"Gilets jaunes" : "Les pertes sont estimées à 1 milliard d'euros pour le commerce"

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Jacques Creyssel est délégué général de la fédération du commerce et de la distribution.
Jacques Creyssel est délégué général de la fédération du commerce et de la distribution. (Crédits : DR)
ENTRETIEN - À quelques heures d'un week-end qui s'annonce explosif, le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution, Jacques Creyssel, redoute une possible amplification des violences à l'égard des commerçants, l'un des secteurs les plus touchés depuis le début de la mobilisation des "Gilets jaunes".

À la veille d'un week-end qui fait craindre une explosion de violence, les commerçants se préparent au pire. Dans un récent communiqué, la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a récemment demandé "aux pouvoirs publics de tout faire pour que la liberté de circulation et l'accès à tous nos magasins, et à tous nos entrepôts soient totalement respectés."

De son côté la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, en a appelé vendredi aux entreprises, soulignant que "tout le monde doit faire sa part" face à "l'urgence sociale absolue" dont témoigne la crise des "Gilets jaunes". "Que les grandes entreprises montrent l'exemple - et il y en a beaucoup qui sont prêtes à le faire, qui le disent. Et il y a des branches qui ont fait l'accompagnement des salaires ces dernières années, d'autres moins. Je sais qu'elles sont prêtes à le faire, il faut le faire", a-t-elle martelé.

 Lire aussi : Gilet jaunes : le gouvernement demande aux entreprises de mettre la main à la pâte

 LA TRIBUNE - Quelles sont les principales conséquences pour le secteur du commerce et de la distribution ?

JACQUES CREYSSEL - Les trois semaines que nous venons de vivre ont des conséquences économiques extrêmement importantes pour le commerce. Cela s'est traduit le premier week-end par une baisse de 35% du chiffre d'affaires, et notamment 50% en régions. Pour le second week-end, la perte d'activité a été estimée à 20%. Enfin, lors de la troisième mobilisation, le recul serait de l'ordre de 20% à 25%. Nous sommes très inquiets pour les deux prochains jours qui s'annoncent encore plus difficiles. Cette diminution concerne tous les secteurs et essentiellement les régions, même si on se focalise parfois sur Paris.

Cette baisse de chiffre d'affaires est également sensible en semaine. Il y a énormément de blocages entre le lundi et vendredi, même si chaque week-end, il y a des centaines de magasins qui sont fermés ou bloqués par des barrages filtrants. De plus en plus d'entrepôts sont également bloqués. Ce qui pose un problème au niveau des marchandises avec des répercussions sur la toute la chaîne. L'industrie agroalimentaire est en grande difficulté, en particulier sur les produits frais. Il y a également des conséquences sur les rayons des magasins qui commencent à être vides. L'autre répercussion est le risque que le consommateur ne vienne plus parce qu'il peut avoir peur de circuler. Ils ne savent pas si le magasin va être ouvert. Le cumul de tous ces facteurs se traduit par une baisse constante du chiffre d'affaires. Ce qui est totalement catastrophique pour le commerce.

Avez-vous une estimation de la perte du chiffre d'affaires pour le secteur du commerce et de la distribution ?

On estime déjà qu'il y a plus d'un milliard d'euros de pertes de chiffre d'affaires. Le secteur du jouet accuse déjà 120 millions d'euros de pertes. Les hypermarchés et supermarchés ont des pertes de l'ordre de 500 millions d'euros. Au niveau local, les conséquences négatives peuvent se concentrer sur les petites villes et les villes moyennes. Les magasins les plus fragilisés sont souvent situés dans ces zones. Une grande partie des conséquences économiques se situent en régions et non pas à Paris.

Au niveau de l'emploi, quelles sont les principales répercussions ?

Beaucoup de magasins ont dû mettre des employés au chômage partiel. Une très grande partie des renforts pour Noël ont été arrêtés. Plusieurs milliers de jeunes n'auront pas le job qu'ils auraient pu avoir traditionnellement en cette période. C'est aussi la période de l'année où le chiffre d'affaires est le plus important avec le "Black Friday" et tous les achats de Noël. Au mois de décembre, les commerçants peuvent réaliser un chiffre d'affaires trois fois supérieur à la normale. Les conséquences peuvent être totalement dramatiques pour de nombreux commerçants. La consommation depuis le début de l'année est assez mauvaise, par ailleurs.

Existe-il un système de soutien spécifique au sein de votre réseau ?

