Zaporijia : « un danger de catastrophe de grande envergure » menace la centrale nucléaire, avertit Poutine

Alors que la Russie refuse de démilitariser la zone stratégique de Zaporijia qu'elle occupe depuis le mois de mars, Kiev craint une nouvelle escalade vendredi, pendant la visite du secrétaire général de l'Onu en Ukraine. Une accusation que la Russie a également adressée à son voisin. Après un échange téléphonique entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, l'Elysée a indiqué que le chef de l'Etat russe avait accepté qu'une mission de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) « passe par l'Ukraine ».
La centrale de Zaporijia, située au sud de l'Ukraine à 550 km de la capitale Kiev.
La centrale de Zaporijia, située au sud de l'Ukraine à 550 km de la capitale Kiev. (Crédits : ALEXANDER ERMOCHENKO)

[Article mis à jour vendredi 19 août à 18h00]

La tension reste maximale aux abords de la centrale nucléaire de Zaporijia située au sud de l'Ukraine et occupée par l'armée russe depuis le mois de mars. Tandis que Moscou a rejeté les demandes de démilitarisation de cette zone stratégique, les deux pays se sont mutuellement accusés jeudi de se préparer à mener, ce vendredi, une « provocation ». De part et d'autre, on s'accuse d'encourager l'escalade, en plein pendant la visite du secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, prévue le même jour en Ukraine, dans le port d'Odessa notamment. Depuis quelques semaines, des bombardements tombent non loin de la centrale nucléaire faisant craindre un nouveau Tchernobyl, le plus important accident nucléaire civil.

Face au danger, Vladimir Poutine et Emmanuel Macron se sont entretenus par téléphone ce vendredi. Le dirigeant russe « a souligné que le bombardement systématique (...) du territoire de la centrale nucléaire de Zaporijjia crée un danger de catastrophe de grande envergure qui pourrait conduire à la contamination radioactive de vastes territoires », a dit le Kremlin dans un communiqué. MM. Macron et Poutine ont par ailleurs appelé à organiser « dans les plus brefs délais » une visite de la centrale par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), selon la même source. C'est ce qu'a confirmé l'Elysée, peu de temps après, indiquant que Vladimir Poutine avait accepté que la mission de l'AIEA « passe par l'Ukraine ». Il a déclaré, lors de cet entretien, qu'il acceptait de « revoir l'exigence » qu'elle passe par la Russie. « Il a accepté qu'elle (s'y) rende dans le respect de la souveraineté ukrainienne et donc en passant par l'Ukraine, sous contrôle gouvernemental », a ajouté la présidence française.

Plus tôt, c'est le secrétaire général de l'Onu qui tirait la sonnette d'alarme. « Nous devons dire les choses telles qu'elles sont : tout dégât potentiel à Zaporijjia serait un suicide », a déclaré Antonio Guterres, appelant une nouvelle fois à « démilitariser » la centrale. M. Guterres a appelé à ne pas l'utiliser « pour quelque opération militaire que ce soit ».

Ni Moscou, ni Kiev n'ont fourni d'élément concret à l'appui de leurs accusations mutuelles.

L'énergie de la Crimée annexée

Les autorités ukrainiennes ont aussi accusé l'armée russe d'avoir déployé des armes lourdes dans le périmètre de la centrale, dont elle a pris le contrôle mais qui est située près de la ligne de front.

Aussi, les services de renseignement ukrainiens ont également accusé Moscou de préparer une « provocation » à Zaporijia, disant avoir recueilli des informations selon lesquelles le personnel de l'agence de l'énergie atomique russe Rosatom a quitté les lieux, seuls les employés ukrainiens de la centrale devant être présents sur place vendredi. Dans un communiqué cité par les agences de presse russes, le ministère de la Défense a affirmé jeudi que ce n'était pas le cas, ni dans la centrale, ni dans les zones environnantes, où se déroulent pourtant de violents combats d'artillerie.

Jeudi soir un responsable de l'administration d'occupation prorusse de la région de Zaporijjia, Vladimir Rogov, a accusé les forces ukrainiennes d'avoir bombardé Energodar, la ville proche de la centrale nucléaire. Le ministère russe a ajouté que l'Ukraine entendait profiter de la venue dans le pays d'Antonio Guterres pour mener une « provocation » à Zaporijia, sans en fournir la preuve. Pour Moscou, la zone est clé. Le régime de Vladimir Poutine entend utiliser la centrale à son profit pour alimenter en électricité la péninsule de Crimée qu'elle a annexée en 2014.

Lire aussiCentrale nucléaire de Zaporijia (Ukraine): « Si le risque zéro n'existe pas, tout est fait pour assurer la sûreté en profondeur »

Soutien officiel de la Turquie

De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé le soutien de la Turquie à l'Ukraine. « Alors qu'on poursuit nos efforts pour une solution, nous avons été et continuons d'être du côté de nos amis ukrainiens », a affirmé Erdogan avant d'ajouter qu'il ne veut pas d'un « nouveau Tchernobyl »Le président Zelensky a estimé jeudi que la visite à Lviv de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan était un « message puissant de soutien » pour son pays.

