A Montréal, l'altermondialisme peine à trouver sa dynamique

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En 2015, le Forum Social Mondial s'était tenu à Tunis.
En 2015, le Forum Social Mondial s'était tenu à Tunis. (Crédits : REUTERS/Anis Mili)
Le Forum Social Mondial, rassemblement annuel altermondialiste, vient de conclure ce 14 août sa douzième édition à Montréal. Entre débats et conférences, le mouvement tente désormais de dépasser le stade des propositions pour enclencher celui des actions.

Ces derniers jours, Montréal évoquait étrangement la figure d'un village peuplé d'irréductibles gaulois. 35.000 personnes se sont rassemblées dans la capitale économique du Québec, où se tenait l'édition 2016 du Forum Social Mondial (FSM). Loin, bien loin, des 50.000 participants attendus et encore plus loin des 150.000 militants qui s'étaient rejoints à Porto-Alegre en 2005 et avaient hissé ce forum à une place d'influence de l'économie et de la politique internationale. Du 9 au 14 août, lors des très nombreux débats et conférences, les participants se sont donc efforcés d'élaborer la potion magique qui redonnerait à leur mouvement la force de s'engager sur le champ de bataille de la mondialisation.

"Nous essayons avec ce premier forum au Nord de donner un nouveau départ au mouvement" a expliqué à l'AFP le coordonnateur du Collectif du FSM, Raphael Canet.

Alors que le Forum Social Mondial était jusqu'alors organisé dans des "pays du Sud" (Porto Alegre, Dakar, Tunis), le Canada est le premier pays du Nord (et par ailleurs membre du G7) à accueillir cette manifestation. Un choix qui résulte autant d'une volonté du comité d'organisation de dépasser la fracture entre le Nord et le Sud que de consacrer Montréal comme une ville relais des dernières contestations altermondialistes (Occupy Wall Street, Indignés, Printemps érable).

Dépasser les simples revendications

Issu des manifestation anti-OMC (Organisation Mondiale du Commerce) de Seattle en 1999, le FSM s'est depuis 10 ans imposé comme une caisse de résonance des contestations altermondialistes. Dans sa charte des principes écrite en 2002, le mouvement souligne ainsi notamment son opposition à l'ordre néo-libéral caractérisant la mondialisation actuelle et rappelle son attachement à une organisation horizontale fondée sur l'auto-gestion et la liberté de parole. De nombreuses figures de la gauche altermondialiste ont défilé lors de ces forums allant de Hugo Chavez (président défunt du Venezuela) à Naomie Klein cette année (militante écologiste canadienne) en passant par le français Olivier Besancenot et le prix Nobel d'économie américain Joseph Stiglitz.

Si le FSM a certes contribué à faire émerger mondialement de nouvelles revendications (comme l'opposition en 2003 à la guerre en Irak) il peine encore à traduire en actions ses différentes propositions. Depuis sa première édition à Porto Alegre (Brésil) en 2001, le FSM se refusait à publier des stratégies d'actions assorties d'un calendrier. Mais devant les appels au changement de plus en plus fréquents soulignant l'incapacité de l'organisation à formuler ses propres débouchés politiques, Montréal a été le départ d'un nouveau plan d'action.

Reconnaissant que la mobilisation citoyenne lors de ces événements ne trouvait pas forcément de traduction dans les organisations de la société civile, le FSM de Montréal a cherché à faire le lien entre manifestants et structures capables d'organiser des actions de premier plan. Suite à plus de 80 conférences sur les thèmes de l'environnement, de la lutte contre le racisme ou de la financiarisation de l'économie, les trois derniers jours du forum ont servi à établir des plans d'actions concrets. Une journée contre l'évasion fiscale en avril 2017 sera organisée ainsi qu'un forum sur l'atome et le nucléaire à Strasbourg. Le FSM a aussi prévu de peser par ses interventions sur la COP 22 qui se tiendra à Marrakech du 7 au 18 novembre prochain, afin de contraindre les gouvernements à poursuivre les engagements pris lors de la COP 21.

Un forum marqué par les difficultés d'organisation et les critiques

Mais force est de reconnaître que malgré ces bonnes intentions et une relative satisfaction des organisateurs à la fin du forum, Montréal n'a pas été le témoin d'un rassemblement planétaire, seul capable de raviver le mouvement altermondialiste. Un semi-échec qui s'explique d'abord par les nombreuses critiques des fédérations concernant le choix du Canada pour accueillir cet événement. Le pays nord-américain, qui relance actuellement son projet d'oléoduc Energie Est, est dans le viseur des écologistes depuis de nombreuses années. Au final pas moins de 80% des participants étaient québécois, fragilisant nettement la légitimité internationale de ce forum.

