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Donald Trump, les raisons d'une fulgurante ascension

Photo de Les correspondants de La Tribune

Marie-Cécile Naves

Publié le 02 mars 2016 à 15:00 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:07

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Déjouant les pronostics de nombreux commentateurs, Donald Trump enchaîne les victoires dans les primaires. Une ascension pas encore irrésistible. Par Marie-Cécile Naves, Chargée de cours à Audencia Business School (Management du sport, sport et RSE), Audencia Nantes

Donald Trump est le cauchemar d'un Parti républicain désormais au pied du mur. Après le New Hampshire et la Caroline du Sud, le magnat de l'immobilier vient de remporter, avec plus de 20 points d'écart sur ses deux concurrents directs, Marco Rubio et Ted Cruz, le caucus du Nevada. Sa troisième victoire d'affilée. Cette ascension, qui n'est pas (encore) irrésistible, tient à trois raisons.

Un populiste décomplexé

La première est que Trump a su admirablement miser sur la fracture grandissante entre les élites politiques, économiques et intellectuelles, d'un côté, et la base de l'électorat conservateur, de l'autre. Son discours anti-Washington séduit les classes populaires blanches, au capital culturel faible, qui n'ont pas bénéficié des fruits de la croissance économique et qui, même si elles ne sont pas nécessairement au chômage, n'arrivent pas à joindre les deux bouts.

Trump, du moins en apparence, ne défend pas les « gros », le monde des affaires, au contraire de Mitt Romney en 2012. En apparence, car il est évident que le businessman qu'il n'a jamais cessé d'être ne se range pas dans la catégorie des multinationales qu'il critique sans désemparer. Il fustige Wall Street, la spéculation financière et, plus que ses concurrents qui en ont aussi fait leur adversaire, le crony capitalism (capitalisme de connivence) entre le big business et le champ politique. Son populisme décomplexé - il n'hésite pas à user de formules vulgaires et violentes - lui permet de séduire des militants de tous horizons : évangélistes, mormons, ruraux, urbains, etc.

Il est clair qu'à l'instar de tous les observateurs de la vie politique américaine, le Parti républicain a sous-estimé le phénomène Trump. Or cette négligence témoigne, elle aussi, de la rupture entre le peuple et les élites. Point de think tank ni d'économiste pour conseiller le candidat. Il n'a pas de compte à rendre à des financeurs, groupes d'intérêts ou autres corps intermédiaires.

Et ce qui est stupéfiant pour le Grand Old Party, c'est que ce dernier avait su neutraliser le poison du Tea Party pour les élections de mi-mandat de novembre 2014 : la sélection drastique des candidats aux postes de sénateurs, représentants ou gouverneurs, et le média training pour éviter les « petites phrases » dévastatrices sur les femmes, les homosexuels ou les minorités s'étaient alors révélés payants. Rien de tout cela ne suffirait à contrer, aujourd'hui, la lame de fond Trump... à ceci près que les primaires et les caucus n'ont que peu à voir avec une élection générale.

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Un fervent protectionniste

Le deuxième facteur de la popularité du milliardaire est que le Parti républicain est très divisé sur plusieurs sujets. En témoigne la pléthore de candidats à l'investiture, qui a sans doute servi Trump tant le contraste est grand entre celui-ci et ses rivaux.

La lutte contre les inégalités socio-économiques en est un exemple. Ce thème s'est imposé sur l'agenda politique américain il y a un peu plus d'un an. Néanmoins, l'obsession de certains leaders conservateurs pour la réduction de la dette et du déficit fédéraux les a conduits à défendre un programme ultralibéral en la matière consistant à diminuer l'ensemble des aides sociales. Ces idées, déjà portées en 2012 par Mitt Romney et Paul Ryan, son colistier, avaient joué en leur défaveur. En effet, nombre d'électeurs républicains sont directement concernés, soit parce qu'ils ont été victimes de la crise économique de 2008, soit parce qu'ils ont plus de 65 ans et bénéficient de la Social Security (retraites) et de Medicare (assurance-santé).

Or Donald Trump se vante - sans expliquer comment il le finance mais personne ne le lui demande à ce stade - d'avoir un programme social : il entend abaisser le prix des médicaments, lutter contre le phénomène des sans-abri, réformer la fiscalité en faveur des petits contribuables, protéger les salariés américains des délocalisations, etc.