À la suite de notre demande, le gouvernement a mis en place un système de soutien. Les chefs d'entreprise peuvent désormais faire des demandes de report d'échéance bancaire, la possibilité pour les magasins d'ouvrir le dimanche alors qu'ils n'avaient pas le droit de le faire, des assouplissements, un allongement des délais pour payer des impôts. Notre principale demande est le libre accès pour nos clients comme pour nos salariés à la fois aux magasins et aux entrepôts. Dans la journée d'hier, une dizaine d'entrepôts parmi les plus importants de France étaient bloqués. Toute la journée, des entrepôts et des magasins ont été bloqués pendant huit ou dix jours.

 Est-ce qu'il y a des reports possibles de la part des clients ?

Sur les produits alimentaires, le report est très faible. Il va y avoir des pertes très importantes sur les produits frais. Ils ont besoin d'être vendus rapidement. Sur le non-alimentaire, il peut y avoir des effets de report mais quand les magasins sont bloqués pendant quatre semaines consécutives. Le report est de plus en plus difficile vers les magasins physiques. Le report se fait déjà sur Amazon. Le secteur du jouet, par exemple, qui connaît des difficultés. Les magasins ont perdu jusqu'à 50% de ventes les samedis. Le risque est que les parents aillent acheter leurs jouets sur Amazon.

Êtes-vous en relation avec les pouvoirs publics ?

Je suis en liaison permanente depuis trois semaines avec la cellule de crise du ministère de l'Intérieur pour lui faire part de toutes nos difficultés. Nous avons demandé que les accès soient rétablis. Et nous sommes également en relation avec Bercy. Cette semaine, nous avons rencontré Bruno Le Maire à deux reprises. Pour la question du chômage partiel, nous travaillons avec le ministère du Travail.

Est-ce que vos demandes ont été satisfaites ?

Les demandes qui consistent à obtenir des jours supplémentaires d'ouverture, des facilités bancaires ont été globalement satisfaites. C'est moins le cas du côté des assurances malgré les efforts du ministre. Quand un magasin ne peut pas ouvrir à cause de personnes situées devant le magasin, les pertes peuvent être couvertes par l'assurance "perte d'exploitation". Quand c'est un barrage qui interdit l'entrée à 50 mètres, là ce n'est pas couvert.

Par ailleurs, la faible disponibilité des forces de l'ordre le week-end qui sont sur les manifestations notamment à Paris, ne permet pas d'assurer la sécurité pour tous les accès. C'est la principale difficulté alors que c'était un engagement clair du gouvernement. Nous demandons des moyens supplémentaires de manière régulière pour sécuriser l'accès aux magasins mais les forces de l'ordre n'ont pas de moyens suffisants pour assurer la sécurité de plusieurs milliers de points de vente.

Au niveau du secteur commercial, quelles pourraient être les conséquences à plus long terme ?

Tous ces événements légitiment encore plus une de nos demandes qui consiste à assurer l'égalité de concurrence entre le commerce physique et le commerce en ligne. La crise actuelle avantage de manière extrêmement forte ces grandes plateformes. Notre demande ne se limite pas forcément à la taxe Gafa en cours de discussion au niveau européen. Nous pensons qu'il faut revoir entièrement la fiscalité. Les impôts locaux comme la taxe foncière ou la taxe sur les surfaces commerciales ne sont pas supportées par ces plateformes, hormis de manière marginale sur les entrepôts. Cette crise qui avantage Amazon montre bien à quel point il faut changer la donne. Les grandes plateformes situées à l'étranger notamment sont les grands gagnants de cette crise.

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LIRE AUSSI L'entretien de Pierre Goguet, président de CCI France : "Gilets jaunes" : "les conséquences pourraient être catastrophiques" (CCI France)

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Commentaires
a écrit le 10/12/2018 à 9:47 :
Dur dur pour les commerçants. Pour Noël, ils vont être obligé de commander moins d'options sur leur futur Porsche Cayenne... Dur
a écrit le 10/12/2018 à 6:28 :
L'AME (Aide Médical d'État) 1 milliard, Allocations MNA (Mineur Non Accompagné) 4200 € par mois 50400 € par par tête de pipe. Nombre estimé : 40000 ; coût 2,016 milliards soit 3,016 milliards auxquels il faut ajouter les autres allocations ou aides diverses et avariées (surtout), à la louche 4,5 milliards € à la charge du contribuable. Je comprends maintenant pourquoi on a augmenté ma CSG.
a écrit le 09/12/2018 à 22:37 :
...retablissement de l'ISF et cette perte sera vite compensée !
a écrit le 09/12/2018 à 18:17 :
Que la fédération du commerce se plaigne d’une situation qu’elle a elle même créée en passant son temps à commercialiser des produits bas de gamme et à bas coûts venant de pays en marge de la république devrait inciter les jedis jaunes à poursuivre leur action de remise à niveau des esprits noirs des syth. Que la force soit avec eux!
a écrit le 09/12/2018 à 11:50 :
Il devrait acheter une usine de textile pour fabriquer des mouchoirs et pouvoir pleurer et demander de l’argent à l’état comme d’habitude
a écrit le 08/12/2018 à 21:19 :
"Les pertes sont estimées à 1 milliard d'euros pour le commerce"

