Sobriété énergétique : comment les villes comptent réduire leur facture de gaz et d'électricité

Face à la flambée des prix de l'énergie, les communes françaises, de toutes tailles et de tous bords politiques, ont décidé de rationner l'éclairage public et de moins chauffer les bâtiments. Alors que certaines collectivités ploient sous une facture énergétique globale parfois multipliée par deux, le gouvernement français a fixé comme objectif de réduire de 10% la consommation énergétique en France d'ici à 2024. Etat des lieux.
Marseille va éteindre l'éclairage de ses 140 monuments à partir de 22h30 en hiver, avec Notre-Dame-de-la-Garde pour seule exception.
Marseille va éteindre l'éclairage de ses 140 monuments à partir de 22h30 en hiver, avec Notre-Dame-de-la-Garde pour seule exception. (Crédits : Jean-Paul Pelissier)

Réduire l'éclairage public, baisser la température dans les bâtiments publics, fermer les piscines... Alors que le gouvernement a fixé l'objectif de baisser de 10% la consommation d'énergie en France d'ici à 2024, les communes, de la petite rurale à la grande agglomération, adoptent en ce moment des mesures pour faire des économies d'énergie et baisser leurs factures de gaz et d'électricité, qui s'est envolée depuis le début de l'année. Sobriété énergétique oblige, elles annoncent tour à tour des mesures très concrètes pour faire la chasse au gaspillage, en matière d'éclairage public ou de température des bâtiments publics. Revue des mesures qui ont été décrétées ou déjà lancées à Paris, Lille, en passant par Marseille, Montpellier ou encore Bordeaux.

Limiter l'éclairage public

L'une des mesures les plus marquantes est venue de Lille, qui a cessé début septembre d'éclairer les bâtiments publics la nuit, sauf sur la Grand'Place et la place de l'Opéra, ce qui lui permettra, selon la municipalité, d'économiser 170.000 kWh par an.

Paris a décidé mardi de prendre des mesures similaires. L'Hôtel de Ville de Paris, la tour Saint-Jacques, les musées municipaux et les mairies d'arrondissement cesseront d'être éclairés à 22h00 à partir du 23 septembre. Parmi les monuments les plus imposants de la capitale, l'Hôtel de Ville était jusqu'ici éclairé jusqu'à 1h00 du matin, comme la tour Eiffel qui s'éteindra désormais au départ du dernier visiteur, soit 23h45.

Marseille a acté une mesure similaire avec l'extinction des feux à 23h30, et à 22h30 en hiver, pour ses 140 monuments, avec Notre-Dame-de-la-Garde pour seule exception. La mairie de Toulon veut atteindre le même objectif « le plus vite possible ». Bordeaux vient aussi d'annoncer mercredi que la ville éteindra, à partir de janvier, 55% de ses points lumineux de 1heures à 5 heures du matin. Son maire, Pierre Hurmic prévoit également « d'éteindre l'illumination de 90% des bâtiments publics ».

Depuis juillet 2021, l'emblématique Citadelle construite par Vauban qui domine Besançon n'est plus éclairée systématiquement la nuit « pour baisser la consommation d'énergie, préserver la biodiversité et limiter la pollution lumineuse ». Les mêmes raisons sont invoquées par la municipalité de Rouen, qui a décidé depuis plus d'un an, d'éteindre l'éclairage public entre 1h et 5 heures du matin dans 11 quartiers. Même principe à Montpellier : la ville a validé et accentué en avril une expérimentation d'extinction de l'éclairage public sur cinq axes routiers. Ou encore Bourges, l'extinction des lumières de minuit à 5 heures dans 70% des quartiers de la ville, déjà en vigueur depuis la rentrée 2021, sera ainsi étendue à partir d'octobre.

Les grandes villes ne sont pas les seules à éteindre la lumière : ainsi en Nouvelle-Aquitaine, Libourne, Saint-Sever ou le Syndicat Énergies Vienne, qui gère le service public de l'énergie dans 220 communes rurales du département, ont décidé d'éteindre l'éclairage public la nuit. Ces mesures de rationnement s'accompagnent généralement du remplacement annoncé des ampoules de l'éclairage public par du LED. Dans le département de l'Hérault, la petite commune de Montady à l'ouest de Béziers, un tronçon de la RD11 qui traverse la ville a, elle, opté pour un éclairage intelligent : la route s'éclaire à l'approche d'une voiture avant de retomber dans la pénombre.

