Valls, Peillon, ou le programme mou

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(Crédits : JACKY NAEGELEN)
Candidats dans le cadre de la primaire du PS, Manuel Valls et Vincent Peillon ont présenté ce mardi des programmes dont n'émergent pas vraiment de propositions phares.

D'ordinaire, tout candidat à l'élection présidentielle ou prétendant l'être à l'issue d'une primaire, présente un programme aux arêtes vives, dont sont extraites des mesures fortes, symbolisant une politique à venir. Avec Vincent Peillon et Manuel Valls, difficile de mettre en avant quoi que ce soit, tant les programmes présentés ce mardi semblent lisses et attendus. Seule vraie nouveauté du côté des questions économiques et sociales, chez Manuel Valls : le retour de l'exonération des heures supplémentaires. Une mesure empruntée au programme de 2007 de Nicolas Sarkozy, dont même les économistes les plus libéraux -Pierre Cahuc- ont démontré l'inefficacité en termes d'augmentation du travail et de la richesse distribuée : l'effet d'aubaine est massif.

Est- ce parce que tous deux assument plus ou moins le bilan du quinquennat Hollande, et qu'ils s'inscrivent dans le cadre d'un « socialisme de gouvernement » ? Rien de bien tranchant, en tous cas.

Raviver l'Europe

Tous deux veulent « raviver l'Europe », avec des modalités différentes.

Manuel Valls revendique le "droit d'inventer" plutôt qu'un délicat droit d'inventaire à la Lionel Jospin: il insiste sur les propositions européennes et se pose en garant d'"une République forte et d'une France juste", son nouveau slogan. Cela passe par plusieurs chantiers au niveau européen: une "conférence de refondation" de l'Union européenne actant une "pause" dans l'élargissement et un non définitif à l'entrée de la Turquie. Mais aussi un salaire minimum dans chaque pays européen correspondant à au moins 60% du salaire médian, un niveau maximum mais surtout minimum d'impôt sur les sociétés au sein des 27 pour éviter le dumping fiscal, une taxe sur les produits importés qui ne respectent pas les obligations sociales ou environnementales, ou encore le fait de taxer les géants du numérique là où est réalisé leur chiffre d'affaires.

Autre message à Bruxelles: s'il l'emporte, Manuel Valls compte respecter la règle des 3% de déficit public, mais il n'est pas question pour lui de viser l'équilibre budgétaire à la fin du quinquennat.

Peillon veut jouer le « couple franco-allemand »

 Vincent Peillon ne veut pas rompre avec le quinquennat Hollande, mais entend se démarquer avec une nouvelle approche de la France en Europe. Le pivot de sa politique serait une "stratégie européenne offensive et affirmée", plaidant pour "un new deal européen" impulsé par la relance du "moteur franco-allemand". L'idée centrale de l'ex ministre de l'Education est de donner des gages à l'Allemagne, en réduisant rapidement le déficit public de la France -pour le ramener à 1,5% du PIB-, nos voisins d'Outre Rhin acceptant alors une relance budgétaire européenne, via création d'un "budget de la zone euro pour soutenir l'activité et l'emploi" et un nouveau plan Juncker d'investissement européen de "1.000 milliards d'euros". Une orientation qui risque de ne pas convaincre grand'monde, pas plus l'électeur moyen que les spécialistes du jeu européen, plus que dubitatifs : ce n'est pas demain que Berlin acceptera un budget de la zone euro.

Une stratégie des finances publiques pour satisfaire tout le monde

S'agissant du nerf de la guerre, de la gestion des finances publiques, les deux candidats sont prêts à promettre un peu tout à la fois : augmenter les dépenses, baisser les impôts, tout en diminuant les déficits publics. Vincent Peillon veut donc ramener les déficits publics à 1,5% du PIB tout en augmentant certaines dépenses -police, gendarmerie, justice, éducation...-, pour un total qu'il chiffre à 16 milliards par an, et en créant, dans le même temps,  un bouclier fiscal destiné aux plus modestes. Il s'agirait notamment de plafonner le coût de la taxe d'habitation, à 20% du revenu du foyer fiscal. Des dispositifs existent déjà en la matière, de sorte qu'une forte proportion des occupants de HLM sont déjà exonérés ou paient une taxe d'habitation réduite. De manière très floue, l'ancien député européen promet la mise à l'étude d'une CSG progressive, et d'une « fiscalité plus juste sur le capital et l'héritage ». Il veut aller plus loin dans la direction prise par François Hollande d'une taxation plus forte du capital détenu par les ménages.

