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François Drouin, Oséo : "Des projets d'investissement sont retardés"

Objectif News

Publié le 18 octobre 2011 à 16:21 - Mis à jour le 20 octobre 2011 à 10:04

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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François Drouin, PDG d'Oséo, était hier soir l'invité du Club Galaxie pour une intervention autour du rôle d'Oséo dans le développement des entreprises et vis-à-vis des pôles de compétitivité, du Fonds unique interministériel et du Grand emprunt. Il est revenu pour nous sur la situation économique et sur l'actualité d'Oséo en compagnie de Laurent de Calbiac, directeur régional Midi-Pyrénées.

Vous avez récemment déclaré que les banques continuaient à assurer les financements des entreprises malgré la crise. Vous confirmez ?
Pas tout à fait. Jusque-là, on ne voyait rien mais aujourd'hui il y a une inquiétude qui s'est exprimée. Les banques continuent à suivre mais il y a moins de projets. Les entreprises lèvent le pied et s'inquiètent. Du coup, leurs projets d'investissement sont retardés. On le constate partout en France. Les entreprises diffèrent leurs projets d'investissement alors que l'investissement avait repris de manière très vigoureuse en début d'année, au premier semestre. La tendance s'est poursuivie jusqu'à la rentrée et tout à coup, fin septembre début octobre, cela a basculé... Cela ne veut pas dire que les projets sont abandonnés mais pour l'instant, on attend. C'est l'ambiance, le contexte global. Mais objectivement, pour l'instant il n'y a pas de projets que l'on doit refuser ou de banques qui disent "on n'a plus un rond".

Les banques continuent à suivre, ce sont donc plutôt les entreprises qui sont plus prudentes...
Tout à fait, les entreprises se disent "ma banque va peut-être tirer la langue l'année prochaine", donc elles sont inquiètes. Ce n'est pas pour autant qu'ils vont lancer leur projet plus vite.

Pour revenir sur la rumeur de fusion entre la Caisse des dépôts, Oséo et le FSI, vous déclariez que cela n'avait pas d'intérêt...

Comme le dit le Premier ministre, il ne s'agit pas de faire du mécano industriel. Vous avez Oséo qui est en contact avec tous les entrepreneurs, le FSI qui a des fonds et CDC Entreprises qui a des hommes. La question à se poser, c'est plutôt : comment s'organiser sur le terrain pour qu'un entrepreneur trouve la bonne réponse à son problème ? Ce n'est absolument pas de savoir s'il faut créer une holding, une sous-holding, une super holding...
J'ajoute que si on avait voulu faire ça, il aurait fallu une loi. Et on a autre chose à faire que de faire passer des lois, surtout avec un Sénat dans l'opposition. Quel est l'intérêt ? On se créé des problèmes pour rien. Par contre, sur le terrain, organisons-nous mieux pour qu'une entreprise ne soit pas baladée d'un endroit à un autre. Nous avons une filiale commune avec la Caisse des Dépôts qu'Oséo a créée il y a une vingtaine d'années. Elle s'appelle Avenir Entreprise, elle est très performante. Pourquoi on ne la renforcerait pas ? Pour moi, c'est incontestablement ça la solution, renforcer ce qui marche bien avec plus de moyens. En France, on adore créer des guichets uniques mais c'est une erreur.

Vous avez levé un milliard d'euros en septembre, une preuve de votre solidité.
D'abord, nous avons été noté en début d'année et nous avons obtenu un AAA. Je pense que nous sommes la seule institution au monde a avoir été notée triple A en 2011. Tout le monde perd ses bonnes notes. Donc nous sommes assez fiers. Les Etats-Unis ont perdu leur AAA et nous l'avons gagné. Certes, c'est parce que la France est derrière nous mais ce n'est pas que ça, car de nombreux établissements ont la France derrière et n'ont pas AAA. C'est donc que nous avons aussi un bon bilan. Cela nous permet de lever des fonds pas chers pour les entreprises... Nous sommes très contents d'avoir réussi notre émission inaugurale d'un milliard d'euros à 12 ans, pour un taux de l'ordre de 3 %.