Baisse la température des bâtiments

Le gouvernement a rappelé qu'il est recommandé de limiter la température d'une pièce à 19°C. Pour rappel, baisser son chauffage de seulement un degré correspond à 7% d'économie d'énergie, selon l'Agence de la transition écologique (Ademe). L'impact n'est pas négligeable puisque le chauffage représente plus de la moitié des consommations énergétiques d'un logement (jusqu'à 66% pour le chauffage électrique, un peu moins pour fioul et gaz).

Là aussi, Lille a marqué les esprits en annonçant une baisse de température de 2 degrés - de 20 à 18 - dans deux musées, deux heures de chauffage en moins en fin de journée dans les salles de sport ou encore la chasse aux chauffages d'appoint dans les bureaux de la ville. La ville de Bordeaux va régler le chauffage à 19 degrés dans les établissements culturels et les écoles, et même 12 degrés dans les grands gymnases.

À Lyon, la Métropole a arrêté à 19°C la consigne de chauffe cet hiver dans son patrimoine pour faire face au doublement anticipé (de 55 à 100 millions d'euros) des coûts de l'énergie en 2023. La même température vaudra pour les communes rurales de la Vienne, avec un système de bonus/malus pour récompenser les municipalités les plus économes, et à Marseille, qui a par ailleurs fixé à 26°C le pallier pour la climatisation dans ses locaux durant l'été. À Libourne, le maire Philippe Buisson a carrément décidé « de ne quasiment plus chauffer les gymnases », maintenus à... 10 degrés, sauf pour les douches et les vestiaires. En Mayenne, le département réfléchit même à imposer une journée « Pull-over » ou « Friday Wear », le vendredi ou les jours de pointe de consommation.

Fermer les piscines ou baisser la température de l'eau

Parmi les équipements municipaux particulièrement énergivores, les piscines, souvent chauffées au gaz, sont souvent considérées comme un poste de dépenses important. D'autant que le parc est relativement vétuste : « plus de 60% ont plus de 30 ans », relève France urbaine, qui représente les grandes villes. C'est le cas aussi des patinoires, équipements vieillissants et également très énergivores.

Dans la stratégie de chasse au gaspillage, plusieurs municipalités ont d'ores et déjà prévu de baisser la température de l'eau. C'est le cas de Lille qui va baisser la température de l'air et de l'eau dans les piscines municipales de deux degrés. La mairie de Toulon a aussi prévu de baisser la température de l'eau de ses piscines de 28°C à 26°C, « sauf pour une piscine qui accueille des maternelles et des bébés » et réfléchit également à des fermetures « ponctuelles » de ces établissements énergivores, par exemple lors des vacances scolaires. Paris va baisser la température de ses bassins d'un degré. A Bordeaux aussi, la température de l'eau des piscines municipales sera baissée. La commune d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) a fermé cet été la plus énergivore et la moins fréquentée de ses deux piscines, pour lesquelles l'envolée des prix de l'énergie représente un surcoût de 400.000 euros par an.

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ZOOM - Les collectivités ploient sous une facture énergétique globale parfois multipliée par deux

L'augmentation des prix de l'énergie, amplifiée au printemps depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, grève le budget des collectivités locales. Un rapport sénatorial, paru en juillet, faisait état d'un bond « de 50% des dépenses énergétiques », selon l'Association des petites villes de France (APVF), tandis qu'Intercommunalités de France considère que la facture énergétique « des trois quarts des intercommunalités a doublé, voire triplé ou quadruplé ».

Pour compenser, en partie, ces hausses des coûts liés à l'énergie, le parlement a voté début août, dans le cadre de la loi de finances rectificative, une enveloppe supplémentaire de 750 millions d'euros de soutien total aux collectivités. « Le filet de sécurité mis en place cet été représente 430 millions d'euros pour soutenir les communes et les intercommunalités fragilisées par la hausse du point d'indice des fonctionnaires, des coûts de l'énergie et des denrées alimentaires, 120 millions pour les départements et 18 millions pour les régions », détaillait auprès de l'AFP le cabinet de Caroline Cayeux, ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales. Matignon a aussi annoncé le déblocage d'un « fonds vert » doté d'1,5 milliard d'euros pour les collectivités locales, pour les aider « dans l'accélération de leur transition écologique ».

Les villes réclament elles, les plus grandes notamment, un bouclier tarifaire, à l'instar du dispositif qui protège aujourd'hui les ménages de la flambée de l'énergie.