Manuel Valls est, lui, plus précis. Il entend baisser les prélèvements obligatoires, notamment en rétablissant, donc,  l'exonération des heures supplémentaires, tout en augmentant les dépenses publiques de 2,5% par an en valeur (soit 1,5% en volume, sous l'hypothèse d'une hausse des prix revenant à 1%). Le candidat justifie cette progression de la dépense par ses priorités fixées: la défense (objectif de 2% du PIB en 2025), la sécurité (création d'au moins 1.000 postes de forces de l'ordre par an, 2,5 milliards d'investissement en matériel), la justice (10.000 nouvelles places de prison), l'éducation (hausse du salaire des enseignants), la recherche (1 milliard pour les universités) et le financement d'un "revenu décent" porté à environ 800 euros par mois pour les plus modestes.

La progression des dépenses resterait moindre que celle du PIB : la croissance économique durant le prochain quinquennat serait, selon l'ex premier ministre, de 1,9% l'an. Aucun économiste n'est prêt à accréditer une telle prévision que tous jugeraient bien optimiste, compte tenu de la situation de « stagnation séculaire » dans laquelle sont enfoncés les pays industriels. François Fillon avance ce chiffre de 1,9% pour la fin du quinquennat, ce dont Manuel Valls tire argument...

La main tendue aux écologistes

Vincent Peillon tend aussi la main aux écologistes en promettant une "interdiction" du diesel à l'horizon 2025 et en érigeant la "transition énergétique" comme axe prioritaire des investissements.

Un droit travail protecteur et modernisé?

Vincent Peillon entend mettre en place des "protections adaptées au XXIè siècle pour tous les actifs"". Mais ses propositions restent très imprécises. Manuel Valls ne l'est pas beaucoup plus, affirmant que "notre responsabilité est de préparer l'émergence des métiers de demain et de fonder un monde plus juste".

Pas de revenu universel, un "revenu décent"

Pas plus Vincent Peillon que Manuel Valls ne reprennent l'idée très en vogue du revenu universel, dont on sait qu'elle est irréalisable, compte tenu d'un coût exorbitant. Manuel Valls évoque un "revenu décent" attribué sous conditions de ressource à toute personne de plus de 18 ans résidant légalement sur le territoire. Une extension du RSA, en quelque sorte, sauf qu'il atteindrait quelque 800 euros, même si Manuel Valls ne confirme pas officiellement ce chiffre.

