Accord Union européenne – États-Unis : « L’Europe a réussi à limiter les dégâts »

En France, l’accord trouvé ce dimanche 27 juillet entre Donald Trump et Ursula von der Leyen suscite scepticisme et crispations.
Dado Ruvic

En France, l’accord trouvé ce dimanche 27 juillet entre Donald Trump et Ursula von der Leyen suscite scepticisme et crispations.
Dado Ruvic
Accord conclu, mais loin de faire l'unanimité. C'est depuis le complexe hôtelier de Turnberry, en Écosse - un terrain de golf prisé de Donald Trump - que le président américain et Ursula von der Leyen ont officialisé, dimanche 27 juillet, un accord commercial très attendu.
Pour éviter de se voir imposer 30 % de droits de douane, à partir du 1er août, l'Union européenne a accepté que ses exportations vers les États-Unis soient taxées à 15 %. La présidente de la Commission européenne a ainsi salué un « bon accord » pour l'Union.
Mais en France, le ton est bien différent. Au lendemain de la signature de l'accord, le Premier ministre, François Bayrou, a exprimé sa profonde déception, qualifiant ce jour de « sombre » pour l'Europe, qui se « résout à la soumission » face aux États-Unis. Les ministres du Commerce extérieur, de l'Industrie et de l'Europe - Laurent Saint-Martin, Marc Ferracci et Benjamin Haddad - ont unanimement dénoncé un accord « déséquilibré ».
Nous avons posé quatre questions à Elvire Fabry, chercheuse en géopolitique du commerce à l'Institut Jacques-Delors, et membre du Conseil du Centre d'études prospectives et d'information internationale (CEPII).
LA TRIBUNE - L'accord est-il, selon vous, vraiment « déséquilibré », comme certains le disent en France ?
ELVIRE FABRY - Évidemment, ce n'est pas un accord « équilibré », puisque le résultat final est que les États-Unis imposent à l'Europe 15 % de surtaxes douanières. On est davantage dans un exercice de limitation des dégâts et de compromis que dans une vraie négociation raisonnable entre deux grandes puissances.
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Il ne faut pas oublier que l'Europe dépend toujours des garanties de sécurité américaines. La prudence de la Commission dans cet accord est aussi justifiée par la nécessité de préserver le soutien des États-Unis à l'Ukraine face à la menace russe.
Aujourd'hui, l'Europe ne baisse pas la garde, mais cherche à composer avec Donald Trump. C'est pourquoi Ursula von der Leyen est restée très mesurée lors des conférences de presse de dimanche - un véritable exercice politique et diplomatique. Il s'agissait surtout de sceller cette première passe d'armes face à un président américain imprévisible.
L'UE sort-elle gagnante de cet accord avec les États-Unis, selon vous ?
Cet accord apporte de la visibilité aux entreprises et aux filières européennes, ce qui était très attendu.
Dans ces discussions, deux scénarios étaient possibles : un échec total et potentiellement une surtaxe de 30 % s'appliquant dès le 1er août prochain, ou un compromis limitant l'impact des droits de douane, notamment sur des secteurs stratégiques comme l'automobile. L'UE a réussi à intégrer ce secteur dans l'accord commercial, malgré la volonté affichée de Donald Trump de protéger à tout prix l'industrie automobile américaine.
C'est donc rassurant pour l'industrie automobile européenne, et en particulier pour l'automobile allemande, puisque la surtaxe passe de 25 % à 15 %, apparemment sans quota - contrairement à l'accord conclu entre les États-Unis et le Royaume-Uni [une surtaxe minimale de 10 % s'applique dans la limite d'un quota annuel de 100 000 véhicules]. Cela dit, aucun texte officiel n'a encore été publié, ni pour l'accord avec le Royaume-Uni, ni pour celui avec le Japon.
Pour l'aéronautique, secteur industriel stratégique tricolore, il semblerait qu'il y ait eu une suppression réciproque des droits de douanes. C'est un véritable soulagement pour la France, notamment pour Airbus, dont la production est largement concentrée sur le territoire français. Taxer les pièces d'Airbus et toute la chaîne de sous-traitance - souvent composée de petites entreprises - aurait été particulièrement préjudiciable.
Estimez-vous que la France soit plus désavantagée que l'Allemagne, vu que les taxes sur l'automobile ont baissé, alors que les vins et spiritueux français restent taxés ?
La question n'est pas de savoir qui de la France ou de l'Allemagne s'en sortent mieux. Il ne faut pas raisonner en termes de confrontations nationales, car personne n'a intérêt à voir l'économie allemande affaiblie.
Dans les faits, les négociations ont permis de réduire les droits de douane sur l'automobile européenne, alors que ce secteur est visé par la section 232 du « Trade Expansion Act » [cette section permet au président américain d'imposer des taxes douanières sur certaines importations présentant une menace pour la sécurité nationale].
En revanche, les vins et spiritueux ne sont pas concernés par cette section, car ils ne sont logiquement pas considérés comme une menace pour la sécurité nationale américaine. Ils pourraient donc faire l'objet d'une seconde phase de négociations. Il semblerait néanmoins qu'il y ait des exemptions pour certains spiritueux.
Quels sont, selon vous, les points clés à surveiller dans cette seconde phase de négociation ?
En plus des vins et spiritueux, actuellement taxés à 15 %, une deuxième passe d'armes se profile autour du secteur pharmaceutique. Pour l'instant, le montant des taxes sur les produits pharmaceutiques reste flou [la Commission européenne estime que les médicaments, sauf les génériques, font partis de l'accord de 15 %, alors que Donald Trump souhaite les exclure de l'accord pour les taxer plus lourdement]. Mais si le secteur est taxé, cela risque d'être problématique puisque, notre recherche et développement (R&D) dépend, en effet, largement des bénéfices issus des exportations pharmaceutiques vers les États-Unis.
Donald Trump pourra aussi revenir à la charge sur les services numériques dès que l'UE appliquera ses nouvelles réglementations sur les géants américains du numérique présents en Europe. La Commission européenne pourra alors sortir la carte d'une taxation sur près de 93 milliards d'euros biens américains, lors de cette seconde phase de négociations.
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N'oublions pas que Donald Trump cherche à s'attaquer à nos choix collectifs, à notre modèle social européen et à nos modes de vie en tentant de les modifier - et c'est cela le plus dangereux.