Affaire Khashoggi : le boycott du "Davos saoudien" s'emballe

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Après la disparition -sans doute dans des conditions atroces- du journaliste Jamal Khashoggi, Lindsay Graham, sénateur américain très influent et proche de Donald Trump, a violemment mis en cause le prince héritier Mohammed ben Salmane d'Arabie saoudite (en photo ci-dessus) et a souhaité qu'il quitte le pouvoir.
Après la disparition -sans doute dans des conditions atroces- du journaliste Jamal Khashoggi, Lindsay Graham, sénateur américain très influent et proche de Donald Trump, a violemment mis en cause le prince héritier Mohammed ben Salmane d'Arabie saoudite (en photo ci-dessus) et a souhaité qu'il quitte le pouvoir. (Crédits : Reuters)
Voici la liste des personnalités du monde des affaires et de la finance qui ont annulé, ce mercredi 17 octobre (mise à jour du jeudi 18), leur participation au "Davos du désert", le sommet économique organisé par Ryad du 23 au 25 octobre. Depuis l'éclatement de l'affaire Khashoggi, de terribles soupçons pèse sur les plus hautes autorités du royaume wahhabite. De fait, après le président de BNP Paribas, Jean Lemierre, premier patron français à annuler hier sa venue, aujourd'hui, Christine Lagarde (FMI), et Frédéric Oudéa (Société Générale), lui ont emboîté le pas.

[Article publié le 17 octobre 2018 à 14:17, mis à jour le 18.10 à 11:40 avec annulations de Le Maire et Caine (Thales), lobbies et think tanks ]

Deux semaines après la disparition du journaliste saoudien critique du pouvoir, Jamal Khashoggi, la liste des entreprises annulant leur venue à une grande conférence économique organisée à Ryad s'allonge, au risque de mettre en péril leurs relations avec le royaume.

Cette conférence, organisée par le fonds souverain saoudien, doit se tenir du 23 au 25 octobre et servir de vitrine aux réformes économiques lancées par le prince héritier Mohammed ben Salmane, considéré comme l'homme fort de l'Arabie Saoudite.

La réussite de ce raout, appelé "Future Investment Initiative", a cependant du plomb dans l'aile depuis la disparition de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien en exil, lors d'une visite au consulat saoudien d'Istanbul le 2 octobre. Les autorités turques pensent que le journaliste, contributeur du Washington Post et critique du régime, a été tué à l'intérieur du consulat saoudien à Istambul par une équipe d'assassins venus de Ryad. Dans des conditions particulièrement atroces. De terribles soupçons pèsent sur les plus hautes autorités du royaume wahhabite. Et des protestations viennent du monde entier.

Lire aussi : L'affaire Khashoggi jette une ombre sur le "Davos du désert" saoudien

Un proche de Trump accuse le prince héritier Mohammed ben Salmane

Un sénateur américain très influent et proche de Donald Trump, Lindsay Graham, a violemment mis en cause le prince héritier Mohammed ben Salmane et a souhaité qu'il quitte le pouvoir.

"Cet homme est destructeur. Il a fait assassiner (le journaliste) au consulat à Istanbul", a accusé le sénateur républicain sur la chaîne Fox News. "Cet homme doit partir", il est "toxique", a-t-il lancé.

Cependant, lundi, après s'être entretenu au téléphone avec le roi Salmane, M. Trump avait suggéré que la disparition de Jamal Khashoggi "pourrait être le fait de tueurs hors de contrôle". Puis, dans un entretien mardi avec l'agence de presse américaine AP, M. Trump a réclamé l'application à l'Arabie saoudite du principe de présomption d'innocence. "Il faut que nous sachions d'abord ce qu'il s'est passé", a-t-il déclaré.

EDF, Eurazeo... n'ont pas annulé leur participation

Le site internet de l'événement ne permettait plus mercredi de consulter la liste des intervenants. Mais vendredi dernier, le site annonçait, parmi les têtes d'affiche, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, ainsi que la patronne du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde.

Samedi encore, lors des réunions d'automne du FMI à Bali, Christine Lagarde, avait indiqué qu'elle se rendrait à cette conférence à Ryad où le gotha de l'industrie et de la finance devait se retrouver du 23 au 25 octobre.

Lire aussi : FMI: Christine Lagarde "horrifiée" par l'affaire Khashoggi

Mais ce mercredi 17 octobre, Christine Lagarde a fait savoir qu'elle repoussait ce voyage prévu au Proche-Orient, qui comportait une étape en Arabie  saoudite et sa participation à une conférence controversée depuis la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Côté français, parmi les grands patrons de groupes français dont la venue était prévue par le site, figuraient Virginie Morgon (Eurazeo), Jean-Bernard Lévy (EDF) n'ont jusqu'ici pas fait de commentaires sur leur participation.