Cet événement a aussi été marqué par le refus des autorités canadiennes de délivrer des visas à près de 200 conférenciers et invités étrangers parmi lesquels la militante altermondialiste malienne Aminata Traoré ou encore le président du syndicat palestinien des postiers Imad Temiza. Une interdiction qui a porté un coup à la réputation du Canada comme pays ouvert et remis en question la force d'influence du Forum Social Mondial.

Quelles sources de financement ?

Enfin la tenue de ce forum a relancé le débat quant au financement de ce genre d'événement. Dans un article publié le 10 août dernier sur le site canadien mondialisation.ca, l'économiste Michel Chossudovsky dénoncait ainsi le financement du FSM par des fondations privées comme Ford ou Rockefeller, égéries du capitalisme mondial. Le FSM disposerait de plusieurs sources de financement, dont celui d'un consortium de fondations privées sous la tutelle consultative du réseau Engaged Donors for Global Equity (EDGE). D'après l'auteur ce même réseau était dirigé en 2013 par Tom Kruse, représentant du Rockefeller Brothers Fund. Alors que le but du FSM est de protester contre les élites du néolibéralisme, un tel financement paraît étrange et accentue les craintes qu'un tel mouvement soit en réalité "limité" voire contrôlé par ses donateurs.

Si le slogan du FSM était donc ambitieux, "Un autre monde est nécessaire, ensemble il devient possible!", Montréal a avant tout confirmé les faiblesses actuelles des mouvements altermondialistes. Charge désormais à eux d'évoluer d'une force de contestation limitée à une puissance d'action libérée.

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a écrit le 17/08/2016 à 13:21 :
Le problème principal de l'altermondialisme, du consommer en circuit court, de l'écologisme etc, c'est l'idée principale qui est la lutte contre les grandes organisations qui structurent et cadenassent notre société (multinationales, Etats, lobbies etc ...). L'ennui, c'est que les plus à même de se faire entendre, paradoxalement, ce sont les grandes organisations !
a écrit le 17/08/2016 à 0:42 :
Qu'il y ait eu peu de monde à ce rassemblement, c'est plutôt une bonne chose !! Cela démontre que ses utopies sont plutôt des impasses. Et quand on apprend que Besancenot est financé par Rockefeller, on est plié en deux !!
a écrit le 16/08/2016 à 17:18 :
Les grands rassemblements sont importants et l'altermondialisme aussi bien entendu maintenant, tout comme les manifestations liées aux grèves ont toujours les mêmes parcours bien respectueux de l'ordre public on reste dans des contestations bien rangées.

De plus en plus de gens se réveillent et pourtant il y a moins de monde aux manifestations, maintenant Montréal n'a rien à voir avec Porto Allegre qui pouvait bénéficier des peuples d'amérique du sud bien plus progressistes que ceux du nord repus au libéralisme.

Par ailleurs beaucoup de progressistes se mettent à agir directement à leurs niveaux ou bien radicalisent leur méthode de contestation parce que la World Company n'en a rien à faire des rêveurs qui ne font que des discours, nous le constations bien.
Réponse de le 17/08/2016 à 0:45 :
Le progressisme en Amérique du Sud ?? Il faudra alors donner une nouvelle définition du progrès ! Par rapport à d'autres continents l'Amerique du Sud fait depuis un bon moment du sur-place....
a écrit le 16/08/2016 à 16:57 :
La bonne question est posée: qui finance ces gens là et si ce sont ceux cités dans l'article, pourquoi? Organiser un rassemblement pour 35 000 personnes, cela n'est pas donné.
Même problématique pour greenpeace et d'autres ONG.
Cordialement
a écrit le 16/08/2016 à 15:30 :
Ici on ne veut pas ce genre de fouteur de trouble qu'ils restent chez vous.
Réponse de le 16/08/2016 à 17:13 :
Vous parlez de qui à qui ?

Fouteur de trouble ??? On dit fauteur de troubles. Pas grave on voit bien que vous découvrez seulement depuis peu le français pas de panique c'est pas facile d'être un immigré on le sait bien...

Vous êtes syrien mon brave ?

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