Cuba: l'électricité revient progressivement dans la capitale
latribune.fr
Miguel Diaz-Canel, le président cubain, a averti lors d'une réunion retransmise par le journal télévisé, que tous les auteurs de troubles seront poursuivis « avec la sévérité que les lois révolutionnaires prévoient ».
La moitié des deux millions d'habitants de La Havane, la capitale de Cuba, a de nouveau du courant ce lundi. Mais le reste de la population de l’île est encore privé d’électricité, quatre jours après le début d’une panne géante qui met leur patience à rude épreuve. Le président, Miguel Diaz-Canel, a néanmoins averti que son gouvernement ne tolérerait pas de troubles à l'ordre public.
[Article publié le lundi 21 octobre 2024 à 7h28, mis à jour à 16h49] Le courant revient progressivement à Cuba. Sur les deux millions d'habitants que compte sa capitale, la Havane, la moitié a retrouvé l'électricité. « En ce moment, il y a 172 circuits en service, ce qui représente 317 mégawatts », a déclaré lundi matin (heure locale, soit l'après-midi en France) la compagnie d'électricité de La Havane, citée par le portail d'information officiel Cubadebate, précisant que cela représentait « environ 50% des clients » de la capitale cubaine.
Un ouf de soulagement pour ces habitants mais pas encore pour le reste des 10 millions d'habitants de l'île. Tous ont en tout cas passé une troisième nuit sans courant en raison d'une panne survenue vendredi dans la principale centrale thermoélectrique du pays, qui a entraîné l'arrêt complet du réseau. Le président, Miguel Diaz-Canel, a reconnu dimanche soir, lors d'une réunion retransmise par le journal télévisé, que la situation du système électrique restait « complexe », marquée par une forte « instabilité ». Plus tôt, le gouvernement avait dit espérer rétablir l'électricité lundi soir.
Les autorités ont par ailleurs suspendu les cours et les activités professionnelles essentielles jusqu'à mercredi. Seuls les hôpitaux et les services essentiels pour la population restent opérationnels.
L'État menace contre tout trouble à l'ordre public
Cette panne a provoqué la colère des Cubains. Mais le chef de l'État a joué la carte de la fermeté ce dimanche en avertissant que tous les auteurs de troubles seront poursuivis « avec la sévérité que les lois révolutionnaires prévoient », a-t-il martelé. Miguel Diaz-Canel a déclaré que nombre de ces personnes agissaient « sous la direction des opérateurs de la contre-révolution cubaine depuis l'étranger ».
Dimanche soir, des habitants sont descendus dans la rue dans plusieurs quartiers de La Havane pour exprimer leur mécontentement, selon des photographes de l'AFP. Des dizaines de personnes, dont des femmes avec des enfants dans les bras, sont notamment sorties avec des casseroles dans le quartier de Santo Suarez, criant « Allumez la lumière ». Des barricades de déchets ont également été érigées dans le quartier de Centro. Sur les réseaux sociaux, des internautes ont posté des vidéos faisant état d'une manifestation à Manicaragua (centre), mais l'AFP n'a pu vérifier leur authenticité.
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Plus forte crise depuis 30 ans
Cette panne d'électricité est en tout cas loin d'être inédite sur l'île. Le pays souffre en effet d'une crise énergétique chronique, avec des coupures récurrentes qui, dans certaines régions du pays, ont atteint jusqu'à vingt heures par jour au cours des derniers mois. Jeudi, le président cubain avait annoncé que l'île se trouvait en situation d' « urgence énergétique » face aux difficultés pour acheter le combustible nécessaire à l'alimentation de ses centrales, à cause du renforcement de l'embargo imposé par Washington depuis 1962. À Cuba, l'électricité est produite par huit centrales thermoélectriques vétustes, parfois en panne ou en maintenance, ainsi que par plusieurs centrales flottantes louées à des entreprises turques, et des groupes électrogènes.
Cette panne s'ajoute en outre à des pénuries de nourriture, de médicaments et à une inflation galopante. Si bien que Cuba est confronté à sa pire crise en trente ans. « Les Cubains sont fatigués de tant de choses », se lamente Serguei Castillo, un maçon de 68 ans. « Il n'y a pas de vie ici, ce pays n'en peut plus », ajoute-t-il en colère. « Que va-t-il se passer dans ce pays ? », demande Cuza, une employée du secteur privé de 56 ans, s'interrogeant sur le fait que les autorités n'aient pas pu anticiper cette situation. Et l'ombre d'une amélioration prochaine ne semble pour le moment pas se profiler à l'horizon.
Petit soulagement pour les habitants : l'ouragan Oscar a été rétrogradé dans la nuit de dimanche à lundi en tempête tropicale par le Centre américain des ouragans (NHC). Oscar a touché terre dimanche soir dans l'est de Cuba, alors en ouragan de catégorie 1, avec des vents approchant les 130 km/h, selon le NHC. Il s'est abattu près de la ville de Baracoa, à 21H50 GMT (23H50 heure de Paris). Là, des vagues ont atteint jusqu'à quatre mètres de hauteur sur le front de mer. Des toits et murs des maisons ont été endommagés, des poteaux électriques et des arbres sont tombés, a indiqué la télévision d'État.
« Une forte houle continuera à se produire sur la côte nord des provinces de Guantánamo, Holguin et Las Tunas » dans l'est de l'île, a toutefois averti le Centre de prévision de l'Institut météorologique cubain (Insmet) ce lundi.