Pour les aidants comme pour leurs proches fragilisés, 
il faudra qu’il y ait « un jour d’après »

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OPINION. En temps normal, un Français sur six et même un salarié sur cinq soit 11 millions de personnes prennent soin au quotidien d’un proche fragilisé : grand âge, maladie, accident de la vie,… mais également personnes en situation de handicap et notamment les autistes. La crise que nous traversons doit accélérer la prise de conscience collective comme individuelle autour de ce sujet. Par Christine Lamidel, Fondatrice et Directrice de Tilia

Ce n'est pas un hasard si deux des dernières interventions du ministère des Solidarités et de la Santé face à la crise inédite que nous vivons actuellement ont été consacrées à deux populations particulièrement touchées dans ce contexte de risque sanitaire et de confinement : les personnes en situation de handicap et plus particulièrement les autistes.

Confinement + isolement : double peine pour les personnes fragilisées — et leurs aidants

Ces populations, les millions d'aidants qui agissent chaque jour en France auprès de leurs proches les connaissent bien. Les personnes qu'il faut aider dans notre pays sont effectivement très nombreuses. On pense en premier lieu aux personnes âgées, notamment en situation de dépendance, directement affectées par cette pandémie. Mais le duo aidants / aidés concerne des situations beaucoup plus nombreuses, des personnes de tous âges, confrontées à des problématiques très variées incluant la précarité, qui ont néanmoins un point commun : la maladie et l'isolement comme pires ennemis.

Face à eux, comment continuer à aider, à soutenir, à prendre soin ? Même si les Pouvoirs publics s'attachent à prendre en compte ces cas particuliers qui, dans les faits, concerneraient plus d'un Français sur cinq, il est facile de comprendre à quel point la lutte contre l'épidémie du Coronavirus et le confinement à domicile constituent des freins majeurs à la poursuite de cette aide. Voilà pourquoi les Pouvoirs publics se mobilisent spécifiquement pour prendre en compte ces populations particulières.

L'ossature invisible de notre système de santé

Heureusement, il n'a pas fallu attendre cette crise sans précédent pour que les autorités se préoccupent du sort des aidants et de leurs proches fragilisés. Un projet de loi était même en préparation. Il avait pris un peu de retard et était finalement programmé pour la mi-2020. Les événements actuels vont-ils le retarder ? Il faut espérer que non car l'urgence du sujet, mise en lumière par le Covid-19 et le confinement, demeurera même une fois l'épidémie passée. Quand plus de 15% de la population est considéré comme « aidant » — sans toujours le savoir soi-même — et même un actif sur cinq, il s'agit d'un véritable enjeu de société, enjeu humain mais aussi économique, social, sociétal.

Quand une personne qui travaille doit s'occuper du proche qu'elle aide, les études actuelles indiquent que cela a des conséquences sur au moins deux collègues de son équipe dans l'entreprise ou l'organisation où elle exerce son activité. Facile d'imaginer dans ce cas, que dans la sphère personnelle, familiale, amicale, l'impact est au moins équivalent. D'une façon ou d'une autre, le sujet des aidants et de leurs proches nous concerne donc toutes et tous. C'est d'autant plus vrai qu'avec l'évolution des tendances de santé publique, et notamment de la dépendance, nous risquons — toutes et tous, également — de devenir un jour aidant, ou en situation de perte d'autonomie.

Crise ou pas crise, rendre aux aidants ce qu'ils apportent à notre société

Faisons donc de la crise actuelle un levier supplémentaire pour accélérer la prise de conscience individuelle et collective sur ce sujet des aidants dans notre pays. Prenons tous ensemble les mesures adéquates pour réduire l'impact physique, psychologique, financier de cette charge. Comme les soignants aujourd'hui, les aidants sont un maillon essentiel — mais, lui, pratiquement invisible — de notre système d'accompagnement des personnes dépendantes. Eux aussi doivent être accompagnés au quotidien.

Nous devons prendre soin des aidants comme ils prennent soin de leurs proches. Aujourd'hui et demain. Dans le débat actuel sur les leçons à tirer de la crise que nous traversons, entre ceux qui croient au « retour à la normale » et ceux qui pensent que « rien ne sera plus jamais comme avant », il faudra qu'au moins, pour les aidants et pour leurs proches fragilisés, il y ait bien un « jour d'après ». Qui aura été inspiré par la mise en lumière de cette problématique en ces temps si particuliers.

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