Donald Trump : trois questions sur les conséquences de sa (possible) victoire

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Le milliardaire Donald Trump se dit désormais convaincu de sa victoire : nous allons gagner en novembre, nous allons gagner gros et ce sera l'Amérique d'abord, a-t-il lancé dans un discours après avoir remporté la primaire de l'Indiana mardi.
Le milliardaire Donald Trump se dit désormais convaincu de sa victoire : "nous allons gagner en novembre, nous allons gagner gros et ce sera l'Amérique d'abord", a-t-il lancé dans un discours après avoir remporté la primaire de l'Indiana mardi. (Crédits : © Lucas Jackson / Reuters)
Alors que le magnat de l’immobilier est désormais seul en lice pour l’investiture du Parti républicain, le scénario de son élection à la Maison Blanche - jugé totalement improbable sinon fantaisiste il y a quelques mois - commence à être pris très au sérieux. Mais les déclarations de Donald Trump inquiètent et laissent planer le doute sur ses conséquences en cas de victoire. Revue de détail des trois dossiers de politique étrangère à l’avenir incertain.

1) Relations entre Pékin et Washington: de l'huile sur le feu

Dimanche 1er mai, en meeting à Fort Wayne dans l'Indiana, Donald Trump réitère une énième fois ses attaques contre sa cible favorite, l'Empire du milieu, affirmant que les Etats-Unis ne pouvaient « plus continuer de laisser la Chine violer notre pays ».

D'ordinaire silencieux malgré les attaques répétées, Pékin réagit par la voix de son porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, en appelant les Américains à la raison. Mercredi, Hong Lei déclarait ainsi:

"Nous espérons que les gens dans tous les secteurs pourront analyser cette relation de façon rationnelle et objective".

Dont acte. En avril, le ministre chinois des Finances, Lou Jiwei -connu pour son franc-parler- avait jugé que Donald Trump était un homme « du type irrationnel », dans un entretien accordé au Wall Street Journal.

Dans son programme économique, l'homme d'affaires propose de taxer jusqu'à 45% les importations chinoises, et martèle que la Chine mène une guerre économique. Et peu importe qu'un tel scénario soit réalisable ou non, le discours pour remettre les Etats-Unis sur le devant de la scène internationale fonctionne: le candidat enchaîne les victoires - dernière en date, celle remportée dans l'Indiana, le mardi 3 mai.

2) Nucléaire iranien: la menace d'un détricotage de l'accord

Si, après plus de dix ans de négociations, un accord sur le nucléaire iranien a été signé le 14 juillet 2015, son avenir pourrait - en raison des orientations prises par Donald Trump- devenir incertain. Le 21 mars, devant la convention annuelle du puissant lobby juif Aipac, le candidat à la Maison Blanche affirme que sa "priorité numéro un" sera "de démanteler l'accord catastrophique avec l'Iran". Dans un entretien accordé au Washington Post, il estime que cet accord est "une des pires choses que j'ai jamais vu négocier", déplorant alors lui aussi -comme le camp républicain- la "naïveté" de l'administration Obama en matière de politique iranienne.

Certes, la stratégie vise dans un premier temps à récolter des voix et à plaire à son auditoire, mais aussi à rassurer Israël, allié traditionnel des Etats-Unis. Toutefois, ces déclarations en disent long sur les intentions de Trump et son absence de tact en matière de diplomatie. Et si l'accord de Vienne est entré en vigueur le 16 janvier, un certain nombre de sanctions de Washington contre l'Iran demeurent. A ce jour, les relations sont donc encore loin d'être normalisées.

     | A lire aussi : Tout savoir sur l'accord sur le nucléaire iranien

Dans son classement d'avril 2016 consacré aux menaces pour l'économie mondiale, The Economist considère la victoire de Donald Trump comme un risque tout aussi inquiétant (12 sur 20) que la montée du terrorisme islamiste.

The Economist

3) TTIP-Tafta: le partenariat transatlantique envoyé aux oubliettes ?

Contrairement à ce qu'il avait été initialement annoncé en 2013, il est désormais peu probable qu'un accord sur le TTIP (ou Tafta) soit trouvé avant la fin du mandat de l'administration Obama. Sans grande surprise, le milliardaire américain (héritier en réalité) a fait connaître dès le début de sa campagne son aversion pour la mise en place d'un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l'Union européenne. Trump a choisi d'user de la rhétorique protectionniste.

Toutefois, le sujet rassemble sur l'échiquier politique. Ainsi, son adversaire démocrate Hillary Clinton se dit opposée à un tel accord, après l'avoir pourtant soutenu quand elle était secrétaire d'Etat à la Maison Blanche. Le thème convainc aussi les électeurs. En 2014, 53% des Américains se disaient favorables au TTIP. Mais, aujourd'hui, ils ne sont plus que 18%, selon un récent sondage YouGov.

     | A lire aussi (en anglais): Retranscription de l'entretien entre Donald Trump et le comité éditorial du "Washington Post(mars 2016)

