L'Otan à 5 % du PIB pour la défense : rêve stratégique ou chimère budgétaire ?
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Le consensus sera difficile entre États-Unis et Europe sur les dépenses de sécurité élargie.
Kacper Pempel
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Le consensus sera difficile entre États-Unis et Europe sur les dépenses de sécurité élargie.
Kacper Pempel
L'ambition est posée sur la table bruxelloise : que les 32 États membres de l'Otan consacrent, d'ici à 2032, un plancher de 5 % de leur richesse nationale à leur défense. Un chiffre choc, surgi des discussions préparatoires au sommet de l'Alliance prévu à La Haye les 24 et 25 juin.
Derrière cette proposition, une double motivation : satisfaire les exigences répétées d'un Donald Trump soucieux de voir les alliés mettre davantage la main à la poche, et répondre à la montée inexorable de la menace russe. Mais la route vers ce seuil s'annonce semée d'embûches.
La proposition du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, dévoile une architecture complexe. Loin d'un simple appel à gonfler les budgets militaires, elle repose sur l'addition de deux paliers distincts. L'objectif central est de porter les dépenses militaires stricto sensu à 3,5 % du PIB dans huit ans. Un effort déjà colossal qui, selon le commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius, représenterait un surcroît de 200 milliards d'euros pour les pays de l'Union européenne membres de l'Otan.
Au-delà de ce défi budgétaire, Mark Rutte a l'ambition que les alliés consacrent 1,5 % supplémentaire de leur PIB à des dépenses de sécurité au sens large. Ce second volet englobe des domaines aussi variés que la protection des frontières, la mobilité militaire et la cybersécurité.
Si cette approche a l'avantage d'intégrer des dépenses à double usage, civiles et militaires, déjà existantes ou planifiées, certains observateurs y voient une manœuvre habile pour rallier les États-Unis sans atteindre un véritable seuil de 5 % de dépenses purement militaires.
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Un « trompe-l'œil » stratégique ? La position de Washington sera déterminante. L'ambassadeur américain auprès de l'Otan, Matthew Whitaker, figure réputée proche de Donald Trump, a semblé la semaine dernière ouvrir la voie à une interprétation extensive des dépenses de sécurité.
Selon lui, l'augmentation des investissements engloberait non seulement les capacités militaires traditionnelles, mais aussi des aspects cruciaux tels que la mobilité, les infrastructures et la cybersécurité. « Cela va bien au-delà des missiles, des chars et des obusiers », a-t-il insisté.
Reste à connaître la position définitive du président américain, attendu avec attention au sommet de La Haye. Son silence actuel laisse planer une incertitude qui pourrait bien modeler l'issue des discussions.
L'atteinte des 2 % de dépenses militaires, fixée comme objectif en 2014, révèle déjà un paysage européen contrasté. Fin 2024, seuls 22 pays de l'Otan avaient franchi ce seuil.
Des nations comme la Slovénie, l'Espagne ou la Belgique accusent encore un retard, même si elles affichent leur intention de combler cet écart cette année. L'Italie, qui vient d'annoncer avoir atteint les 2 %, se montre prudente face à l'objectif des 5 %, plaidant pour « du temps » et insistant sur l'« importance » des dépenses de sécurité au sens large. Seule la Pologne, avec un effort de défense déjà conséquent de 4,7 % de son PIB, se positionne comme un élève modèle, ambitionnant d'atteindre les 5 % dès l'année prochaine, à l'instar des pays baltes.
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La France, avec ses 2 % actuels et sa promesse d'atteindre 3,5 % « dans les années qui viennent », semble prête à jouer le jeu, son ministre des Affaires étrangères évoquant même la faisabilité de l'objectif des 1,5 % pour la sécurité élargie. L'Allemagne, moteur économique de l'Europe, a quant à elle assuré être disposée à « suivre » la direction impulsée par Donald Trump.
(Avec AFP)
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