Il a exclu toute négociation de paix avec Moscou sans le retrait préalable des troupes russes du territoire de l'Ukraine. « Des gens qui tuent, violent, frappent nos villes civiles avec des missiles de croisière chaque jour ne peuvent pas vouloir la paix. Ils devraient d'abord quitter notre territoire, ensuite on verra », a déclaré M. Zelensky lors d'une conférence de presse à Lviv, disant « ne pas faire confiance à la Russie ».

Pendant ce temps, les combats se poursuivent par ailleurs dans la région de Kharkiv (nord-est), où les Ukrainiens ont accusé les Russes d'avoir bombardé des quartiers d'habitation, y faisant six morts jeudi, après 13 la veille au soir, et des dizaines de blessés au total.

Enfin, deux villages russes ont été évacués jeudi à cause d'un incendie qui s'est déclaré dans un dépôt de munitions situé près de la frontière avec l'Ukraine, ont annoncé les autorités locales.

(Avec AFP et Reuters)

Lire aussiNucléaire: le G7 exige que la Russie "rende immédiatement" à l'Ukraine la centrale de Zaporijia

En direct - Transition Forum 2022

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 14
à écrit le 20/08/2022 à 22:25
Signaler
L'Ukraine est un pays fabriqué en grande partie par les Bolcheviks tout au long du XXème siècle. Consultez une carte historique de l'Ukraine indiquant le date à laquelle la plupart des régions ont été rattachées autoritairement à Kiev et vous compren...

à écrit le 20/08/2022 à 8:53
Signaler
Le pus inquiétant, c'est le fanatisme des russophobes qui ne voient aucun problème à bombarder une centrale nucléaire si des russes s'y trouvent.

à écrit le 20/08/2022 à 8:05
Signaler
Oui si la russie veut détruire la centrale, elle sera responsable comme en 1986. Il ne fut pas répéter les erreurs soviétiques du passé. La Russie et la Chine ne sont pas tout puissant dans le monde.

à écrit le 19/08/2022 à 23:31
Signaler
Cette centrale alimente en électricité notamment la Crimée. La présence russe sur le site date de mars. Il sera facile au gouvernement de kiev de détourner la production de la Crimée. Quelle garantie aura la population de Crimée de ne pas être pri...

le 20/08/2022 à 7:42
Signaler
soyer clair ce n'est pas les russes qui bombarde la central, il sont a l'interieur donc ce sont bien une oeuvre des etats unis et de l'ukraine. qui cherche a mondialiser ce conflit par tout les moyens possible

à écrit le 19/08/2022 à 23:30
Signaler
Cette centrale alimente en électricité notamment la Crimée. La présence russe sur le site date de mars. Il sera facile au gouvernement de kiev de détourner la production de la Crimée. Quelle garantie aura la population de Crimée de ne pas être pri...

à écrit le 19/08/2022 à 21:40
Signaler
A force de bombarder la centrale nucléaire de Zaporidjia les nazis ukrainiens vont finir par faire p^ter la planète avec l'aide de l'OTAN et de ses médias (90% des médias en France).

à écrit le 19/08/2022 à 10:05
Signaler
Donc le G7 intime l'ordre à la Russie d'évacuer la centrale nucléaire qu'elle occupe, pendant que les médias continuent de nous dire que les Russes tirent sur cette même centrale qu'ils occupent , donc qu'ils se tirent dessus ? Il est temps d'éclairc...

le 19/08/2022 à 11:08
Signaler
manipulation russe comme d'hab...c est dans leur adn et histoire politique ...ils vont créer l 'incident/prétexte ...mais la vraie question et dont on attend votre répons @Britannicus : que font les russes sur le territoire ukrainien, pourquoi il...

le 19/08/2022 à 15:36
Signaler
D’un coté les russes qui gèrent cette centrale en bon père de famille, avec des équipes dédiées et professionnelles, et de l’autre les ukrainiens qui ne veulent pas, ne peuvent pas, se voir privés de l’électricité que produit cette centrale, et qui ...

le 19/08/2022 à 16:48
Signaler
@jeff : c'est bien ça, comme vous l'écrivez, les Russes occupent la centrale ; donc ils ne peuvent pas se bombarder eux-mêmes. Pour le reste, cela s'appelle "la guerre". C'est une situation hélas "classique" et horrible, la paix étant cet espace...

le 19/08/2022 à 17:10
Signaler
@jeff "manipulation russe comme d'hab...c est dans leur adn et histoire politique ..." Et les Ukrainiens ont appris des russes pendant des années à pratiquer ces mêmes manipulations.

le 19/08/2022 à 21:18
Signaler
@reponse de BH !!!!des Russes qui gèrent la centrale de Zaporijia en bon père de famille!! Vous fumez quoi? Au cas où vous ne l'aurez pas remarqué ce sont les Russes qui ont attaqué l'Ukraine. Un pays souverain. .

à écrit le 19/08/2022 à 9:51
Signaler
Il est possible (hélas) qu'une destruction partielle de la centrale puisse conduire à une solution plus rapide du conflit. Vu sa position de l'autre côté du Dniepr elle est de toutes façons perdue pour Kiev.

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.