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Commentaires
a écrit le 09/05/2016 à 5:44 :
Deux choix possibles: soit il est investit à la course à la Maison Blanche et fait gagner les Clintons, soit il est élu, et il ne fera pas grand chose de son bouillonnant boulbiboulga électoraliste, pris dans les méandre du Congrès, qui ne déclenchera pas de guerre commerciale, ni votera un détricotage des l'accord sur le nucléaire Iranien. Quant au traité transAtlantique, l'Europe n'en veut pas. Point.
a écrit le 08/05/2016 à 14:13 :
Donald Trump a dit beaucoup de choses et leur contraire. Nous n'en sommes qu'aux primaires qui sont d'abord destinées à faire connaître les candidats. Trump n'a encore rassemblé la majorité des votants républicains, seule voie pour faire plier les tenants du parti. Restant en piste après la démission des 9 autres, il doit dès maintenant montrer sa dimension d'homme d'état. A suivre!
Réponse de le 08/05/2016 à 20:46 :
@Boule: ils étaient 17 au départ, et pas 9. La politique, c'est pas la dimension d'homme d'état, mais la manipulation électorale. Exemple de cette année: Sanders a plus de voix que Clinton, mais comme on compte les délégués (et notamment les super délégués), Clinton est largement en tête. Ce qui me donne une magnifique occasion de te demander de saluer pour moi Bill, Boule :-)
a écrit le 08/05/2016 à 10:59 :
@ BONJOUR ; Cet individu.... trompette est dangereux pour la sécurité du monde et bien entendu notre président normal va lui emboiter le pas, n'est il pas e caniche des américains ! si clairon est élu président des U.S.A. et notre président normal réélu dans moins d'un an la FRANCE sera en guerre au coté des américains........
a écrit le 07/05/2016 à 19:09 :
Dans nos sois -disante démocraties quand on aime pas quelqu'un on le fait savoir par tous les moyens .....en fait une démocratie à la tête du candidat , pas de chance Mr Trump vous n'avez pas la tête de l'emploi ! Mais il faut reconnaitre que vous n'êtes pas si nul car votre parcours au primaire est semble t'il un succès.
a écrit le 07/05/2016 à 17:20 :
Vous êtes certains de votre coup pour le n°2 La Tribune? Il me semble qu'au contraire il a annoncé qu'il ferait tellement fliquer l'Iran dans le cadre de l'accord qu'ils n'auront aucune marge. cf: "Donald Trump Would Not Rip Up The Iran Deal", c'est même le seul candidat Républicain à avoir pris cette position.
a écrit le 07/05/2016 à 16:59 :
Ces trois problèmes n'en sont pas vraiment, du moins pour nous

Par conte, ne parlez pas de l’abandon des lois fédérales pour la protection de l'environnement, ça n'est pas vraiment un gros problème....

Quel article pro libéralisme décevant.
a écrit le 07/05/2016 à 16:55 :
C'est vrai que vouloir conserver les emplois dans son pays cela paraît stupide à trop de personnes qui nous gouvernent et font l'opinion mais qui ont un travail (et bien rémunéré)... Quant au dossier du nucléaire iranien, le retour du pétrole iranien sur le marché pose d'énormes problèmes à toute la planète... Enfin, l'attitude de fermeté à avoir face à l'arrogance croissante de la Chine (voir les Spratley..) est dénoncée par ceux-là mêmes qui ont tant fustigé les européens de s'incliner devant les revendications de l'Allemagne à la fin des années 30... Dans le fond, il est bien ce TRUMP.
a écrit le 07/05/2016 à 9:57 :
Quel bel article ! Le petit soldat de l'oligarchie à vraiment bien travaillé.
On espère une récompense bien méritée pour son zèle et son conformisme irréprochable.
A donner en exemple à suivre dans les meilleures écoles de journalistes de France... et de Corée du Nord.
Réponse de le 08/05/2016 à 11:36 :
+ 1000
a écrit le 07/05/2016 à 9:46 :
Il est arithmétiquement impossible que
Trump soit élu avec l'ensemble des minorités (noirs, latinos, juifs, asiatiques, musulmans, gays, amérindiens, bobos des grandes métropoles de la côte est et ouest...) qui représentent près de la moitié de l'électorat qui lui sont défavorables.
Réponse de le 07/05/2016 à 12:59 :
@juv: sauf que la politique, ce n'est pas de l'arithmétique :-) En France par exemple, aucun quidam n'obtient plus de 20 à 25 % des voix des inscrits au 1er tour, et pourtant, quand ce quidam est élu il fait ce qu'il veut parce qu'au 2e tour on vote contre l'autre et on donne ainsi une légitimité à quelqu'un qui ne représente qu'une monorité (son parti et quelques illuminés à qui on a promis la lune).
a écrit le 06/05/2016 à 19:30 :
1) il faut en effet arrêter le dumping chinois qui détruit nos économies. 2) le détricotage de l'accord avec l'Iran est improbable, car les relations aussi bien avec les Saoudiens qu'avec les Juifs sont eu plus bas. 3) le TTIP est plus largement favorable aux US qu'à l'Europe dans sa version actuelle. A suivre donc :-)
a écrit le 06/05/2016 à 19:04 :
Avec lui "le mondialisme" aura une autre définition que celle d'aujourd'hui, ce sera le retour des souverainetés et la fin du colonialisme US!

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