Le groupe d'experts sur le SMIC présidé par Gilbert Cette vient de prendre son rapport au gouvernement. Consulté par la Tribune, dans ce document de plus de 269 pages, les chercheurs missionnés, préconisent de ne pas augmenter le SMIC au-delà de l'inflation. Et pour cause, cette indexation automatique, contribue selon eux, à écraser la grille des salaires. Et à minimiser les responsabilités des partenaires sociaux. Ils préconisent de revoir profondément le système.« C'est déjà largement suffisant », c'est en ces termes que l'on pourrait résumer la hausse du SMIC de ces derniers mois, selon les experts du groupe sur le SMIC. Chaque année, comme le veut la coutume, ils rendent leur analyse à la Première ministre. Dans leur rapport remis ce jeudi 30 novembre, que la Tribune a pu consulter, ce groupe d'économistes, présidé par Gilbert Cette (aujourd'hui chez Néoma Business school), souligne combien le niveau de hausse du SMIC indexé mécaniquement sur l'inflation est suffisant. Inutile donc que le gouvernement ne donne un coup de pouce supplémentaire, comme il en a la possibilité, le 1er janvier prochain.
L'étude met en lumière les nombreux effets pervers que provoque, sur l'ensemble de la grille des salaires, ce système d'indexation obligatoire.
Sept revalorisations en 2 ans
Le rapport rappelle que le niveau de salaire minimum horaire en France est un des plus élevés de l'OCDE. Et que le SMIC a déjà été relevé 7 fois entre janvier 2021 et mai 2023, soit une hausse cumulée de 13,5%. Sur ces 7 augmentations, trois correspondent aux ajustements usuels du 1er janvier, et quatre, infra-annuelles, à la mise en œuvre automatique qui veut que le SMIC soit directement indexé sur l'inflation.
Aujourd'hui on compte en France plus de 17 % des salariés bénéficiant de ces dispositions (contre 12 % en 2021, et 14,5 % en 2022). Un niveau historiquement haut, qui pour les experts, est loin d'être une bonne nouvelle, car il contribue à « tasser » la grille des salaires. Autrement dit, les employés et ouvriers qui étaient dans des niveaux juste au-dessus du SMIC se sont vus peu à peu largement rattrapés par ceux - notamment les plus jeunes- qui sont au salaire minimum. De quoi entraîner une moindre reconnaissance de leur expérience et qualification.
Aussi, l'avis de ces économistes est sans appel : les revalorisations automatiques du SMIC perturbent la mobilité salariale. « Les gens restent ainsi au SMIC des années, sans espoir d'en sortir », explique ainsi Gilbert Cette, le président. C'est délétère.