« Je n'ai pas voté Milei. J'ai donc suivi ses premiers pas avec scepticisme sans en attendre grand-chose. Mais je suis assez content de ce qu'il a fait. À peine élu, il s'est montré plus modéré et en a terminé avec le ton de sa campagne. Son changement d'attitude vis-à-vis du pape François et du Brésil de Lula, par exemple, est remarquable. Et sur la situation économique dont il hérite, il tient un discours de vérité : ce sera dur, dit-il, et c'est bien qu'il le dise ! » Mario T., patron d'une PME et avocat, n'est pas un « miléiste » de la première heure. Lors du second tour, le 19 novembre, il a voté pour le candidat de la coalition péroniste et de centre gauche, Sergio Massa, se méfiant du candidat libertarien, élu avec près de 56 % des voix.
Sa bienveillance enthousiaste, presque une conversion, n'est en rien opportuniste (contrairement à beaucoup). « Il travaille, constate l'avocat, il cherche à former ses équipes, résiste aux pressions, comme celles de l'ancien président Mauricio Macri - qui essaie de lui imposer des ministres -, parle peu, et quand il le fait, c'est avec clarté. » Comme Mario, beaucoup d'Argentins sont prêts à lui accorder les cent jours de grâce dont bénéficie tout nouveau président. Pour Arturo E., travaillant dans le tourisme haut de gamme, « une partie de la population pense qu'elle perdra des avantages et a peur, en particulier parmi les plus défavorisés ». Il poursuit : « Mais le nouveau président a affirmé qu'il ne toucherait pas aux aides sociales, sauf pour en renforcer la transparence, tout en essayant de privilégier le retour à un emploi formel des bénéficiaires de ces aides [par ailleurs souvent gérées par des organisations intermédiaires au rôle plus que discutable]. Un courant favorable grandit dans l'opinion. Il suscite un espoir que je partage. Il dit ce qu'il va faire, il fait ce qu'il a dit, il a une attitude modeste. »