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Startups : pourquoi les femmes lèvent deux fois moins d’argent que les hommes

Photo de Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

Publié le 01 mars 2017 à 13:05 - Mis à jour le 03 mars 2017 à 07:06

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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Selon le baromètre 2017 réalisé par l’association StartHer avec KPMG, les startups dirigées par des femmes ont levé 126,6 millions d’euros en 2016 en France. C’est mieux qu’en 2015 (+84%) mais cela ne représente que 7% du montant total et 13% des levées. Comment rendre la tech plus paritaire ?

Certains clichés ont la vie dure. Notamment celui du profil du startuppeur, qui est souvent un homme, blanc, trentenaire et CSP+. Sans surprise, l'analyse des levées de fonds en France en 2016, menée par l'association StartHer (anciennement Girls in Tech) avec le cabinet d'audit KPMG dans le cadre de leur baromètre annuel publié mercredi 1er mars, tend à confirmer que la parité dans le milieu de la tech reste, en 2017, un combat de longue haleine.

Sous-représentées en général dans le milieu technologique, que ce soit dans les écoles d'ingénieurs et aux manettes d'une startup (en 2016, seules 8% des startups en France étaient créées ou dirigées par des femmes, un chiffre en baisse), les femmes sont mécaniquement moins présentes au moment de lever des fonds. Sur 100 levées réussies en 2016, seules 13 correspondent à une startup dirigée par une femme (15 en 2015). Mais si le montant des fonds levés est en augmentation par rapport à l'année précédente (126,6 millions d'euros, +86%), les femmes ne rattrapent toujours pas leur retard sur leurs homologues masculins. Car ces 126 millions ne représentent que 7% du montant total. La faute à un ticket moyen d'à peine 1,8 million d'euros, contre près du double pour les hommes (3,5 millions). D'ailleurs, si les femmes ont davantage levé en 2016 qu'en 2015, la progression est moins rapide que celle du marché global.

Le crowdfunding prisé par les startuppeuses

Cette inégalité pousse les femmes à se tourner vers d'autres canaux de financement que les traditionnels « VC ». Ainsi, deux plateformes de financement participatif (crowdfunding) se placent cette année dans le Top 5 des investisseurs les plus actifs pour soutenir l'entrepreneuriat féminin. Sowefund a réalisé 60% de ses tours de financement avec des entreprises dirigées par des femmes, et Wiseed 29%.

« En désintermédiant le processus de financement à un grand nombre, les plateformes de crowdfunding s'adressent à des profils d'investisseurs plus diversifiés que les acteurs traditionnels du financement early-stage, qui sont majoritairement dirigés par des hommes », écrit l'étude.

Autre fait intéressant : le réseau Femmes Business Angels, composé uniquement de femmes investisseuses, est l'acteur qui a le plus investi en 2016 dans les startups féminines.

«Il y a même une très large sur-représentation des startups dirigées par des femmes dans leurs choix d'investissements. Cela montre que les biais sont aussi forts pour les investisseurs hommes que pour les femmes : on a tendance à investir dans des profils qui nous ressemblent», décrypte Audrey Soussa, auteure du baromètre et investisseuse chez le fonds Ventech.

Les femmes plus terre-à-terre que les hommes face aux investisseurs

Pas de quoi se réjouir, donc. Seules trois startups dirigées par une femme ont levé plus de 10 millions d'euros : le service de livraison de repas à domicile Frichti (12 millions), le logiciel dédié à l'expérience client Splio (11 millions) et la plateforme d'e-commerce Afrimarket (10 millions). Le faible ticket moyen s'explique aussi par le fait que 47% des levées de fonds féminines concernent des startups en phase d'amorçage, où les montants récoltés sont plus faibles (626.000 euros levés en moyenne), tandis que 41% des opérations sont des premiers tours de table, 9% des deuxièmes tours, et 3% des troisièmes tours.

«La différence au niveau du ticket moyen est toujours la même : quel que soit le degré de maturité de la startup, les femmes lèvent environ moitié moins que les hommes», explique Audrey Soussan.