il convient de RELATIVISER et de modérer la dramaturgie :

1 milliard d'euros de pertes de CHIFFRE D'AFFAIRES pour des commerçants qui ont des profits "déclarés" très faibles, entre 0,5% et 5%,

au bout du bout, les pertes de rentabilité sont extrêmement faibles ...

les pleureurs et pleureuses devraient RÉFLÉCHIR,

car une hausse du pouvoir d'achat avec un SMIG à 1 500 euro pourrait rapporter des sommes faramineuses dans les caisses des commerçants,

concluons : TOUS LES COMMERÇANTS DEVRAIENT SE JOINDRE AUX GILETS JAUNES et les ENCOURAGER
Réponse de le 09/12/2018 à 9:21 :
"car une hausse du pouvoir d'achat avec un SMIG à 1 500 euro"

A noter que le SMIC ( salaire minimum interprofessionnel de croissance) a succédé, en application d'un décret du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas du 2 janvier 1970, au salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) — instauré par la loi du 11 février 1950. À la différence du SMIG basé sur l'inflation, le SMIC est revalorisé au minimum à hauteur de la moitié de l’augmentation du pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier (SHBO). Il peut bénéficier de hausses supplémentaires de la part d'un gouvernement.
Réponse de le 09/12/2018 à 12:04 :
Arretez de raconter n'importe quoi...

https://www.europe1.fr/economie/gilets-jaunes-le-prix-nobel-deconomie-jean-tirole-affirme-quune-hausse-du-smic-nest-pas-desirable-3816725
a écrit le 08/12/2018 à 18:31 :
On l'a pas trop entendu pendant le conflit SNCF qui a couté aussi un max. Fort avec les faibles , faible .... La SNCF a couté 37 Milliards à l'Etat alors son milliard .....
a écrit le 08/12/2018 à 13:31 :
Les gilets jaunes n'étaient rien. Maintenant ils font perdre Macron et valent 1 milliard. Enfin une reconnaissance. Peut-être une solution à la pauvreté s'il y a des élections de mi-mandat.
a écrit le 08/12/2018 à 12:00 :
Les GJ c'est tout benef pour les GAFA qui échappent à l'impôt .une grande réussite fiscale pour ce mouvement épris de justice.
a écrit le 08/12/2018 à 11:00 :
Merci ducon-Macron et son valet Philippe !
a écrit le 08/12/2018 à 9:16 :
Le prix de l'irresponsabilité et de incompétence de ce gouvernement. Incapable de sentir le ras le bol fiscal et la colère des Français qui montait.
a écrit le 08/12/2018 à 9:10 :
"....la liberté de circulation et l'accès à tous nos magasins, " !?!
QUI va faire ses courses en zigzaguant entre les lacrymogènes et les poubelles en feu Ridicule !
a écrit le 08/12/2018 à 8:33 :
On vient de filer 40 milliards via le CICE on en prend 1 on le distribue au petit commerce et il en restera 39 milliards pour les grands groupes qui avec cette petite somme devrait pouvoir s'en sortir. Ne pas oublier que la cour des comptes a démontrer que le CICE n'avait créé ou préservé peu d'emplois...
a écrit le 08/12/2018 à 8:06 :
Pour les chomistes qui veulent devenir président, il suffit de traverser la rue de l'Elysée ;)
a écrit le 08/12/2018 à 8:03 :
gouvenez c'est prevoir donc le manque a gagner et au compte de m macron
et il faut auusi virer cette secte d'economiste issu de l'ena en poste a Bercy
car cela fait depuis plusieur decenie qu'il empeche la France d'evoluer
oui ces inventeur de taxes
qui ne conaissent rien des francais
Réponse de le 08/12/2018 à 9:13 :
les politiques ETOUFFENT le pays dans tous les domaines depuis des années : seul un grand nettoyage pourra le redresser !
a écrit le 08/12/2018 à 3:50 :
Lourds dommages collatéraux de l'état providence en phase de collapse …
a écrit le 07/12/2018 à 23:46 :
Les gilets jaunes vont créer plus de chômeurs que le terrorisme et vont nous coûter plus cher en taxes et impôts que la crise de 2008.
Réponse de le 08/12/2018 à 10:55 :
EN MAI 1968 les nantis disaient la meme chose et pourtant les années suivantes ont ete de années prosperes
pour cette annee meme chose si nous donnons du pouvoir d'achat aux pauvres la croissance va progresser !!!!!
ex quand un depute vote les amendes a 135 € cela IMPUTE le pouvoir d'achat de 11% d'un smicard alors qu'il ne represnte que 2% du salaire du depute qui A VOTE LA LOI . de meme pour la CSG 1,7 pour le pauvre 0,85 pour celui qui est dans la trache d'imposition a 50% ET LA PIRE la flat taxe
Réponse de le 08/12/2018 à 21:18 :
1968 à 2018 extrapolation hasardeuse. Le contexte n'est plus le même. En 1968, par exemple, l'industrie automobile a fortement augmenté le salaire et a ensuite augmenté ses prix. Les voitures Françaises ont continuées à être exportées, car il n'y avait pas encore à cette époque la forte concurrence des Japonais par exemple.Aujourd'hui, si l'industrie augmente ses prix, elle se trouvera en forte difficulté.
a écrit le 07/12/2018 à 23:24 :
Des connaissances qui vendent sur Amazon me disent que même là les ventes sont décevantes.
a écrit le 07/12/2018 à 20:30 :
Toutes les estimations faites à chaud au moment des grèves de a SNCF se sont révélées erronées, et en général surestimées.
Mr Creyssel défend le point de vue des commerçants, il a intérêt à majorer ses pertes pour obtenir des aides et être entendu.