Comment s'est déroulée cette levée de fonds ?
Nous avons eu une vingtaine d'investisseurs, dont des suisses, un anglais... C'est une grande réussite. Ce n'est jamais gagné d'avance quand vous allez sur un marché qui est fermé depuis avril. On l'a rouvert pour nous. Certes, nous sommes notés AAA mais nous sommes des petits nouveaux. C'est pour cela que cette levée de fonds est impressionnante. J'étais à Washington il y a quinze jours pour l'Assemblée générale de la Banque mondiale, et les gens parlaient beaucoup de notre émission. Oséo, ah c'est vous ? Ce ne sont que des banques de marché et elles avaient remarqué l'opération. Je vous assure qu'ils en parlaient, nous n'avions pas besoin de nous présenter.

Qu'est-ce que cela va changer ?
Nous allons continuer à lever des fonds. Pas demain, mais d'ici mi-2012, je pense que nous aurons recommencé, sauf catastrophe. La situation est difficile, les gens sont de plus en plus inquiets... Nous ce que nous voulons, c'est de l'argent pas cher. Si personne n'émet, on ne va pas y aller pour le plaisir d'y aller. Le fait d'avoir levé des fonds dans de bonnes conditions début septembre nous permet d'être approchés par des investisseurs. Il y a des gens qui ont de l'argent, qui ne veulent pas passer par les marchés mais qui en privé veulent bien investir. Les fonds de pension, les assureurs... Ils viennent nous proposer, l'un 200 millions, l'autre 100 millions, l'autre 300 millions, nous on ramasse. Si nous n'avons plus besoin de faire des émissions publiques, nous ne les ferons pas.

Vous avez de gros projets à financer dans les mois qui viennent ?

Non, cette levée de fonds nous sert à financer notre activité courante, qui reste soutenue. Pour l'année 2012, nous devrions, pour le seul métier du financement, financer 4 milliards d'euros.

Vous venez de sortir un document qui retrace 5 années d'investissement, pouvez-vous nous expliquer de quoi il s'agit ?
Oui c'est très intéressant, c'est un bilan sur 5 ans d'innovations stratégiques industrielles. Nous avons plusieurs programmes d'innovation et nous en avons un qui porte sur des projets de rupture. Nous mettons 10 millions d'euros par projet. Nous avons soutenu environ 80 projets collaboratifs qui concernent 356 entreprises et 198 laboratoires. Nous en avons un en Midi-Pyrénées qui est Cerenis Therapeutics autour de Jean-Louis Dasseux. Nous lui avons donné 10,7 millions d'euros, ce qui est un bon soutien. Cette plaquette fait le bilan de 5 ans de grands projets, sachant que n'avons pas encore de retours parce que ce sont des projets longs, il faut du temps pour qu'ils aboutissent... Il y en a quelques uns comme Homes, qui fait de la domotique pour la maison, porté par Schneider Electric, et qui commencent à vendre leurs produits. Il y en a un ou deux autres encore mais en gros nous n'avons pas de retours. Surtout qu'il y a beaucoup de bio, de sciences du vivant. Cela représente 50 % des projets environ et c'est très long. Nous avons investi 1,5 milliard dans tous ces projets.