En revanche, jeudi 18 octobre, Patrice Caine, le Pdg de Thales, a annoncé qu'il ne se rendrait pas au sommet saoudien, mais qu'il se ferait représenter.

Lire aussi : Patrice Caine, Pdg de Thales, n'ira pas non plus au "Davos du désert"

Jeudi encore, Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie et des Finances a annulé sa participation au forum saoudien.

Lire aussi : Affaire Khashoggi : Bruno Le Maire annule sa participation au "Davos du désert"

Mardi, Jean Lemierre, le président de BNP Paribas, avait fait savoir hier qu'il annulait sa participation au sommet économique saoudien.

Mercredi, Frédéric Oudéa, le directeur général de Société Générale, lui avait emboîté le pas.

"Frédéric Oudéa ne participera pas au sommet Future Investment Initiative", a indiqué le groupe.

D'autres grands noms du monde des affaires ont également annulé. Voici, à une semaine du coup d'envoi de cette conférence, le récapitulatif de ces défections, recensées par l'AFP et plusieurs médias dont Bloomberg et CNBC.

  • INSTITUTIONS INTERNATIONALES

- Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international (FMI)

- Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances de la France

  • BANQUE / FINANCE

- John Flint, directeur général de HSBC*

- Tidjane Thiam, directeur général de Crédit Suisse*

- Ajay Banga, PDG de MasterCard*

- Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase

- Larry Fink, PDG de BlackRock

- Stephen Schwarzman, PDG de Blackstone

- Bill Winters, directeur général de Standard Chartered

- Jean Lemierre, le président de BNP Paribas

- Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale

>> et aussi, avec le signe *, selon la liste publiée par le Washington Post :

-  Ajay Banga, Pdg de MasterCard*

- David Schwimmer, Pdg du London Stock Exchange*

  • INDUSTRIE et TECHNOLOGIE

- Bill Ford, président exécutif de Ford

- Dara Khosrowshahi, PDG d'Uber

- Richard Branson, milliardaire britannique fondateur du groupe Virgin

- Ariana Huffington, patronne de Thrive Global

- Diane Greene, directrice de la branche "cloud" de Google

- Patrice Caine, le Pdg de Thales,

- Steve Case, ex-Pdg de AOL*

  • MÉDIAS

-- Bob Bakish, PDG de Viacom

Plusieurs groupes de médias (CNN, Bloomberg, The Economist, le New York Times, CNBC, le Financial Times, etc.) ont également annulé la participation de leurs dirigeants ou de journalistes à des tables rondes

- Patrick Soon-Shiong, patron du Los Angeles Times

- Andrew Ross Sorkin, éditorialiste au New York Times

  • LOBBIES et THINK TANKS

>> Selon le Washington Post, d'autres organisations ont également rompu leurs relations d'affaires avec l'Arabie saoudite à la suite de l'affaire Khashoggi.

  • The Glover Park Group, The Harbour Group, des société de lobbying basées à Washington ont annoncé qu'elles cessaient de représenter l'Arabie saoudite.
  • Le Middle East Institute, un think tank basé à Washington a indiqué qu'il n'acceptait plus les dons provenant de l'Arabie saoudite.

Présence du gratin mondial du conseil stratégique aux entreprises

Le site du forum économique saoudien ne donne plus accès à la liste des intervenants, mais la page des partenaires est toujours visible ce matin (voir ci-dessous) et l'on y voit donc que certaines annulations n'ont pas été mises à jour.

Surtout, dans la partie, "Knowledge Partners", on découvre que le gratin mondial du conseil stratégique aux entreprises est rassemblé pour cet événement. Ce jeudi matin, ces entreprises de conseil n'avaient donné aucune information sur la poursuite de leur participation à cet événement:

Knowledge Partners :

  • Boston Consulting Group
  • Deloitte
  • EY
  • McKinsey&Company
  • Olivier Wyman
  • Strategy& (ex-Booz & Company)
  • PwC (PricewaterhouseCoopers)

"Summit Partners :

  • Bain @& Company,
  • Roland Berger,
  • SWFI

Davos du désert, Arabie saoudite, Future Investment Initiative,

Lire aussi : L'affaire Khashoggi jette une ombre sur le "Davos du désert" saoudien

(Avec Reuters)

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Commentaires
a écrit le 19/10/2018 à 9:06 :
Bruno Lemaire, Caine boycottent..
Qui va nous ramener les contrats qui vont faire vivre l'economie francaise ?
Les affaires n'ont pas de sentiments,
les romantiques n'ont rien a faire dans ce metier.
a écrit le 18/10/2018 à 17:57 :
l'AS avait déjà subi un effondrement de l'investissement étranger en 2017 ("Saudi Arabia suffers shock collapse in inward investment", Forbes, 07/06/2018).
a écrit le 18/10/2018 à 13:31 :
Le psychopathe sanguinaire qui a ordonné l’assassinat de ce pauvre journaliste dont le seul tort était d'user de la liberté d'expression et qui par ailleurs n'était plus résident en Arabie Saoudite doit démissionner du gouvernement saoudien.
a écrit le 18/10/2018 à 12:20 :
Il faut dire que c'est difficile d'apporter sa caution à un régime qui découpe un opposant en petits morceaux !
Réponse de le 18/10/2018 à 13:33 :
Ces derniers temps, le régime saoudien a découpé des milliers de petits gosses en petits morceaux et délibérément fait mourir de faim et de choléra plus de 200 000 autres.

