Seniors : près d'un aidant sur deux reconnaît un impact sur sa santé
latribune.fr
Les aidants déclarent subir davantage de conséquences si le lien avec la personne aidée est proche (conjoints ou enfants), si la personne aidée présente des troubles cognitifs et s’ils cohabitent avec elle.
Près de la moitié des personnes venant en aide à des seniors de plus de 60 ans en perte d'autonomie fait état de répercussion sur sa propre santé physique comme mentale, selon une étude publiée ce mercredi. Plus globalement, même lorsque l'aidant est jeune, sa vie et sa santé sont chamboulées par ce rôle.
Plus de neuf millions de Français aident un parent, un enfant, un conjoint, un proche, d'après les chiffres du gouvernement. Parmi eux, plus d'un tiers (3,9 millions) aident un proche de 60 ans ou plus à son domicile, selon l'enquête CARE-Ménages réalisée en 2015 et par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees). Un soutien qui n'est pas sans conséquence sur leur propre santé.
En effet, près de la moitié d'entre eux (47%) affirme que leur santé en pâtit. 19% déclarent au moins une répercussion sur leur santé physique (fatigue physique, trouble du sommeil, problème de dos ou palpitations) et 37% au moins une conséquence sur leur santé mentale (fatigue morale, solitude, se sentir dépressif, anxieux).
Il existerait des « facteurs aggravants ». Ainsi, les aidants déclarent subir davantage de conséquences si le lien avec la personne aidée est proche (conjoints ou enfants), si la personne aidée présente des troubles cognitifs et s'ils cohabitent avec elle. Les conséquences sont également plus importantes si les aidants effectuent des tâches variées auprès du senior et s'ils « ont l'impression de faire des sacrifices, de manquer de temps, de répit et de formation », indique la Drees.
Autre situation étudiée par la Drees, celle concernant les seniors cohabitant avec une personne en perte d'autonomie. Qu'ils déclarent être aidants ou non, ces seniors se déclarent deux fois plus en mauvaise ou très mauvaise santé que les autres seniors (24% contre 12%).
Ils ont également des scores de santé mentale nettement inférieurs à ceux des autres seniors. Ils consomment aussi davantage de médicaments psychotropes. Ainsi, ils sont 35% à se dire en état de détresse psychologique et 39% à avoir consommé au moins une fois un médicament anxiolytique ou antidépresseur dans l'année.
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« Ces résultats suggèrent qu'avoir un proche en perte d'autonomie pourrait non seulement affecter la santé des aidants, mais aussi celle de tous ceux qui vivent avec elle, quand bien même ils ne déclarent pas lui apporter d'aide »,relève la Drees.
Les jeunes aussi affectés
Plus méconnu en France, le rôle des jeunes aidants. Selon d'autres chiffres de la Dress, on en comptait 500.000 mineurs en 2021. Et une autre étude du Crédoc (centre pour l'étude et l'observation des conditions de vie), publiée en 2023, chiffrait à près d'un million le nombre de jeunes de 16 à 25 ans accompagnant un proche fragilisé par une perte d'autonomie liée à l'âge, à la maladie ou au handicap.
Bien que jeune et, en théorie, en pleine santé, ce rôle leur apporte son lot de difficultés entre soutien moral, visite à l'hôpital, tâches domestiques, aide administrative, entre autres. Car si l'aide apportée à son proche est perçue majoritairement comme positive par les jeunes concernés, la charge mentale et émotionnelle qu'elle génère est loin d'être indolore. Dans l'enquête du Crédoc, 32% des jeunes aidants percevaient leur situation d'aide comme une charge « difficile ou très difficile » à supporter.
Et 28% confiaient se retrouver « souvent » dans un état d'épuisement intense. Les jeunes aidants interrogés faisaient notamment état d'une fatigue physique, de problèmes de sommeil, d'une perte ou prise de poids, de problèmes de dos ou encore de stress.
La« vie de ces jeunes et leur quotidien s'en trouve totalement bousculée »,souligne Morgane Hiron, déléguée générale du collectif Je t'aide.« Et à la différence des adultes aidants, ils n'ont pas forcément les ressources pour identifier leurs limites, n'ont pas encore appris à pouvoir dire non »et peuvent rapidement se retrouver« submergés »,ajoute-t-elle.
Multiples, les répercussions ont été ces dernières années documentées dans des études en Angleterre ou aux États-Unis. En ressort une série de difficultés pendant la scolarité : absence, retard, fatigue à l'école, manque de concentration, harcèlement scolaire, manque de temps pour les devoirs... Les études pointent également un chamboulement en termes d'orientation professionnelle, avec des jeunes optant pour des études plus courtes afin de gagner plus rapidement leur vie ou pour des études dans leur ville pour rester près de leurs proches.
Améliorer le quotidien des aidants
L'État dédie depuis 2020 une politique publique nationale dédiées aux proches aidants. Ses engagements ont été reformulés en octobre 2023 dans une « stratégie de mobilisation et de soutien pour les aidants », courant jusqu'en 2027. Parmi eux : la mise en place d'un plan de développement du répit, la création d'un interlocuteur unique pour les aidants dans tous les départements, l'ouverture de la validation d'acquis d'expérience (VAE) aux proches aidants ou encore l'amélioration de l'accès aux bourses pour les étudiants aidants.
En attendant la mise en place pleinement effective de toutes ces actions, sur le terrain, les associations œuvrent déjà. L'Association Française des Aidants propose « Les cafés des aidants », des temps et des espaces d'information, destinés à tous les aidants, quels que soient l'âge et la pathologie de son proche. L'association Avec nos proches a mis en place une ligne d'écoute accessible tous les jours entre 8 heures et 22 heures. Le réseau Pause Brindille propose des espaces de répit et des temps d'échanges entre jeunes aidants. Une liste loin d'être exhaustive.
Tous ces acteurs exhortent en tout cas l'État à agir. « Il faut aller plus loin, il y a urgence », estime Amarantha Barclay Bourgeois, directrice de JADE (Jeunes aidants ensemble), qui appelle à « mettre le paquet sur la prévention et sur la sensibilisation ». En matière de sensibilisation, une campagne nationale de communication est actuellement en cours pour rendre les aidants plus visibles. Et ce dimanche 6 octobre, la Journée Nationale des Aidant(e)s revient pour sa 15e édition avec des animations et événements organisés dans toute la France.