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a écrit le 05/01/2017 à 13:15 :
Quand je disais que Valls aurait du se présenter aux primaires des républicains....plutôt qu'au primaires du PS , maintenant il reprend les idées de Sarkozy....!!!
Après la lois"N Connerie et Cie" dont nous allons payés les frais pendant de nombreuses années , ce monsieur désormais (campagne oblige !)se sent des idées de gauche!!! On croit rêver , a l'entendre il ne doit même plus se rappeler qu'il était 1er ministre il y a quelques mois encore , la solution : une double dose de "pharmaton" très bon pour la mémoire!
je pense que les Francais ont eu une excellente mémoire et vont s'en rappeler lors de la primaire du PS....
Socialiste , et peuple de gauche , il faut voté pour un vrai candidat de gauche , Valls c'est un peu le "canadry" du ps , il en a la couleur , il ressemble a quelqu'un de gauche ,mais ce n'est pas un socialiste , la preuve....on l'a eu pendant plus de 2 ans....
a écrit le 05/01/2017 à 8:10 :
Si vous me permettez d'ajouter mon grain de sel, je propose de réduire les prélèvements sur les entreprises en répartissant les charges sociales sur le travail et sur la consommation d'énergie des ménages. C'est une idée exprimée dans la note n°6 du conseil d'analyse économique. Elle permet en plus de protéger le climat, de réduire le chomage et de retrouver un peu de croissance. Mais c'est trop compliqué à comprendre.
a écrit le 04/01/2017 à 22:51 :
VICENT PEILLON A DES MELLIEURS IDEES SOCIAL POUR LES PAUVRES ALORS QUE VALS NE VOIE QUE DISSIPLINE ET ODRES/ CELA MANQUE DE CLARTE POUR TOUS LES DEUX???
a écrit le 04/01/2017 à 16:33 :
Les programmes de Valls Fillon Macron Peillon sont dans le registre que le très inspiré Ayrault pourrait allègrement qualifier de programmes minables
a écrit le 04/01/2017 à 15:00 :
les programmes de Valls et Hamon ont en commun la patte socialiste : c'est généreux, facile et financé sans difficulté par les méchants exilés fiscaux, les riches et les entreprises du CAC 40. C'est un programme conçu pour les bovins, cette majorité électorale qui croit à tout au point d'avoir fait élire Monsieur Hollande. 5 ans plus tard ils nous refont le coup du "votez pour le Père Noël", sans tirer d'enseignements du désastre institutionnel de ce quinquennat, trop coincés dans leur petite bulle pour comprendre que l'électorat en a marre de leurs discours fumeux, du "tout va mieux" quand on fait pire que nos voisins Européens. Ils vont dans le mur pleine balle.
a écrit le 04/01/2017 à 13:48 :
Peillon qui veut un bouclier fiscal. C'était pas la peine de critiquer Nicolas a son époque. Valls qui veut supprimer le 49.3 qui lui a bien servi pourtant. Montebourg qui va chercher Bedos. Quelle bande de rigolos. On rigolerait bien si il ne s'agissait pas de la France.
a écrit le 04/01/2017 à 13:48 :
Les programmes valent ce qu'ils valent comme le dirait monsieur de la palice, mais le problème finalement n'est pas vraiment là, qui est capable de faire accepter la réalisation d'un programme au Français?
L'important aussi,c'est de nous convaincre sur la méthode, cela est capital.
a écrit le 04/01/2017 à 12:20 :
En effet. Le seul qui présente un programme novateur, c'est Hamon. Qu'on soit d'accord avec lui ou pas, peu importe. C'est le seul qui ait vraiment fait le choix d'une vision cohérente de la société française. Sans surprise, le moins crédible est celui de Valls. Qui reprend une mesure de Sarkozy (!) et qui propose le contraire de ce qu'il a fait en tant que premier ministre (abolition du 49.3). Et de plus en plus, cet homme apparaît comme un traître : celui qui aura pousser Ayrault dehors, et qui aura tout fait pour que Hollande ne se présente pas. Valls, je n'en voudrais pas comme copain pour partir quelques jours en vacances. C'est une branche pourrie. Alors comme président pendant 5 ans, merci bien !
a écrit le 04/01/2017 à 4:45 :
Quand on regarde dans les détails, ces programmes sont nettement plus pertinents que ceux de Fillon, le Pen ou Mélenchon et peuvent être retenus.
Réponse de le 04/01/2017 à 16:41 :
@Realiste : pertinent vous trouvez
sur le droit du travail, sur lequel tout le monde convient qu'il nécessite une révision profonde, Valls écrit : "notre responsabilité est de préparer l'émergence des métiers de demain et de fonder un monde plus juste" (sic). Je ne trouve pas cela pertinent mais creux.
Sur l'équilibre des finances publiques, il promet d'accroître les dépenses publiques tout en abaissant les prélèvements obligatoires. Sans savoir qui va payer à la fin. Les "méchants" très certainement...
a écrit le 03/01/2017 à 19:09 :
