Droits de douane : la recette de Pékin pour contrer la politique de Trump
latribune.fr
Un yuan affaibli pourrait aider la Chine à atteindre un objectif de croissance économique ambitieux de 5 % et lutter contre la déflation en augmentant les revenus des exportations.
La Chine pourrait permettre une dépréciation contrôlée de sa monnaie, le yuan, afin de soutenir son économie en 2025. Objectif, résister à la hausse des tarifs douaniers sur les produits chinois, promise par Donald Trump.
La Chine anticipe l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, prévue le 20 janvier. Et son intention d'imposer une taxe de 60% spécifiquement sur les produits chinois. Selon Reuters, pour limiter les effets néfastes de cette décision, la deuxième économie mondiale pourrait affaiblir sa monnaie, le yuan, et ainsi rendre les exportations chinoises plus compétitives sur le marché mondial.
D'après des sources proches des discussions, la banque centrale de l'ex-Empire du milieu (People's Bank of China, PBOC) pourrait envisager un taux de change atteignant 7,5 yuans pour un dollar, soit une dépréciation de 3,5% par rapport au niveau actuel. Une telle mesure stimulerait également la liquidité en assouplissant les conditions monétaires.
Autoriser la dépréciation du yuan l'année prochaine s'écarterait de la pratique habituelle qui consiste à maintenir le taux de change stable, ont déclaré les sources. Le yuan est autorisé à varier de 2% de part et d'autre d'un point médian quotidien fixé par la banque centrale.
Le China Finance 40 Forum, un groupe de réflexion chinois de premier plan, a suggéré la semaine dernière dans un document que la Chine abandonne temporairement l'ancrage du yuan au dollar américain pour le lier à la valeur d'un panier de monnaies autres que le dollar, en particulier l'euro, afin de garantir la flexibilité du taux de change en période de tensions commerciales.
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A terme, un yuan affaibli pourrait aider la Chine à atteindre un objectif de croissance économique ambitieux de 5% et lutter contre la déflation en augmentant les revenus des exportations. En novembre, l'indice des prix à la consommation n'a en effet progressé que de 0,2% sur un an, contre 0,3 % en octobre, selon le Bureau national des statistiques (BNS). Ce ralentissement, en deçà des attentes des économistes sondés par Bloomberg (+0,4 %), reflète une consommation domestique toujours atone.
Une stratégie risquée ?
La Chine a aussi vu ses exportations gonfler de façon moins robuste que prévu en novembre. Le mois dernier, les ventes de produits et services chinois à l'étranger ont augmenté de 6,7% sur un an, selon les chiffres en dollars publiés par les douanes. Il s'agit du huitième mois consécutif de progression après un repli en mars, mais à un rythme très inférieur à celui d'octobre (+12,7%) et bien moindre que les attentes d'analystes sondés par l'agence Bloomberg (+8,7%).
Laisser filer le yuan comporte au sa part de risques :« Si la Chine utilise trop agressivement la dévaluation de sa monnaie, cela pourrait provoquer un effet domino parmi ses partenaires commerciaux, ce qui n'est pas dans son intérêt »,expliqueFred Neumann, économiste en chef pour l'Asie chez HSBC.
Les Etats-Unis « réagiront fermement » si des pays tentent de manipuler leur monnaie pour en tirer un avantage concurrentiel, a prévenu la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, mercredi. S'exprimant dans une interview accordée à Bloomberg Television, Janet Yellen a ajouté que de telles interventions sur le marché n'avaient pas pour le moment été constatées.
Lors du premier mandat de Trump, entre 2018 et 2020, le yuan avait perdu plus de 12% de sa valeur face au dollar, alimentant une escalade des tensions commerciales. Depuis 2022, la devise chinoise est sous pression, affaiblie par une économie en ralentissement et une baisse des investissements étrangers. À cela s'ajoutent les taux d'intérêt élevés aux États-Unis, qui rendent le yuan moins attractif. Les prochains jours seront décisifs, alors que les objectifs économiques de l'année 2025 seront discutés lors de la conférence annuelle du Comité central pour le travail économique (CEWC).