Bataille du pétrole de l'Essequibo : rencontre en vue entre les présidents du Guyana et du Venezuela pour dégripper une situation explosive

Les présidents du Venezuela, Nicolas Maduro, et du Guyana, Irfaan Ali, se rencontreront jeudi à Saint-Vincent-et-les-Grenadines au sujet de leur différend sur l'Essequibo, territoire guyanien riche en pétrole revendiqué par Caracas.
(Crédits : Reuters)

Objectif : dégripper une situation explosive qui pourrait basculer vers un conflit. Ce jeudi, à Saint-Vincent-et-les-Grenadines les présidents du Venezuela, Nicolas Maduro, et du Guyana, Irfaan Ali, se rencontreront pour aborder l'épineuse question de l'Essequibo, territoire guyanien riche en pétrole revendiqué par Caracas. Ils seront accompagnés du président brésilien Lula, qui, à la « demande des deux parties » tente une médiation. Pourquoi Saint-Vincent-et-les-Grenadines ? Car la réunion est placée sous les auspices non seulement de la CARICOM, la Communauté caribéenne, mais aussi de la CELAC, la Communauté des Etats d'Amérique latine et des Caraïbes dont le Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines Ralph Gonsalves assure la présidence tournante.

« Il y a un besoin urgent de désescalade du conflit et d'instaurer un dialogue approprié, face-à-face », écrit la lettre signée de ce dernier.

Samedi, le président du Guyana Irfaan Ali a confirmé à l'AFP qu'il participerait à la réunion, disant sa fermeté sur le fait que « le différend (territorial) est devant la Cour internationale de justice (CIJ), qu'il n'est pas sujet à négociations et (que) cela ne changera pas ». De son côté, Yvan Gil , le ministre vénézuélien des Affaires étrangères a insisté sur le fait que le différend « ne sera résolu que par le dialogue, le respect mutuel et l'engagement à préserver la région comme une zone de paix et libre de (toute) interférence. » A la recherche d'une solution pacifique, Lula avait demandé samedi matin à Nicolas Maduro de ne pas prendre de « mesures unilatérales » qui aggraveraient le conflit frontalier.

« S'il y a une chose dont nous ne voulons pas, c'est une guerre en Amérique du Sud », a-t-il lancé. Un point de vue partagé par le président colombien Gustavo Petro, estimant sur le réseau X que « le plus grand malheur qui pourrait frapper l'Amérique du Sud serait une guerre ».

L'enjeu du pétrole

Le pétrole est le nerf de la guerre dans ce conflit... La découverte de vastes gisements de pétrole a ravivé le vieux conflit sur l'Essequibo, un territoire de 160.000 km2 administré par le Guyana mais que le Venezuela revendique en soutenant que la véritable frontière est celle datant de l'empire espagnol en 1777.

Le différend est porté devant la Cour internationale de justice (CIJ), la plus haute juridiction de l'ONU, que le Venezuela ne reconnaît pas. Le Guyana estime que les frontières ont été actées en 1899, lorsque le Royaume-Uni était la puissance coloniale du territoire.

Le géant américain ExxonMobil a découvert d'énormes réserves de pétrole dans l'Essequibo en 2015. Avec de nouvelles découvertes en octobre, le Guyana, 800.000 habitants, possède désormais les réserves par habitant les plus élevées au monde, estimées à 11 milliards de barils, soit un niveau similaire à celui du Koweit. ExxonMobil a développé 63 projets de forage dans le bloc Stabroek, ce qui a conduit le Guyana à porter sa production à 600.000 barils par jour (bpj). Elle devrait atteindre 1,2 million bpj d'ici à fin 2027.

Caracas estime que l'opération pétrolière se déroule dans des eaux disputées et accuse le président guyanien Irfaan Ali d'être un « esclave » d'ExxonMobil.

Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, soit 300 milliards de barils, mais son industrie pétrolière est en crise, en raison d'une mauvaise gestion, de la corruption ainsi que des sanctions économiques. Sa production, en un peu plus d'une décennie, a chuté de plus de 3 millions bpj à moins de 400.000. La production remonte lentement et se situe autour de 750.000 bpj.

Référendum

Après le référendum du 3 décembre qui a approuvé la création d'une province vénézuélienne dans l'Essequibo, le président vénézuélien Nicolas Maduro a ordonné à la compagnie pétrolière publique PDVSA d'octroyer des licences d'exploitation de pétrole, de gaz et de minerais dans la zone contestée. Il a proposé de donner aux entreprises travaillant avec le Guyana un délai de trois mois pour se retirer de la zone et négocier avec le Venezuela.

Le président guyanien a qualifié ces annonces de « menace directe » pour la sécurité du Guyana.

L'octroi des permis d'exploitation est cependant difficile à appliquer. « C'est de la rhétorique », affirme Ramon Escovar Leon, avocat spécialisé dans les litiges internationaux. Malgré l'inquiétude internationale, les experts estiment que la situation ne risque pas de dégénérer en conflit armé. La tension est encore montée avec l'annonce la semaine dernière d'exercices militaires aériens américains au Guyana, « une provocation » pour le Venezuela. Soucieux de leur approvisionnement en pétrole à moyen et long terme, les Etats-Unis ont tout intérêt à ce que cette zone, toute proche et qui comprend les plus grands gisements du monde, reste stable.

Cependant, « que se passerait-il si les intérêts de la Chine, qui détient une participation de 30% dans les concessions accordées par le Guyana étaient affectés ? » s'interroge Ramon Escovar Leon.

La communauté internationale préconise, comme le souhaite le gouvernement guyanien, de résoudre le différend devant la Cour internationale de justice (CIJ) qui siège à La Haye. Reste à Caracas de reconnaître sa compétence.

(Avec AFP)

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Commentaire 1
à écrit le 11/12/2023 à 10:28
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Pure curiosité: quel est le classement du niveau de vie d'un habitant du Guyana?

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