>>> Et lire aussi les mesures prises en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie et en AURA

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Commentaires 17
à écrit le 14/09/2022 à 18:28
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bien risque de couper l'eclairage public vous allez faire le bonheur des casseurs cambrioleurs les vehicules n'ont pas finis de bruler et avant tout les risques a la personne là c'est encore plus grave Mrs les maires en cas de violence pire en...

le 14/09/2022 à 20:18
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Allons, allons ! tout va bien se passer. Restez calme, surtout !

à écrit le 14/09/2022 à 10:57
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la plupart de ces communes, surtout dans le sud, aurait pu investir dans des panneaux solaires payés ou remboursés par l'état, maintenant c'est trop tard la facture est la !

le 14/09/2022 à 16:49
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la méthanisation ça gaz! pour qui ? les industriels de l énergie s accaparent encore les bénéfices. ll agriculteur est simple fournisseur de déchets. des questions à se poser

à écrit le 14/09/2022 à 9:08
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On n'en serait peut-être pas là si l'Education Nationale avait fabriqué plus de soudeurs et de chaudronniers pour entretenir les centrales nucléaires que de critiques de cinéma et autres intermiteux du spectacle. Nous payons pour notre mépris petit ...

le 14/09/2022 à 12:49
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L'EN a bon dos ! c'est aux entreprises en premier lieu à recruter et à former leurs collaborateurs et les secteurs qui l'ont compris réussissent là où d'autres se contentent de râler . La restauration est en train de le comprendre et de réagir elle ...

le 14/09/2022 à 15:20
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@Idx "Quant aux soudeurs contrairement à ce que vous pensez cette profession n'est certainement pas accessible à un très grand nombre compte tenu des connaissances et des compétences qu'elle requière !!!" Le CAP soudeur a été fermée par l''Éduc...

le 14/09/2022 à 16:27
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c est pas tant l EN qui est responsable que les salaires ! Si le metier paie pas, ca fini par se savoir et plus personne ne se lance dans des etudes qui menent a un travail au smic a vie ! Le raisonnement est d ailleurs pas limite aux CAP de soudeur...

à écrit le 14/09/2022 à 8:41
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Eh oui pendant plus de 40 ans on a multiplié les investissements immobiliers de loisirs, piscines, patinoires, stades boulodromes salles polyvalentes gymnases couverts . Chaque collectivité doit revoir le fonctionnement de tous ses investissements e...

à écrit le 14/09/2022 à 8:22
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Franchement pour l'éclairage public, des bâtiments et des boutiques et autres entreprises il serait temps d'être vraiment moins débiles. C'est bon les boomers vous avez fait bien assez de mal.

le 14/09/2022 à 9:14
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Il faut dire qu’avec un raisonnement basique type Yaka Fokon permanent, vous n’aidez pas à sortir de ce monde infernal mis en place par les boomers…….

le 14/09/2022 à 9:28
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La plupart des jeunes ne sont pas plus écolos que les boomers. Et puis opposer jeunes et boomers, c'est une attitude très bête, permettez moi de vous le dire

le 14/09/2022 à 9:37
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@Charlie "Et puis opposer jeunes et boomers, c'est une attitude très bête, permettez moi de vous le dire " Par contre ,cela ne dérange pas une bonne partie des boomers dans les sondages d'être favorable à augmenter l'âge de départ de la retrai...

le 14/09/2022 à 12:55
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Sauf que les boomers ont déjà pratiqué lors des crises pétrolières des années 70 , à l'époque fallait éteindre les vitrines à 22 heures !!! Quant aux portes des magasins qui restent ouvertes par tous les temps avec clim et chauffage à fonds dans le...

le 14/09/2022 à 19:02
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Vous n'êtes pas capable de vous rendre compte de ce que subissent les actifs et les salariés en ce moment, au moins ça prouve ce que je dis vous êtes dans le déni, point. Et les jeunes sont pauvres ils ne peuvent donc pas acheter bio ou des bagnoles ...

à écrit le 14/09/2022 à 8:05
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C'est marrant, parce que tant qu'il n'était question que du réchauffement climatique, personne ne bougeait. Mais maintenant qu'on touche à la facture, les choses changent. Comme quoi, l'écologie, tout le monde s'en fiche

le 14/09/2022 à 8:21
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50 ans que notre classe dirigeante savait et n'a strictement rien fait, en effet nos dirigeants n'ont absolument rien à faire de l'écologie, après eux le déluge point final.

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