Venons en à la situation en Midi-Pyrénées...
Laurent de Calbiac. On est toujours en croissance assez soutenue mais on constate un peu les mêmes symptômes concernant les investissements parce que les entreprises avaient pas mal investi l'an dernier suite à une année de crise où les investissements étaient bloqués. Nous avons la chance dans la région d'avoir l'industrie aéronautique. Pour nous, les sous-traitants principalement... Nous avons signé jeudi dernier l'aide à la réindustrialisation pour Figeac Aéro pour financer les nouveaux bâtiments et les moyens de production. C'est vraiment très incitatifs parce que cela a un effet de levier fort pour les investissements privés qui viennent derrière. Mais c'est vrai que, depuis le mois de septembre, nous constatons un léger ralentissement dans la demande spontanée par exemple les banques sur l'activité de garantie.
François Drouin. On n'appuie pas encore sur le frein mais on lève le pied de l'accélérateur. C'est venu brutalement.
Laurent de Calbiac. Nous faisons des études de conjoncture tous les semestres et sur celle du mois de juin, tous les curseurs étaient plutôt au vert. Nous analysons le niveau d'activité, de rentabilité, la trésorerie des PME et là dessus, nous étions plutôt dans une situation favorable. Pour l'instant, je pense que Midi-Pyrénées tire assez bien son épingle du jeu. Nous collons au plus près du marché et nous savons que ce sont des mouvements qui peuvent s'inverser rapidement.

Y-a-t-il des entreprises qui vous ont demandé de l'aide ?
Laurent de Calbiac. Parmi nos clients, nous en avons certains qui nous demandent de ré-étaler les crédits. Parce que la trésorerie se tend. C'est un signe que les banquiers régionaux constatent. Le premier signe, c'est le rallongement de la dette existante et ça concerne peut-être plus les secteurs transports et BTP, ceux qui souffrent le plus. Le secteur des TIC marche mieux. Comme ce sont généralement des activités de services à l'industrie, elles s'en sortent mieux que les autres. Comme beaucoup sont liées à l'aéronautique, elles ont peut-être été plus rapidement touchées par la crise mais elles se sont aussi rapidement redressées.

Quelles initiatives mettez-vous en place pour aider les projets à l'export ?
Nous développons beaucoup l'international parce qu'aujourd'hui les entreprises qui croissent sont celles qui vont à l'international. Nous avons mis en place des produits financiers très intéressants. Il y en a un très simple pour mettre le pied à l'étrier : le prêt pour l'export. C'est facile à mettre en place, rapide, simple et il n'y a pas de garantie. Là où les banquiers ne veulent pas financer de projets à Dubaï ou en Thaïlande parce qu'il n'y a pas d'hypothèques, de sûreté, nous finançons sans garantie, sans caution. Ce sont 150 000 euros qui permettent de démarrer un projet international.
Puis nous avons une aide extraordinaire qui n'est pas très connue : la garantie de projet international. Nous sommes prêts à partager le risque d'un projet à l'international avec l'entrepreneur. Pour cela il va mettre des fonds propres ou des avances d'assurés. Et cet argent-là, il peut l'assurer chez nous et nous prenons la moitié du risque. Si malheureusement il fait faillite et qu'il perd l'argent qu'il a investi, on lui rembourse la moitié. Cela divise le risque par deux. C'est un produit très intéressant qui existait déjà mais il était abominablement bureaucratique. Il fallait 9 mois, 10 mois, 11 mois pour avoir une réponse. Maintenant nous répondons nous-mêmes dans les quinze jours. Pour tous ceux qui exportent, c'est un produit à recommander. Notre risque est plafonné à 1 million d'euros donc il faut que l'entreprise investisse 2 millions.
Laurent de Calbiac. C'est un excellent produit qui n'est pas suffisamment diffusé à notre goût. Nous en plaçons 2-3 par an en Midi-Pyrénées pour l'instant mais nous avons le potentiel pour en placer beaucoup plus. Quand on a des produits simples, ils fonctionnent bien. Le prêt pour l'export, par exemple, a démarré rapidement. C'est un produit qui a un peu plus d'un an mais on peut rapidement être sur des volumétries plus importantes. Nous tournons à 20 par an mais nous pouvons faire beaucoup plus. On peut faire des prêts de 50 000 euros, c'est le plafond minimum. Pour des petites entreprises, c'est très intéressant.

Propos recueillis par Paul Périé

En photo : François Drouin, PDG d'Oséo (© Rémi Benoit)

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