Brésil : les lieux de pouvoir pris d’assaut par des partisans de Bolsonaro, la police a repris le contrôle

Les autorités brésiliennes ont commencé ce lundi à évaluer les énormes dégâts dans le palais présidentiel, le Congrès et la Cour suprême à Brasilia, sous contrôle de la police, au lendemain de l'assaut des partisans de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro.
Les forces de l'ordre, avant de reprendre le contrôle dans la nuit de dimanche à lundi, ont été complètement débordées par les partisans de Bolsonaro.
Les forces de l'ordre, avant de reprendre le contrôle dans la nuit de dimanche à lundi, ont été complètement débordées par les partisans de Bolsonaro. (Crédits : Twitter)

Scènes de chaos au Brésil, dimanche 8 janvier, après l'invasion du palais présidentiel, de la Cour suprême et du Congrès à Brasilia par des milliers de partisans de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro, vêtus de maillot jaune de la Seleçao, la sélection de football du pays. Les forces de l'ordre, avant de reprendre le contrôle dans la nuit de dimanche à lundi, ont été complètement débordées. Symbole de cet insurrection, l'image qui a fait le tour des réseaux sociaux où l'on voit un agent de la police montée qui a été désarçonné puis frappé à terre par des assaillants armés de bâtons.

Toutes ces images ne sont pas sans rappeler l'invasion du Capitole à Washington par des partisans de l'ex-président Donald Trump, en janvier 2021. On peut en effet voir, dans un mimétisme saisissant, l'un des manifestants sur le siège du président de la Chambre haute.

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Des dégâts considérables

Les dégâts semblent considérables, dans ces bâtiments qui sont des trésors de l'architecture moderne et regorgent d'œuvres d'art. Selon la chaîne CNN, des manifestants ont mis le feu au tapis d'un salon du Congrès, qui a dû être inondé pour éteindre l'incendie.

Un syndicat de presse local a fait état de l'agression de cinq journalistes. Parmi eux, un photographe de l'AFP a été frappé et s'est fait voler tout son matériel. « Il faut qu'on rétablisse l'ordre, après cette élection frauduleuse », a dit à un journaliste de l'AFP présent sur place Sarah Lima, ingénieure pro-bolsonaro de 27 ans venue de Goianesia, à 300 km de Brasilia. « Cette tentative absurde d'imposer une volonté par la force ne va pas prévaloir. Le gouvernement du District fédéral (de Brasilia) va envoyer des renforts et les forces dont nous disposons sont en train d'agir », déclarait alors sur Twitter Flavio Dino, ministre de la Justice et de la Sécurité publique.

Samedi, le responsable avait autorisé le déploiement d'agents de la Force Nationale, une force spéciale de police parfois envoyée dans les différents États en cas de menace contre la loi et l'ordre.

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« Des évènements sans précédent dans l'histoire du Brésil »

En fonction depuis seulement une semaine et déjà confronté à une crise majeure, Lula, 77 ans, était absent de Brasilia dimanche, en visite à Araraquara, ville de l'Etat de Sao Paulo dévastée par des inondations en fin d'année. De retour, il a inspecté les bâtiments saccagés à son retour tard dimanche soir, a déploré des événements « sans précédent dans l'histoire du Brésil ». Il avait auparavant dénoncé l'oeuvre de « vandales, fascistes fanatiques », et promis que les coupables seraient « tous punis ».

Selon plusieurs médias brésiliens, au moins 150 bolsonaristes ont été arrêtés. Des images télévisées les montraient descendant en file indienne, les mains derrière le dos, la rampe du palais présidentiel de Planalto, encadrés de policiers. Sur d'autres images, on peut voir un bus rempli de manifestants interpellés partir en direction d'un poste de police.

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Une insurrection condamnée par les alliés politique de Bolsonaro

Dans une série de tweets, Jair Bolsonaro, qui se trouve actuellement en Floride, a condamné sans fermeté « les déprédations et invasions de bâtiments publics ». Mais il a aussi « rejeté les accusations, sans preuve » de son successeur selon qui il aurait encouragé les violences.

Plusieurs de ses alliés se sont désolidarisés des violences de dimanche, dont Valdemar Costa Neto, président du PL, le parti de Bolsonaro, qui a regretté « un jour triste pour la nation brésilienne ». Le gouverneur du district fédéral de Brasilia, Ibaneis Rocha, un autre allié de Jair Bolsonaro, a présenté ses excuses au président Lula dans une vidéo. Il a qualifié les responsables des déprédations des bâtiments publics de « vrais vandales » et de « vrais terroristes ». Ce qui n'a pas empêché un juge de la Cour suprême brésilienne de suspendre de ses fonctions pour une durée de 90 jours en raison des failles sécuritaires.

A l'international, la condamnation de la « tentative de coup d'Etat » fait l'unanimité.

Du côté des puissance étrangère, le soutien au Président nouvellement élu fait aussi l'unanimité.

Le président français Emmanuel Macron a dit à Lula qu'il pouvait « compter sur le soutien indéfectible de la France ». Son homologue américain Joe Biden, qui entame lundi au Mexique un sommet des dirigeants d'Amérique du Nord réunissant Etats-Unis, Mexique et Canada, a jugé « scandaleuses » les violences des manifestants. « Utiliser la violence pour attaquer les institutions démocratiques est toujours inacceptable », a tweeté son secrétaire d'Etat Antony Blinken. Le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador a dénoncé « la tentative de coup d'Etat des conservateurs au Brésil ».

Wang Wenbin, le porte parole du ministère chinois des Affaires étrangères a lui aussi condamné l'action des manifestants. « La Chine suit avec attention et s'oppose fermement à l'attaque violente contre les autorités fédérales au Brésil le 8 janvier », a-t-il déclaré, lors d'un point de presse régulier. Pékin « soutient les mesures prises par le gouvernement brésilien pour calmer la situation, rétablir l'ordre social et préserver la stabilité nationale (...) Nous estimons que, sous la direction du président Lula, le Brésil maintiendra la stabilité nationale et l'harmonie sociale », a ajouté Wang Wenbin, qualifiant le Brésil de « partenaire stratégique global » de la Chine. Le président chinois Xi Jinping s'était dit fin octobre « prêt à travailler » avec Lula, tout juste élu, afin de renforcer le partenariat entre les deux pays. La Chine devrait être l'un des premiers pays que visitera dans les prochains mois le président brésilien, après l'Argentine et les Etats-Unis, selon une source présidentielle à Brasilia.

(Avec agences)

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Commentaire 1
à écrit le 09/01/2023 à 8:48
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Quelles peuvent donc les motivations réelles de celles et ceux qui ont essayé de semer le chaos dans ce pays d'Amérique latine ? Pourquoi les médias s'acharnent ils à faire un rapprochement avec les "trumpistes", alors que c'est un scénario à la Chi...

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