Tous les candidats à l'investiture républicaine sont favorables à une simplification de la fiscalité et à une baisse des impôts. Mais Trump va plus loin : il propose une hausse de l'imposition des gestionnaires de fonds d'investissement par une limitation drastique de leurs possibilités de déductions fiscales, et il annonce pouvoir ramener à trois, au lieu de sept actuellement, le nombre de tranches de l'impôt sur le revenu. Ces trois nouveaux seuils seraient de 10, 20 et 25 % (la tranche la plus élevée est aujourd'hui au taux de 39,6 %).

Il promet ainsi d'éliminer l'impôt fédéral pour 73 millions de foyers américains. Mais il n'oublie pas les petits entrepreneurs : il envisage une baisse du taux maximum d'imposition sur les sociétés à 15 %, contre 35 % aujourd'hui. Les bénéfices réalisés à l'étranger seraient taxés au taux unique de 10 %, afin que les entreprises soient encouragées à rapatrier leurs bénéfices aux États-Unis.

Trump, qui est un fervent protectionniste, souhaite aussi augmenter les taxes sur les importations de produits manufacturés et a qualifié l'ALENA de « désastre ». Selon lui, la Chine et le Mexique ont provoqué la destruction de millions d'emplois aux États-Unis.

Il est fortement critiqué sur le fait que ses propositions conduiraient à une forte réduction des revenus de l'État fédéral à court terme, et à un accroissement du déficit. Cependant, que les organismes de réflexion et les experts jugent son projet économique et fiscal fantaisiste ou comme favorisant in fine les plus aisés, Trump n'en a cure : il peut même récupérer la critique à son compte et parler de complot contre lui et contre les intérêts du peuple...

La nostalgie d'une Amérique blanche et protestante

En lien avec ce qui précède, la troisième raison du succès actuel de Trump, et non démenti depuis l'été 2015, est que l'identité est un thème majeur de cette campagne. Il incarne, mieux que tous ses rivaux, la nostalgie d'un âge d'or de l'Amérique blanche et protestante. Cette Amérique qui est dans le déni des bouleversements démographiques - d'ici 30 ans, les Blancs caucasiens seront minoritaires -, qui craint la mondialisation économique et culturelle, la colorisation des élites dont Obama est l'incarnation parfaite et honnie, le multiculturalisme, et bien sûr l'islam, assimilé au terrorisme.

Les propositions de Trump sont ahurissantes sur l'immigration : outre la construction d'un mur le long de la frontière mexicaine - financé par le Mexique -, il entend expulser 11 millions d'illegals, qu'il accuse de confisquer les emplois des Américains, de tirer les salaires vers le bas - alors qu'il font marcher toute une partie de l'économie américaine -et de renforcer le métissage. Ce « programme » rencontre un vif succès dans les classes populaires et la petite classe moyenne blanche et conservatrice qui, au contraire du monde des affaires et de nombreux cadres du parti, ne voient pas l'immigration comme une richesse.

Il faut sans doute ajouter à tout cela la couverture médiatique extraordinaire et continue dont Donald Trump a bénéficié depuis 8 mois, et qu'il doit à ses formules provocatrices et à ses idées saugrenues. Nombreux sont ceux qui déplorent la non-dénonciation, par les grandes chaînes de télévision et de radio, de ses propos racistes, misogynes et socialement clivants. Néanmoins, on ne peut imputer aux seuls médias son succès dans la course à l'investiture.

Ses opposants doivent désormais s'unir pour espérer le contrer. Ce ne sera pas chose aisée car Cruz et Rubio restent des adversaires ; ils sont par exemple en désaccord complet sur l'immigration. La balle est dans le camp des instances dirigeantes du Parti républicain : il peut agir maintenant dans chaque primaire et caucus restant, faire battre Trump lors de la Convention nationale en juillet, ou bien s'en remettre à la décision populaire. Le président du comité national du parti, Reince Priebus, a affirmé que le GOP (Grand Old Party) soutiendrait le vainqueur, quel qu'il soit, et qu'il n'y avait pas de risque de division partisane. On a, à ce stade, encore du mal à le croire.

L'auteure a récemment publié « Le nouveau visage des droites américaines. Les obsessions, morales, raciales et fiscales des États-Unis » (FYP, 2015).

The Conversation
The Conversation (Crédits : Photo DR)

Par Marie-Cécile Naves, Chargée de cours à Audencia Business School (Management du sport, sport et RSE), Audencia Nantes

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Marie-Cécile Naves

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