Tout se jouera demain. Après une spectaculaire semaine d'actions avec des blocages autoroutiers sur l'ensemble du territoire, les agriculteurs allemands doivent se retrouver par milliers devant la porte de Brandebourg à Berlin, en plein cœur de la capitale fédérale. Les convois ont pris la route dès hier. Les premiers tracteurs sont en périphérie et doivent rallier la longue avenue devant le monument dans la soirée. Klaxons, gyrophares... même si la météo est au brouillard, ils seront forcément vus et entendus demain - le bâtiment du Bundestag (le Parlement allemand) est à 100 mètres, la chancellerie à 200 ; et vers le sud, le ministère des Finances est à un jet de pierre. Le gouvernement ne pourra pas les ignorer.
« Olaf Scholz et son parti, le SPD, ne cessent de dire qu'il faut remettre du respect dans la politique ; ce serait le moment de le montrer », estime Stefan Seidendorf, politologue à l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg (DFI). Et de ne pas recommencer la même erreur que jeudi à Cottbus, dans l'est du pays : venu inaugurer un nouvel atelier de réparation de trains à grande vitesse dans cette région minière en pleine restructuration, le chancelier n'est pas allé à la rencontre des agriculteurs qui l'attendaient à l'extérieur dans le calme ; sa berline noire a contourné le rassemblement et filé dans la brume. Les paysans protestent contre la suppression de leur rabais fiscal de 21,48 centimes par litre sur le diesel agricole. La mesure a été annoncée mi-décembre, à l'issue de longues semaines de négociations à huis clos de la coalition au pouvoir. Après un inattendu et sévère rappel à l'ordre des juges constitutionnels, qui ont réaffirmé le mécanisme de « frein à l'endettement » inscrit dans la Loi fondamentale allemande, le gouvernement a bataillé pour boucler le budget 2024. Il fallait trouver 17 milliards d'euros en urgence. La disparition des avantages des agriculteurs soulagera les caisses de 1,3 milliard. Mais quel en sera le prix à payer ?