Deux programmes qui ressemblent à deux remakes de maigre qualité. Pas grand chose à se mettre sous la dent en ce début de campagne. Sans doute leur esprit est-il givré comme la campagne Française !
a écrit le 03/01/2017 à 19:05 :
"l'idée très en vogue du revenu universel, dont on sait qu'elle est irréalisable, compte tenu d'un coût exorbitant". Affirmation de très mauvaise foi de I.Best.
Le revenu de base peut être financé,si la volonté politique de réaliser le RB existe.
Dans les calculs, de très mauvaise foi ,des économistes de l'OFCE ou du directeur d'alternatives économiques , qui citent des chiffres allant de 600 à 800 milliards d'euros/an,ils oublient de calculer qu'une partie non négligeable du RB sera récupérée par l'état sous forme d'impôts : TVA,IR et IS. Pour le financer,on peut récupérer une partie importante des 80 milliards/an d'évasion fiscale (comme dit Hamon). Imposer enfin la fameuse taxe sur les GAFA,qui ne paient quasiment pas d'impôt actuellement et utiliser la création monétaire (comme le préconise M.Santi pour la monnaie hélicoptère),sans parler d'une réforme fiscale,regroupant l'IR et la CSG et rétablissant un vrai impôt progressif en France.En fait le RB ,redistribue la richesse produite ,d'une manière beaucoup plus juste qu'actuellement.
Réponse de le 04/01/2017 à 10:45 :
Même en admettant un taux de retour d'un tiers du coût du RB via la taxation de l'activité (TVA, IR, IS) que ça pourrait occasionner et que le RB se substitue à des aides sociales, on reste à un coût net qui se chiffre en dizaines de milliards, face à laquelle vous mettez la taxe GAFA (au mieux quelques centaines de millions si on arrive à trouver un moyen de la recouvrer) et la création monétaire. Vous oubliez que nous ne sommes que copropriétaires de notre monnaie, l'€, et qu'il est donc impensable de laisser un seul des pays de l'eurozone se lancer dans de la création monétaire massive (donc la transformation partielle de l'€ en monnaie de singe) sans l'accord de tous les autres et de la BCE. L'inflation étant remontée aux alentours de 2% en Allemagne, l'heure n'est sûrement plus au laxisme monétaire.
Réponse de le 06/01/2017 à 16:31 :
On est d'accord sur le fait qu'on n'a pas l'indépendance monétaire, mais des économistes de la BCE ont évoqué la proposition de la monnaie hélicoptère pour relancer la croissance en Europe.Ils la proposent de manière ponctuelle alors que une création monétaire servant à financer partiellement un RB ,devrait être permanente. Il est évident que la Bundes Bank est contre cette proposition.Pour financer le RB partiellement avec de la création monétaire ,il faudrait soit sortir de l'euro, soit que l'Allemagne en sorte.Quant à l'évocation d'une monnaie de singe, je ne suis pas d'accord.
Normalement ,plus de 90 % de la monnaie est créée par les banques commerciales , lorsqu'elles octroient des crédits, mais depuis la crise de 2008,les banques donnent beaucoup moins de prêts à l'économie et les banques centrales se sont mises à créer de la monnaie, mais en la prêtant aux banques ,mais comme celles-ci ne la transmettent pas à l'économie réelle, cela ne sert pas à grand chose.D'où la proposition de monnaie hélicoptère.
Je ne crois pas que un RB, financé en partie (10-20%) par de la création monétaire,sera inflationniste et que cette monnaie créée ,sera de la monnaie de singe.
Par ailleurs dans les propositions du Mouvement français pour un revenu de base, ils citent aussi la fin de l'évasion fiscale, que vous oubliez.Si on a la volonté politique de lutter contre cette évasion,on peut récupérer sans doute 50-60 milliards par an sur les 80 milliards évadés.
Sur la taxe GAFA et bientôt aussi BAT (chinois),il ne s'agit pas de quelques centaines de millions par an. On peut récupérer cent fois plus. C'est un problème de volonté politique. Il ne faut pas oublier que Junckers, pour se racheter vis à vis des eurosceptiques et après le Brexit , a poussé la commissaire européenne à la concurrence , à demander à Apple, de rembourser 13 milliards d'euros plus les intérêts, au gouvernement irlandais ,pour aides d'état contraires à la concurrence européenne.
Avec tout ça , +la suppression d'aides existantes+la simplification administrative +la réforme des impôts,on peut arriver à 300-400 milliards d'euros,suffisants pour financer un RB partiel et d'un montant au moins égal au RSA,en attendant la possibilité de pouvoir utiliser la création monétaire pour son financement partiel.
Pour le taux de retour, on est d'accord.
Il ne faut pas oublier que la monnaie est un moyen pour échanger des biens et des services.Si la création de monnaie n'est pas excessive,elle n'est pas inflationniste.

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