Argentine : le président « anti-système » Javier Milei a choisi un ancien ministre pour le portefeuille de l'Economie

Le nouveau président libertarien, Javier Milei, a choisi une figure connue de la politique argentine pour diriger les finances du pays au bord de la faillite. Son rôle : couper dans la dépense publique sans restreindre les aides « aux plus vulnérables », mais aussi rassurer les banquiers dans cet Etat surendetté.
Le président élu argentin Javier Milei, sa sœur Karina Milei et les membres de sa délégation, dont Santiago Caputo, Gerardo Werthein, Luis Caputo et Nicolas Posse, font une pause pour une photo alors qu'ils quittent l'Eisenhower Executive Office Building du complexe de la Maison-Blanche après avoir rencontré des représentants de l'administration Biden à Washington.
Le président élu argentin Javier Milei, sa sœur Karina Milei et les membres de sa délégation, dont Santiago Caputo, Gerardo Werthein, Luis Caputo et Nicolas Posse, font une pause pour une photo alors qu'ils quittent l'Eisenhower Executive Office Building du complexe de la Maison-Blanche après avoir rencontré des représentants de l'administration Biden à Washington. (Crédits : REUTERS/Kevin Lamarque)

La rupture semble finalement moins brutale qu'attendu, après une campagne présidentielle tonitruante et dans les excès. Dix jours après sa victoire historique en Argentine, devenant le 10 décembre prochain, le premier président libertarien au monde, Javier Milei a désigné son ministre de l'Economie. Et alors que l'on aurait pu attendre un choix radical, au vue de ses positions « anarcho-capitaliste » et anti Etat, le président élu a fait le choix d'une forme de continuité. C'est en effet Luis Caputo, ancien ministre des Finances sous la présidence Macri en 2017, qui aura la lourde tâche du portefeuille de l'Economie, dans un pays au bord de la faillite.

Le président Milei, qui avait d'ores et déjà annoncé ne conserver que huit ministères essentiels (au lieu des 18 précédents), a choisi cet économiste, ex-trader à la Bourse de New York, et a aussi brièvement été à la tête de la banque centrale sous la présidence du libéral Mauricio Macri (2015-2019).

Ce choix est d'autant plus inattendu que Luis Caputo s'est montré réservé sur la dollarisation de l'économie argentine, la solution prônée par le candidat Milei pour enrayer la dévaluation du pesos et l'hyperinflation chronique. Mais la fin de la banque centrale qui l'accompagne sont toujours en ligne de mire, selon Bloomberg, à une échéance « moyen-terme », a indiqué Luis Caputo dont la mission était de rassurer rapidement les banques après l'élection.

Agé de 58 ans, Luis Caputo, dirige l'équipe économie lors de la transition, avant sa nomination officielle. Il a accompagné Javier Milei pendant deux jours aux Etats-Unis, où le futur chef d'Etat a rencontré des conseillers du président américain Joe Biden. M. Caputo a également participé à une réunion technique avec le Fonds monétaire international (FMI).

La stagflation à venir

L'Argentine est l'un des pays les plus endettés auprès du Fonds au monde (44 milliards). Aussi, l'économiste Milei a prévenu que le redressement de son pays ne sera pas rapide, évoquant même une période de stagflation à venir (prix hauts, faible croissance).

La hausse des prix « va rester élevée » car  « elle est déjà jouée par ce qui s'est fait en politique monétaire ces deux dernières années », a-t-il estimé, critiquant l'émission monétaire du gouvernement sortant.

« Il va y avoir une stagflation car, quand vous effectuez une remise en ordre budgétaire, cela va avoir un impact négatif sur l'activité économique », a-t-il prévenu, en estimant à entre 18 et 24 mois le temps nécessaire « pour en finir avec l'inflation », une fois l'ordre revenu dans le budget.

Mais récemment, Javier Milei, le candidat antisystème élu à la tête de la troisième économie d'Amérique latine, a qualifié M. Caputo de « meilleur expert en finance du pays ».

« Quand on regarde la nature des problèmes argentins, quand on voit que sur les 15 points de déficit budgétaire (selon Javier Milei, NDLR), dix proviennent de la banque centrale, il est clair que le premier problème à résoudre est celui des Leliqs », a-t-il dit à la radio La Red. Et, selon lui, Luis Caputo est le mieux indiqué pour cela.

Les Leliqs sont un instrument de dette à court terme émis en pesos par la banque centrale pour soutenir la monnaie nationale. Mais, pour M. Milei, ils sont actuellement à un niveau d'insolvabilité qui menace l'Argentine d'« hyperinflation ».

Sous le mandat de Mauricio Macri, le ministre des Finances Caputo avait en particulier été crédité en 2017 de l'opération dite des « obligations centenaires », une émission de bons sur 100 ans qui avaient trouvé preneurs sur les marchés de capitaux, un signal alors considéré comme positif malgré la crise traversée par le pays.

L'aide aux « vulnérables » continuera

En sus, sa priorité absolue des coupes budgétaires en vue de « l'équilibre, non négociable », va affecter négativement le PIB, a-t-il concédé.

Pour 2023, le FMI dans ses dernières projections prédisait une contraction du PIB de 2,5%.

Il a toutefois assuré que l'aide sociale serait maintenue pour amortir l'impact des coupes budgétaires.

« Le seul porte-monnaie qui restera ouvert » sera celui du futur « ministère du Capital humain », pour pallier les éventuels « effets négatifs sur le plan social » de ces mesures et apporter un soutien aux personnes les plus « vulnérables », a-t-il dit.

En revanche, il a laissé entendre qu'il allait s'en prendre aux organisations et aux mouvements sociaux, qui, selon lui, « obligent les gens à manifester ».

L'Argentine compte 40% de personnes sous le seuil de pauvreté et 51% reçoivent une forme de subside ou d'aide sociale.

(Avec AFP)

Lire aussiInflation, déficit, récession : les défis de Javier Milei, nouveau président ultralibéral de l'Argentine

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Commentaires 4
à écrit le 30/11/2023 à 14:31
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Ne serait-ce que pour le manque de dollars dans les institutions financières argentines, la dollarisation aura besoin d'une d'au moins cinq ans et donc je crois qu'un premier mandat ne sera malheureusement pas suffisant. La refonte du système bancai...

à écrit le 30/11/2023 à 7:15
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Les souris votent pour les chats.

à écrit le 29/11/2023 à 22:35
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Donc on supprime un ministère "Développement social" pour le remplacer par un autre "Capital Humain". Et ça se dit anti-système 😂

le 30/11/2023 à 7:13
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Bonjour, ils edt difficile de changer un systèmes mis en place du jour au lendemain ... Mais ils est probable que les profiteurs vons devoir changer leur habitude.

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