Soldes d'hiver : dernière chance pour compenser l'effet "Gilets jaunes" sur les ventes ?

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(Crédits : Christian Hartmann)
Les commerçants nourrissent de grands espoirs dans les soldes d'hiver qui débutent ce mercredi 9 janvier, afin de rattraper une fin d'année catastrophique en raison du mouvement des "Gilets jaunes". Mais les clients pourraient ne pas être au rendez-vous.

Les soldes d'hiver débutent ce mercredi avec l'espoir pour les commerçants de rattraper, au moins partiellement, un chiffre d'affaires de novembre-décembre catastrophique en raison des manifestations des "Gilets jaunes". Mais de l'aveu même de la secrétaire d'État à l'Économie Agnès Pannier-Runacher, qui a réuni les représentants de fédérations de commerçants et d'artisans, ainsi que les représentants du secteur financier des banques et assurances à Bercy, le manque à gagner sera plus ou moins difficile à rattraper selon les secteurs. D'autant plus que ce rendez-vous tend à s'essouffler à l'heure des promotions à outrance tout au long de l'année.

« Il y a eu un phénomène de rattrapage lié aux fêtes de fin d'année, notamment la semaine de Noël a été une bonne semaine, mais ce qui est certain c'est que (ça) ne suffira pas à compenser les pertes de chiffre d'affaires des commerçants (...) Pour certains secteurs comme les commerces alimentaires ou encore l'hôtellerie et la restauration, le manque à gagner sera encore plus difficile à compenser », a-t-elle rappelé.

Ce mercredi à 8h, la secrétaire d'État a donné le coup d'envoi des soldes aux Galeries Lafayette, à Paris. Ce rendez-vous va durer jusqu'au 19 février.

Un climat social et économique peu propice aux soldes

Si Yohann Petiot, directeur général de l'Alliance du commerce, prévoit « qu'il y aura des belles offres en magasin, du stock et des taux de démarque qui seront certainement importants », cela ne garantit pas selon lui le succès des soldes d'hiver 2019, dans un climat de consommation morose.

Sans compter que cette période de rabais « s'ouvre quand même dans un climat d'incertitude, avec un mouvement des "Gilets jaunes" qui repart et dont on ne sait pas ce qu'il va donner ». Par crainte de nouveaux débordements, les Français pourraient encore privilégier les achats sur Internet. Bordeaux a notamment été l'une des villes les plus bloquées par les manifestations.

« Le mouvement des "Gilets jaunes" a créé un état d'esprit de morosité et il y a beaucoup de stock invendu : dans toute crise de consommation, le consommateur achète moins et uniquement en fonction de ses moyens », estime Christian Baulme, président de la Ronde des quartiers, principale association de commerçants à Bordeaux. Il a constaté une baisse de 20% des ventes, grandes et petites enseignes confondues, sur la période novembre-décembre.

Mais « il n'y a pas que les 'Gilets jaunes' », renchérit Colas Michard, à la tête du chausseur bordelais Michard & Ardillier. Selon lui, c'est toute l'année qui a été très compliquée.

« Rappelez-vous qu'on a eu un printemps pourri, avec de la pluie jusque fin juin. Et fin septembre, on avait 34 degrés quand on devait écouler nos bottes et chaussures fourrées... »

Début décembre, l'Institut français de la mode (IFM) prévoyait que la consommation de textile et d'habillement en France terminerait l'année 2018 en recul de 2,9%, soit l'une des pires depuis 10 ans. Et la confiance des ménages en décembre, annoncée par l'Insee ce mercredi, est là aussi en chute libre : l'indice a perdu 4 points à 87, à son plus bas niveau depuis novembre 2014.

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Indicateur de la confiance des ménages

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Soutien prolongé de l'État pour rétablir les trésoreries des entreprises pénalisées

D'après Agnès Pannier-Runacher, deux tiers des entreprises françaises ont été touchées par les répercussions du mouvement des "Gilets jaunes" entamé mi-novembre, mais dans des proportions très différentes et la situation globale est "extrêmement hétérogène".