Ça n'a pas remué le moindre sentiment de rejet de la part de ceux qui jouent maintenant les pères (et mères) la vertu.

Peut être parce que les gosses sont yemenites, que les canons qui tirent sont français, les avions américains, les blindés allemands, les munitions russes... et l'indifférence générale.

Alors que pour un gros type, américanisé, on se mobilise?... non on se mobilise parce que Trump a éructé, ce qui est la pire des raisons.

Sans connaître plus du dossier je remarque que les seules sources actuellement sont les autorités turques (NB: la Turquie est en guerre contre l'Arabie saoudite) qui n'ont aucune indépendance vis à vis d'Erdogan. Erdogan est aussi menteur que Trump, il est adepte des coups tordus et torturer ne lui fait ni chaud ni froid.

On rapporte (on étant une source anonyme) que la montre de Khashoggi aurait parlé (comment diable cette montre a t'elle pu enregistrer la séance de torture et ensuite être donnée à un inconnu qui la transmettra à la police turque? Les agents saoudiens seraient t'ils des idiots? ).

Personne n'a eu les occasions d'expertiser les enregistrements et mis à part les mouvements de personnels saoudiens à l'aéroport , on n'a pas grand chose.
Khashoggi a très bien pu être enlevé à la sortie du consulat par des agents turques, torturé (en turquie ce ne sont pas les motifs qui manquent à commencer par la proximité de K avec les services secrets saoudiens), mis à mort et Erdogan a pu décider de nuire à MBS...

Ce n'est qu'un scénario, mais il est au moins aussi plausible que celui qu'on nous sert actuellement et que les occidentaux avalent et avalisent.
a écrit le 18/10/2018 à 11:52 :
Patrice Caine champion de l'hypocrisie: Il n'ira pas.
… …
… mais… ...il se fera représenter!
a écrit le 18/10/2018 à 11:36 :
L'affaire va vite se calmer quand un ou des boucs émissaires "incontrôlés" seront trouvés, peut être au sein même du royaume. Pour calmer le chantage de Trump, et "de la communauté internationale" qui boycotte violemment le Davos du désert, l'AS offrira quelques milliards sous forme de commandes d'armes pour bombarder le Yémen, et les affaires reprendront leur cours habituel.
a écrit le 18/10/2018 à 10:46 :
Le calendrier de l'Hégire commencant en 622 , on peut en déduire que les pratiques de ce pays sont encore moyenâgeuses.
a écrit le 18/10/2018 à 9:57 :
Double standard affligeant quand on compare avec l'affaire Skrypal. L'Arabie Saoudite est le chéri de Macron, Merkel, Otan ... Pas de diplomates saoudiens virés de France ou d'Europe ...
Réponse de le 18/10/2018 à 11:50 :
Cet assassinat n'a pas eu lieu sur le sol européen.
a écrit le 18/10/2018 à 9:14 :
Bref, le pragmatisme : essayons d'en savoir plus avant de juger sur cette histoire qui a l'air bien dégueulasse, contre le politiquement correct.
Le politiquement correct, c'est le truc qui permet à tous les Tartuffes de donner des leçons de vertu : Mr Trump n'a pas tort de bien casser tout ça.
a écrit le 17/10/2018 à 17:43 :
Une quinzaine de tueurs hors de contrôle qui débarquent dans un consulat étranger?
Certainement des apprentis bouchers.....
Il est comique ce Trump hors contrôle !
a écrit le 17/10/2018 à 16:02 :
L'hypocrisie de la classe dirigeante ne cesse de croitre dans son indécence...

Les larmes de crocodiles et la fausse indignation, cours de l'ENA ?

Premiers à manipuler la presse, et ils pleurent sur le sort d'un journaliste ?


Ca sent tellement mauvais cette histoire..
Réponse de le 18/10/2018 à 4:18 :
A MOUTON.
Nos pretendus "dirigeants" ne sont pas pires que ceux qui les ont precedes. Les empereurs romains etaient gratines dans leurs genre.
Les rois de france itou, j'en oublie, la liste est immense.
Le pouvoir, l'argent rendent fous definitivement.

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