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Bangladesh : le futur dirigeant du gouvernement, Muhammad Yunus, appelle au calme

latribune.fr

Publié le 07 août 2024 à 11:31 - Mis à jour le 07 août 2024 à 13:02

Photo d'illustration de Muhammad Yunus.

Photo d'illustration de Muhammad Yunus.

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La présidence du pays a appelé, mardi soir, le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus à diriger un gouvernement intérimaire. Une demande acceptée par l'économiste de 84 ans qui a appelé l'armée et les manifestants au calme ce mercredi.

[Article publié le mardi 06 août 2024 à 11h31 et mis à jour le mercredi 7 août à 15h02] « Je lance un appel vibrant à tout le monde afin de garder son calme. Je vous demande de vous abstenir de toute forme de violence (...) Soyez calmes et prêts à reconstruire le pays. Si nous empruntons la voie de la violence, tout sera détruit. » Voilà donc les premiers mots exprimés ce mercredi par Muhammad Yunus, prix Nobel appelé mardi soir par la présidence pour diriger un gouvernement intérimaire. Ce dernier doit prêter serment jeudi.

« J'ai hâte de rentrer à la maison, voir ce qu'il s'y passe et comment nous pouvons nous organiser pour sortir des problèmes dans lesquels nous sommes », a-t-il seulement déclaré à des journalistes en arrivant à l'aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. L'économiste de 84 ans a ensuite embarqué pour un vol à destination de Dubaï, où il fera escale avant d'arriver au Bangladesh. Il arrivera jeudi dans la capitale bangladaise à 14h10 (10h39 heure de Paris), selon son bureau.

«Il est essentiel que la confiance dans le gouvernement soit restaurée rapidement (...) Nous avons besoin de calme, nous avons besoin d'une feuille de route pour de nouvelles élections et nous devons nous mettre au travail pour préparer un nouveau leadership » a-t-il indiqué dans un entretien au Financial Times, précisant ne pas chercher à être élu ou nommé au-delà de la période intérimaire.

Il a ensuite déroulé son programme : « Dans les prochains jours, je m'entretiendrai avec toutes les parties concernées sur la manière dont nous pouvons travailler ensemble à la reconstruction du Bangladesh et sur la manière dont elles peuvent nous aider ». Sa prise de parole arrive au moment où les tensions sont au plus fort entre l'armée bangladaise et les manifestants qui ont chassé l'ancienne Première ministre du pays, Sheikh Hasina, lundi.

Lire aussiBangladesh : la Première ministre chassée du pouvoir, tout comprendre aux manifestations meurtrières

Le prix Nobel de la Paix Muhammad Yunus mènera un « processus démocratique » au Bangladesh lorsqu'il y arrivera pour diriger un gouvernement intérimaire, a déclaré le chef de l'armée, le général Waker-Uz-Zaman. « Il est très impatient de le faire », a martelé l'officier dans un discours télévisé à la nation. « Je suis certain qu'il sera capable de nous mener vers un beau processus démocratique dont nous tirerons les bénéfices », a-t-il ajouté.

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Mardi, le nom de Muhammad Yunus se dégageait d'ores et déjà tout au long de la journée. « Nous faisons confiance au Dr Yunus », a écrit sur Facebook Asif Mahmud, l'un des principaux dirigeants du collectif Students Against Discrimination (Etudiants contre la discrimination), à l'origine des manifestations. Avant sa nomination, le président du Bangladesh Mohammed Shahabuddin a dissous mardi le Parlement, selon un porte-parole de la présidence, donnant satisfaction aux étudiants protestataires.

Muhammad Yunus, le « banquier des pauvres »

Surnommé le « banquier des pauvres », l'octogénaire est connu pour avoir sorti des millions de personnes de la pauvreté grâce à sa banque de microfinance pionnière en la matière. « Lors d'un épisode de famine qui touche le Bangladesh en 1974, Muhammad Yunus décide d'accorder, sur ses propres économies, des prêts à long terme à des porteurs de projets pauvres, qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques, peut-on lire sur le site du ministère de l'Economie français. Il développe cette première expérience de microcrédit à plus grande échelle, via la création de la Grameen Bank (littéralement « banque des villages »), qui devient un véritable établissement bancaire en 1983 ».

En 2006, Muhammad Yunus et la Grameen Bank sont d'ailleurs récompensés : ils reçoivent le prix Nobel de la paix pour « leurs efforts à faire naître le développement économique et social de la base ».

