Taxe grandes entreprises : le ministre de l'Economie surpris par la contestation des patrons
latribune.fr
Le ministre de l'Économie, Eric Lombard, s'est dit « surpris » vendredi de la fronde récente de grands patrons tels que Bernard Arnault de LVMH ou encore le président du Medef.
Après les menaces de délocalisation de Bernard Arnault mardi, le PDG de LVMH, les patrons ont élevé la voix face à la contribution exceptionnelle des grandes entrepries. De quoi surprendre le ministre de l'Economie, Eric Lombard.
Le ministre de l'Économie, Eric Lombard, s'est dit « surpris » vendredi de la fronde récente de grands patrons tels que Bernard Arnault de LVMH ou encore le président du Medef.
« Je suis surpris de cela. D'abord, nous avons repris le texte (du budget, NDLR) de Michel Barnier », prédécesseur de François Bayrou à Matignon, alors « pourquoi cette fronde ne s'est-elle pas exprimée au moment où le texte a été présenté ? », s'est interrogé le ministre sur TF1. D'autant que « nous allégeons les effets de ce texte, puisqu'il prévoyait (à l'origine) un impôt exceptionnel sur les grandes entreprises perçu pendant deux ans, et nous l'avons ramené à un an », a-t-il ajouté.
« Nous sommes dans une situation de déficit et de dette », que « nous devons affronter collectivement », a déclaré le ministre. « Et donc c'est vrai que cette année, nous avons demandé un effort exceptionnel aux grandes entreprises, pour un an seulement. » Pour 2024, Bercy estime le déficit public à 6,1 % de PIB. Un chiffre bien supérieur aux 4,4 % prévus dans le projet de loi de finances initiale pour 2024. Le budget 2025 doit ainsi permettre de contenir le déficit à 5,4 % du PIB en 2025 au prix d'un effort budgétaire de 50 milliards d'euros.
« Oui nous leur demandons un effort, mais en contrepartie, l'État fait le plus gros effort d'économie qu'il n'a jamais fait depuis 25 ans », a souligné de son côté la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, sur BFMTV/RMC. « Ce qui est sur la table n'aurait jamais été proposé si ce n'était pas exceptionnel », a-t-elle relevé, en rappelant l'engagement d'un « retour en arrière en 2026 ».
Les patrons en désaccord
Jeudi, le président du Medef Patrick Martin avait donné « raison » au PDG de LVMH qui menaçait de délocaliser ses activités aux États-Unis. « La colère monte » parmi les adhérents du Medef face aux choix économiques du gouvernement, a-t-il affirmé. « Quand on revient en France et qu'on voit qu'on s'apprête à augmenter de 40 % les impôts des entreprises qui fabriquent en France, c'est incroyable. Pour pousser à la délocalisation, c'est idéal ! », avait lancé le PDG de LVMH, mardi, lors de la présentation des résultats de son groupe.
Pour les entreprises affichant entre 1 et 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024, la contribution exceptionnelle devait s'élever à 20,6 % du montant de l'impôt sur les bénéfices de cette année-là. Pour celles avec 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires ou plus, cette contribution devait atteindre 41,2 % du montant de l'impôt sur les bénéfices de 2024, selon le projet de loi de finance initial du gouvernement de Michel Barnier, censuré en décembre. Une surtaxe voulue exceptionnelle, mais « personne n'y croit », d'après Bernard Arnault. Car « une fois qu'on a augmenté les impôts de 40 %, qui va les baisser de 40 % ? », avait-il relevé.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
De son côté, le président du comité stratégique des centres E.Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, a, lui, critiqué la menace de quitter le pays émis par le PDG de LVMH. Il assure qu'aucun patron des magasins E.Leclerc ne ferait « un chantage comme ça », vendredi sur LCI. « Ce n'est pas forcément positivement impactant d'avoir un des hommes les plus riches de France qui dit : Si ça ne le fait pas, je quitte le pays », a-t-il déclaré.
Il a ensuite poursuivi: « Vous ne m'entendrez jamais dire ça. Je parle à titre personnel mais je pense que tous les chefs d'entreprise des Leclerc, Intermarché, (Coopérative) U, Intersport » (toutes ces enseignes sont composées de chefs d'entreprise indépendants, NDLR), « on est des gens de terroir, on sait d'où on vient et ce qu'on doit à notre pays, il n'y a aucun d'entre nous qui ferions un chantage comme ça ».