« Certaines (entreprises ont été) massivement touchées, on a des cas de blocages de dépôts cinq semaines consécutives », d'autres ont plutôt connu une perte de chiffre d'affaires « plutôt lié à une baisse du panier moyen parce qu'il y a une morosité de la consommation ou une désaffection pour les commerçants de proximité », a-t-elle précisé.

À l'heure actuelle, les dispositifs de soutien mis en place par l'intermédiaire des banques (comme l'étalement des échéances de paiement, facilités de caisse, offres de prêts travaux) n'ont été que peu sollicités, selon la secrétaire d'Etat, qui a également évoqué un nombre "relativement faible" de sinistres déclarés aux assurances. « Ce n'est pas illogique, parce que les gens sont concentrés sur terminer l'année et s'occuper de vendre leurs marchandises », a-t-elle souligné. Les demandes devraient être plus nombreuses en ce début d'année.

« C'est pour ça qu'on (...) va poursuivre l'accompagnement » pour favoriser le rétablissement des trésoreries des entreprises pénalisées, a-t-elle assuré.

Au-delà du maintien de la cellule de continuité économique réactivée fin novembre et des dispositifs de soutien passant par les banques et les assurances, les services de l'État vont notamment prolonger pour trois mois les possibilités d'étalement des échéances sociales et fiscales et vont également accélérer le paiement des crédits d'impôts.

(avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 10/01/2019 à 11:12 :
Soldes et gilets jaunes... ça y est c'est totalement parti en vrille le sujet là.
a écrit le 10/01/2019 à 11:04 :
Gilets jaunes ou pas, les gens lambda, qui font leurs achats dans les chaines d'habillement n'ont plus de sous, donc ca ne change rien, faut que les commercants se mettent ca dans la tete....
a écrit le 10/01/2019 à 9:32 :
Après les gilets jaunes, il y aura l'effet prélèvement à la source... Ils ont bon dos ! Les français font juste un arbitrage budgétaire face à la baisse du pouvoir d'achat. Point
a écrit le 09/01/2019 à 21:27 :
Quel intérêt d'acheter de la fripe chinoise de basse qualité qui au final ne crée que de la pollution ?
a écrit le 09/01/2019 à 20:48 :
Par ce simple exemple personnel je vais vous dire pourquoi les gens (lambda) s'endettent facilement.
Pas plus tard qu'aujourd'hui ma banque me propose par mail d'augmenter mon autorisation de découvert pour faire face aux soldes du mois de janvier.
Si cela n'est pas une incitation à la dépense et à l'endettement je veux bien me faire moine...
a écrit le 09/01/2019 à 20:00 :
Aujourd'hui avec mon épouse nous avons été dans un grand centre commercial du sud est. Nous avions repéré des vêtements avant les soldes dans trois enseignes très connues. L'ensemble de ces vêtements n'étaient plus présents, nous avons eu droit à des stocks!!! qui semblent bien avoir été créés en exclusivité!! pour les soldes. Une création qui montre le peu d'intérêts de ces enseignes pour leurs clients !!! Des soldes plus moches les unes que les autres et pire avec des remises minables type 20 ou 30 pour cent. Je pense et cette année peut-être encore pire que les autres les commençants du moins une partie et souvent les grandes enseignes qui ont besoin de chiffres pour la maison mère sont prêtes a vendre de la M... le client importe peu. Si certaines enseignes ne comprennent pas que leur survie passent par le respect du client mais également le respect de la loi, Amazon et tout le commerce en ligne ont de beaux jours devant eux. Que la secrétaire d'état vienne sur le terrain avant d'inciter les consommateurs à se faire plumer.
a écrit le 09/01/2019 à 16:11 :
Et quoi donc en dernière chance pour compenser l'effet "Mondialisation" sur les pouvoirs d'achat ?
On peux éviter soigneusement la question, mais ça se voit de plus en plus.

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