les capacités de stockage du réseau sont insuffisantes. Nous disposons de plusieurs bassins de stockage dont la capacité s'élève à 1.000.000 de mètres cubes, ce qui correspond à une pluviométrie élevée, de 16 millimètres.

Que faites-vous en cas de pluies continues, en cas de gros orages ?

Les eaux qui ne peuvent pas être stockées et traitées sont rejetées dans la Seine.

Créer de nouveaux bassins de stockage coûterait-il cher ?

Le coût d'un bassin de 50.000 mètres cubes s'élève à 50 millions d'euros. S'il faut doubler les capacités actuelles de stockage, ce qui me semble être le minimum requis, la facture s'élève donc à 1 milliard d'euros.

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