S'agit-il d'une discrimination, d'une réticence des investisseurs -eux aussi quasi-exclusivement des hommes- à financer des projets portés par des femmes ? Si certaines entrepreneures ont déjà témoigné du sexisme conscient ou inconscient qu'elles rencontrent au moment de demander des fonds, les témoignages de la plupart des femmes qui ont levé en 2016 indiquent qu'elles ont obtenu ce qu'elles souhaitaient.

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«Les femmes ne sont pas victimes d'une volonté empêchée de lever davantage. Les comportements dans la tech sont genrés, il ne faut pas le nier. Les femmes sont simplement plus pragmatiques que les hommes, peut-être plus rigoureuses dans leur business plan, elles demandent et obtiennent en général juste ce dont elles ont besoin», affirme Audrey Soussan.

Caroline Ramade, la directrice générale de l'incubateur Paris Pionnières (voir son interview ici), va un peu plus loin. Elle estime que la différence entre les hommes et les femmes sur le montant moyen du ticket s'explique par les codes de l'entrepreneuriat :

« La tech est un milieu très masculin qui promeut des valeurs et des codes associés à la masculinité, comme la culture du risque, le pitch agressif, le discours devenu un cliché qui consiste à dire qu'on va conquérir le monde, ou encore le fait de demander plus que ce que l'on souhaite vraiment. Les femmes sont moins imprégnées de cet état d'esprit »

Les femmes sur-représentées dans le e-commerce... et, surprise, dans les biotech

L'analyse des levées de fonds dans les différents secteurs d'activité n'échappe pas aux idées reçues. Ainsi, les startuppeuses sont sur-représentées dans le e-commerce, qui concentre 59% des levées féminines de 2016. Logique : il y a moins de barrières technologiques à l'entrée dans le e-commerce, c'est donc un secteur que privilégient les femmes entrepreneures, qui sont sous-représentées dans les écoles d'ingénieurs mais dominantes dans les écoles de commerce. A l'inverse, aucune startup qui a levé des fonds en 2016 dans le secteur des matériaux, des matières premières et de l'énergie n'était dirigée par une femme.

[Un graphique de notre partenaire Statista]

Mais il y a aussi quelques surprises. Les femmes sont ainsi sur-représentées dans deux secteurs très masculins : les biotech et l'électronique/informatique (respectivement 13% et 17% des levées sont féminines, contre 7% dans l'ensemble). « On assiste à un renouvellement générationnel. Maintenant que l'écosystème est plus mature, on voit davantage de femmes créer leur société ou diriger des startups dans le hardware, dans tous les pays », confirme Barbara Belvisi, la cofondatrice du Hardware Club. Même logique dans les biotech. « Il y a énormément de femmes chercheures et médecins de très haut niveau », ajoute Audrey Soussan.

De plus en plus de réseaux féminins et de « role models »

Comment rendre le milieu de la tech plus paritaire ? Sur le terrain, de nombreux acteurs (et actrices) travaillent d'arrache-pied pour inciter les femmes à entreprendre et à investir. L'incubateur Paris Pionnières, créé en 2006, a déjà aidé plus de 200 startups créées ou dirigées par des femmes à se lancer, et a mis au point plusieurs programmes pour casser les freins à l'innovation féminine. Des réseaux, comme StartHer du côté des startus ou Femmes Business Angels du côté des investisseurs, promeuvent l'entrepreneuriat féminin, tout comme de nombreux événements, à commencer par la Journée de la femme digitale du 9 mars, ou encore Les EntrepreneurEs de la Niaque, un événement organisé par La Tribune en décembre dernier.

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Toutes ces initiatives ont le même but : pousser les femmes à s'impliquer, valoriser celles qui ont réussi, et créer des « role models » pour la nouvelle génération. Pour l'heure, seule une dizaine de femmes détiennent  des postes de dirigeants dans les fonds d'investissements français, dont Marie Ekeland, cofondatrice de France Digitale et du fonds Daphni, lancé en 2016 (voir son interview ici). Marie Ekeland fait partie des rares "role models" de la high tech française, avec Fleur Pellerin, qui a quitté la politique pour monter son propre fonds, Korelya Capital, ou encore Axelle Lemaire, qui vient de démissionner de son poste de secrétaire d'Etat au Numérique et à l'Innovation. Un travail de longue haleine.

Sylvain Rolland

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