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ÉconomieFrance

Valls, Peillon, ou le programme mou

Photo de Ivan Best

Ivan Best

Publié le 03 janvier 2017 à 16:20 - Mis à jour le 04 janvier 2017 à 07:19

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Candidats dans le cadre de la primaire du PS, Manuel Valls et Vincent Peillon ont présenté ce mardi des programmes dont n'émergent pas vraiment de propositions phares.

D'ordinaire, tout candidat à l'élection présidentielle ou prétendant l'être à l'issue d'une primaire, présente un programme aux arêtes vives, dont sont extraites des mesures fortes, symbolisant une politique à venir. Avec Vincent Peillon et Manuel Valls, difficile de mettre en avant quoi que ce soit, tant les programmes présentés ce mardi semblent lisses et attendus. Seule vraie nouveauté du côté des questions économiques et sociales, chez Manuel Valls : le retour de l'exonération des heures supplémentaires. Une mesure empruntée au programme de 2007 de Nicolas Sarkozy, dont même les économistes les plus libéraux -Pierre Cahuc- ont démontré l'inefficacité en termes d'augmentation du travail et de la richesse distribuée : l'effet d'aubaine est massif.

Est- ce parce que tous deux assument plus ou moins le bilan du quinquennat Hollande, et qu'ils s'inscrivent dans le cadre d'un « socialisme de gouvernement » ? Rien de bien tranchant, en tous cas.

Raviver l'Europe

Tous deux veulent « raviver l'Europe », avec des modalités différentes.

Manuel Valls revendique le "droit d'inventer" plutôt qu'un délicat droit d'inventaire à la Lionel Jospin: il insiste sur les propositions européennes et se pose en garant d'"une République forte et d'une France juste", son nouveau slogan. Cela passe par plusieurs chantiers au niveau européen: une "conférence de refondation" de l'Union européenne actant une "pause" dans l'élargissement et un non définitif à l'entrée de la Turquie. Mais aussi un salaire minimum dans chaque pays européen correspondant à au moins 60% du salaire médian, un niveau maximum mais surtout minimum d'impôt sur les sociétés au sein des 27 pour éviter le dumping fiscal, une taxe sur les produits importés qui ne respectent pas les obligations sociales ou environnementales, ou encore le fait de taxer les géants du numérique là où est réalisé leur chiffre d'affaires.

Autre message à Bruxelles: s'il l'emporte, Manuel Valls compte respecter la règle des 3% de déficit public, mais il n'est pas question pour lui de viser l'équilibre budgétaire à la fin du quinquennat.

Peillon veut jouer le « couple franco-allemand »

Vincent Peillon ne veut pas rompre avec le quinquennat Hollande, mais entend se démarquer avec une nouvelle approche de la France en Europe. Le pivot de sa politique serait une "stratégie européenne offensive et affirmée", plaidant pour "un new deal européen" impulsé par la relance du "moteur franco-allemand". L'idée centrale de l'ex ministre de l'Education est de donner des gages à l'Allemagne, en réduisant rapidement le déficit public de la France -pour le ramener à 1,5% du PIB-, nos voisins d'Outre Rhin acceptant alors une relance budgétaire européenne, via création d'un "budget de la zone euro pour soutenir l'activité et l'emploi" et un nouveau plan Juncker d'investissement européen de "1.000 milliards d'euros". Une orientation qui risque de ne pas convaincre grand'monde, pas plus l'électeur moyen que les spécialistes du jeu européen, plus que dubitatifs : ce n'est pas demain que Berlin acceptera un budget de la zone euro.

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Une stratégie des finances publiques pour satisfaire tout le monde

S'agissant du nerf de la guerre, de la gestion des finances publiques, les deux candidats sont prêts à promettre un peu tout à la fois : augmenter les dépenses, baisser les impôts, tout en diminuant les déficits publics. Vincent Peillon veut donc ramener les déficits publics à 1,5% du PIB tout en augmentant certaines dépenses -police, gendarmerie, justice, éducation...-, pour un total qu'il chiffre à 16 milliards par an, et en créant, dans le même temps,  un bouclier fiscal destiné aux plus modestes. Il s'agirait notamment de plafonner le coût de la taxe d'habitation, à 20% du revenu du foyer fiscal. Des dispositifs existent déjà en la matière, de sorte qu'une forte proportion des occupants de HLM sont déjà exonérés ou paient une taxe d'habitation réduite. De manière très floue, l'ancien député européen promet la mise à l'étude d'une CSG progressive, et d'une « fiscalité plus juste sur le capital et l'héritage ». Il veut aller plus loin dans la direction prise par François Hollande d'une taxation plus forte du capital détenu par les ménages.

Manuel Valls est, lui, plus précis. Il entend baisser les prélèvements obligatoires, notamment en rétablissant, donc,  l'exonération des heures supplémentaires, tout en augmentant les dépenses publiques de 2,5% par an en valeur (soit 1,5% en volume, sous l'hypothèse d'une hausse des prix revenant à 1%). Le candidat justifie cette progression de la dépense par ses priorités fixées: la défense (objectif de 2% du PIB en 2025), la sécurité (création d'au moins 1.000 postes de forces de l'ordre par an, 2,5 milliards d'investissement en matériel), la justice (10.000 nouvelles places de prison), l'éducation (hausse du salaire des enseignants), la recherche (1 milliard pour les universités) et le financement d'un "revenu décent" porté à environ 800 euros par mois pour les plus modestes.

La progression des dépenses resterait moindre que celle du PIB : la croissance économique durant le prochain quinquennat serait, selon l'ex premier ministre, de 1,9% l'an. Aucun économiste n'est prêt à accréditer une telle prévision que tous jugeraient bien optimiste, compte tenu de la situation de « stagnation séculaire » dans laquelle sont enfoncés les pays industriels. François Fillon avance ce chiffre de 1,9% pour la fin du quinquennat, ce dont Manuel Valls tire argument...

La main tendue aux écologistes

Vincent Peillon tend aussi la main aux écologistes en promettant une "interdiction" du diesel à l'horizon 2025 et en érigeant la "transition énergétique" comme axe prioritaire des investissements.

Un droit travail protecteur et modernisé?

Vincent Peillon entend mettre en place des "protections adaptées au XXIè siècle pour tous les actifs"". Mais ses propositions restent très imprécises. Manuel Valls ne l'est pas beaucoup plus, affirmant que "notre responsabilité est de préparer l'émergence des métiers de demain et de fonder un monde plus juste".

Pas de revenu universel, un "revenu décent"

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Pas plus Vincent Peillon que Manuel Valls ne reprennent l'idée très en vogue du revenu universel, dont on sait qu'elle est irréalisable, compte tenu d'un coût exorbitant. Manuel Valls évoque un "revenu décent" attribué sous conditions de ressource à toute personne de plus de 18 ans résidant légalement sur le territoire. Une extension du RSA, en quelque sorte, sauf qu'il atteindrait quelque 800 euros, même si Manuel Valls ne confirme pas officiellement ce chiffre.

Ivan Best

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