Il faut attendre la fin du mouvement pour commencer l'inventaire, sachant que certaines choses seront définitivement perdues (touristes qui seraient venus à Paris pour les fêtes mais pas à une autre période de l'année) et d'autres rattrapées (cadeaux, sorties, achats domestiques...).
a écrit le 07/12/2018 à 19:36 :
Les “gilets jaunes”, un désastre pour les finances de l’Europe.. Dommage d' avoir voulu à tout prix, délibérément et toutes ces années éviter un référendum sur le Frexit ..
https://www.courrierinternational.com/une/vu-dallemagne-les-gilets-jaunes-un-desastre-pour-les-finances-de-leurope
a écrit le 07/12/2018 à 19:10 :
Il est faux de dire: "Gilets jaunes" : "Les pertes sont estimées à 1 milliard d'euros pour le commerce" car ce n'est que du temps de perdu non pas d'argent, ce qui pourrai corresponde a une fausse nouvelle!
a écrit le 07/12/2018 à 19:07 :
c'est pas des gilets jaunes qui pillent les magasins, c'est des crapules ' qui n'ont rien de liberal'....n'indignons pas la gauche avec ses amis casseurs
les pertes de ca, c'est autre chose, mais quand les gens n'ont pas grand chose a perdre car l'etat socialiste les envoie a la misere ( ok c'est pas encore le venezuela de melenchon, mais ca va peut etre venir), ils sont prets a tout
voila les residus de la france de hollande dont je donnais deja les details y a 5 ans, vous pouvez reprendre mes posts sur l'arriere boutique de la france reenchantee
Réponse de le 07/12/2018 à 22:12 :
Je savais que Churchill avait un penchant pour la boisson, mais je ne pensais pas que c'était à ce point là. L'impression d'entendre un pilier de comptoir.
a écrit le 07/12/2018 à 18:43 :
je compatie pour les commerçants mais un milliard c'est bien moins que la perte due à la hausse de la CSG pour les retraités
Réponse de le 07/12/2018 à 19:17 :
Ainsi que la Désindexation-Macron-Darmanin des Retraites, 30% de Chute minimum en inflation cumulée-euro constant 2018-2028 : 1000eur 2018 équivaudra à 650eur en 2028 et 400eur maximum…..en 2038
Réponse de le 07/12/2018 à 19:21 :
On ne pleurera pas les Leclerc-Carrefour et compères….qui tuent l'agriculture, et qui vont accroitre leurs marges grace à la loi Alimentation.

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