Consacrer 2 % de sa richesse nationale au secteur de la défense fait consensus au sein de la grande majorité des pays européens. Mais il n'en va pas de même quand il s'agit de passer à 5 %, comme le veut le président américain Donald Trump.
Notamment du côté de l'Espagne, qui avait, fin 2024, le plus faible taux de dépenses militaires de l'Otan. « De nombreux pays veulent atteindre le seuil de 5 %, nous respectons cela », mais « [nous remplirons] les objectifs qui [nous] sont fixés », à savoir « 2 % », a prévenu la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, lors d'une réunion avec ses homologues de l'Alliance, début juin à Bruxelles.
Si le gouvernement espagnol s'affiche réfractaire, ce n'est pas seulement de sa volonté. « La fragmentation politique rend difficile d'atteindre des accords similaires à ceux d'autres pays », explique Santiago Calvo, professeur d'Économie à l'Université des Hespérides. Le Premier ministre, Pedro Sanchez, doit en effet composer avec le parti d'extrême gauche, Sumar, hostile à la hausse des dépenses militaires. Cette coalition, ébranlée par des scandales de corruption au sein du parti socialiste, pourrait exploser s'il s'alignait sur les exigences de l'Otan.
À cela s'ajoute une « situation délicate » des comptes publics de l'Espagne, indique le chercheur. La dette du pays s'élève à 103,5 % du produit intérieur brut (PIB), soit l'un des niveaux les plus élevés de l'Union européenne — et largement au-dessus des exigences du Pacte de stabilité et de croissance de Bruxelles, qui stipule qu'elle doit être inférieure ou égale à 60 % du PIB.
Le sujet de l'augmentation des dépenses de défense sera au cœur du prochain sommet de l'Otan, qui se tiendra les 24 et 25 juin à La Haye, aux Pays-Bas. Un accord à ce sujet est attendu.
Pour y parvenir, le secrétaire général de l'Alliance, Mark Rutte, a proposé un chiffre global à 5 % du PIB de chaque pays membre, mais sous la forme d'une addition de deux types de dépenses. Il s'agirait de porter le niveau des dépenses militaires à 3,5 % du PIB d'ici 2032 et, dans le même temps, à 1,5 % du PIB toutes celles liées à la sécurité au sens large, comme la protection aux frontières, la mobilité militaire ou encore la cybersécurité.
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Reste que le minimum actuel n'est même pas encore atteint par 8 des 32 membres de l'Alliance. Mais un accord sur une hausse semble s'imposer compte tenu des menaces de Donald Trump. Considérant que le Canada et les pays européens ne dépensent pas assez en matière de défense, le dirigeant américain a exigé qu'ils s'engagent à ce sujet, sous peine de ne plus garantir leur sécurité.
À l'image de l'Espagne, d'autres pays font de la résistance, comme la Belgique. « C'est de l'hystérie collective de considérer qu'il faut faire 5 % », a déclaré samedi dans un entretien au journal Le Soir Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement réformateur, parti de droite parmi les piliers du gouvernement belge. « Arriver à 5 % en cinq ans, pour la Belgique, c'est impossible, ou alors il faut arrêter toutes nos autres politiques », a-t-il appuyé, assurant toutefois que le gouvernement, dirigé par le conservateur flamand Bart De Wever, est prêt à « tous les efforts pour arriver aux 2 % sur le plan militaire ».
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Plus mesuré, le Premier ministre luxembourgeois, Luc Frieden, estime qu'arriver dès aujourd'hui à dépenser 5 % dans la défense est impossible. Il a toutefois indiqué que son pays se ralliera au compromis fixé par les membres lors du sommet de l'Otan, si compromis il y a, comme le relaie le journal Paperjam. De son côté, l'Italie est aussi réticente, estimant avoir besoin de temps.
A contrario, plusieurs pays ont officiellement apporté leur soutien à la hausse des dépenses à 5 %. C'est notamment le cas des Pays-Bas, de l'Allemagne ou encore de la Pologne.
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