Argentine : les compagnies étrangères pourront désormais opérer sur les vols intérieurs
latribune.fr
Jusqu’à présent, la norme requérait qu'avions et personnels sur ces lignes soient argentins – à l’exception d’une proportion définie par le gouvernement (photo d'illustration).
Le gouvernement du président ultralibéral Javier Milei a annoncé que les vols domestiques en Argentine seront désormais ouverts aux avions et navigants étrangers. Un nouveau pas vers la dérégulation de l’économie du pays, alors que les syndicats de l'aéronautique sont en conflit ouvert avec l’exécutif sur fond de salaires qu’ils jugent trop bas.
Les compagnies aériennes étrangères seront désormais les bienvenues en Argentine pour opérer les vols intérieurs. Un décret publié lundi au Journal officiel mandate l'autorité de l'aviation civile (ANAC) pour leur octroyer de tels permis.
Jusqu'à présent, la norme requérait qu'avions et personnels sur ces lignes soient argentins - à l'exception d'une proportion définie par le gouvernement, sous réserve d'accords de réciprocité et d'un système de double sécurité opérationnelle à travers l'implication de personnel argentin. L'administration de l'aviation civile aura donc désormais loisir d'analyser et d'octroyer des routes à des compagnies étrangères sur la base de demandes de celles-ci.
Ce décret vise à« encourager les investissements en Argentine et favoriser la connectivité »dans le pays, et ainsi« renforcer le principe de libre accès aux marchés, engendrant une plus grande compétitivité », peut-on lire.
Cette mesure a été saluée par le secrétaire aux Transports, Franco Mogetta. « Ajoutée à un train de déréglementations en cours, [elle] permettra à d'autres compagnies aériennes de couvrir immédiatement les routes aériennes locales si Biro et Cie continuent de mener des grèves », a-t-il taclé sur son compte X.
Le ministre fait référence à Pablo Biro, le dirigeant du syndicat des pilotes APLA. Le gouvernement est actuellement en pleine épreuve de force avec les syndicats de l'aéronautique, en particulier pilotes et personnel navigant de la compagnie nationale Aerolineas Argentinas. Plusieurs grèves d'ampleur variable ces dernières semaines ont cloué au sol des avions de cette compagnie. L'une des plus majeures, le 13 septembre dernier, a causé 319 annulations et affecté 37.000 passagers, en majorité sur des vols intérieurs, selon la compagnie.
Les syndicats dénoncent des ajustements salariaux très en retard sur l'inflation, de +94,8% depuis le début de l'année alors que la hausse générale des prix a atteint +236,7% sur un an en août, soit l'une des plus élevées au monde. Et, plus globalement, ils déplorent le montant des salaires. Par exemple, pour le personnel de cabine et au sol d'Aerolineas, le salaire mensuel est de respectivement 729.000 pesos (743 dollars) et 500.000 pesos (510 dollars). « Des compagnies low cost paient le double », fustigeait mi-septembre le secrétaire général de l'Association du personnel aéronautique (APA), Juan Pablo Brey.
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En réponse à ces mouvements sociaux, Javier Milei a publié un décret posant l'aviation civile et commerciale comme « service essentiel », mesure qu'il avait annoncée lors de son élection en décembre. Ce texte oblige à un service minimum de 50% en cas de grève dans l'aviation civile, qui requerra désormais cinq jours de préavis. Techniquement, ce décret présidentiel peut être invalidé par le Parlement, avec lequel le chef de l'État argentin bataille ces derniers temps sur diverses législations. Mais dans l'attente de cet examen législatif, il prévaut.
Dérégulation généralisée
Ce conflit survient dans un contexte où, depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2023, le président ultralibéral porte un projet aussi ambitieux que controversé. Son objectif ? Déréguler massivement l'économie du pays. Cette loi baptisée « omnibus » a été approuvée en juin dernier par le Parlement argentin dans une version toutefois édulcorée par rapport à celle initialement présentée (forte de 238 articles contre 600 souhaités).
Cette loi prévoit notamment un peu moins de 10 privatisations - Javier Milei en espérait une quarantaine. Aerolineas Argentinas fait partie des entreprises publiques qui y échappe, pour le moment. Mais la présidence a annoncé la semaine dernière avoir « entamé des discussions avec plusieurs sociétés latino-américaines pour prendre en charge les opérations d'Aerolineas Argentinas » si les grèves continuent, et ainsi agiter la menace d'avions de la compagnie opérés par du personnel étranger, à défaut de pouvoir la privatiser.
La loi entend aussi, entre autres, parvenir à une flexibilisation du marché du travail et comporte des incitations controversées aux investissements étrangers supérieurs à 200 millions de dollars avec des avantages fiscaux et douaniers durant trente ans. Elle est présentée par l'exécutif comme « un accélérateur, un catalyseur du redressement de la situation économique », selon le ministre de l'Économie, Luis Caputo.
En neuf mois au pouvoir, Javier Milei a appliqué une austérité draconienne couplée à une dévaluation de la monnaie, un assèchement des subventions et chantiers publics et une suppression d'emplois publics. Ce qui a porté ses fruits puisque l'équilibre budgétaire a été reconquis en Argentine. Mais, dans le même temps, le pouvoir d'achat des ménages et la consommation ont dégringolé, enlisant peu à peu le pays dans une pauvreté qui touche environ 50% de la population et dans la récession.