Si l'entrepreneur bangladais apparaît comme une véritable figure dans le pays, il s'est attiré l'inimitié persistante de la Première ministre. Cette dernière l'a accusé de « sucer le sang » des pauvres. En début d'année, elle l'avait même évincé de deux entreprises qu'il avait créées. L'économiste faisait également l'objet de plus d'une centaine d'autres accusations concernant des violations supposées du droit du travail et des allégations de corruption.

Les manifestants ont envahi le Parlement

La situation au Bangladesh reste fragile. Après l'allocution du général Waker-Uz-Zaman annonçant la démission de la Première ministre, des millions de Bangladais avaient envahi les rues de Dacca pour fêter la nouvelle lundi dernier. Juste avant, la capitale était en proie à des scènes de chaos, provoquant la mort de 109 personnes, d'après un décompte de l'AFP.

Les manifestants ont envahi lundi le Parlement, incendié des chaînes de télévision pro-gouvernementales et brisé des statues du père de la Première ministre, Sheikh Mujibur Rahman, héros de l'indépendance du pays. Les bureaux de la Ligue Awami, le parti de Sheikh Hasina, ont été incendiés et pillés à travers le pays, ont indiqué des témoins à l'AFP.

De telles scènes étaient inenvisageables quelques heures auparavant, lorsque Sheikh Hasina avait le soutien des forces de l'ordre sous son emprise autocratique. Mais elle s'est enfuie à bord d'un hélicoptère, juste avant que son palais soit pris d'assaut par les manifestants. Déjà dimanche, à plusieurs reprises, militaires et policiers ne sont pas intervenus pour réprimer les protestations, comme ils l'avaient fait précédemment.

Revenue au pouvoir en 2009, Sheikh Hasina, 76 ans, avait remporté en janvier un cinquième mandat à l'issue d'une élection sans véritable opposition. Ses détracteurs accusaient son gouvernement d'une multitude de violations des droits de l'Homme, y compris le meurtre d'opposants.

Libération des opposants politiques

Les manifestations avaient commencé début juillet après la réintroduction d'un régime réservant près d'un tiers des emplois dans l'administration aux descendants d'anciens combattants de la guerre d'indépendance. Le mouvement s'est intensifié au fil des jours, conduisant à des appels à la démission de Sheikh Hasina. 409 morts sont à déplorer depuis début juillet.

Le président du Bangladesh a ordonné lundi en fin de journée la libération des personnes arrêtées lors des manifestations et de l'ex-Première ministre et cheffe de l'opposition Khaleda Zia, 78 ans. Grande rivale de Sheikh Hasina, la cheffe du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) est hospitalisée depuis qu'elle a été condamnée à 17 ans de prison pour corruption en 2018. Dès mardi à Dacca, les mères de certains des centaines de prisonniers politiques secrètement emprisonnés attendaient devant les services du renseignement militaire, espérant des nouvelles.

Selon l'ONG Human Rights Watch, les forces de sécurité du Bangladesh sont responsables de « plus de 600 disparitions forcées » depuis que Sheikh Hasina est arrivée au pouvoir en 2009, et une centaine de personnes resteraient disparues à ce jour. Nombre d'entre elles faisaient partie de la principale formation d'opposition, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), et du plus grand parti islamiste, le Jamaat-e-Islami. Mais le gouvernement a régulièrement rejeté les accusations de disparitions forcées et d'exécutions extrajudiciaires, affirmant que certaines des personnes recherchées par leur famille s'étaient noyées en mer en tentant de rejoindre l'Europe.

L'Occident appelle au calme

Sheikh Hasina a, elle, atterri dans une base militaire près de New Delhi, en Inde, selon la presse indienne, mais une source de haut niveau a affirmé qu'elle ne faisait que « transiter » par le pays avant de se rendre à Londres. Néanmoins, l'appel du gouvernement britannique à une enquête de l'ONU sur des « niveaux de violence sans précédents » a mis en doute cette destination.

Ce mercredi, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a demandé à ce que « quelles que soient les décisions que prendra un gouvernement intérimaire, il devra respecter des principes démocratiques, l'Etat de droit et le reflet de la volonté du peuple. ».

L'Inde s'est dite aussi mardi « profondément préoccupée » par la crise au Bangladesh voisin. Le ministre indien des Affaires étrangères S. Jaishankar a déclaré devant le parlement qu'il resterait « profondément préoccupé jusqu'à ce que l'ordre public soit clairement rétabli », tout en confirmant la présence de l'ex-Première ministre en Inde. De leur côté, le chef de l'ONU et les puissances occidentales ont appelé lundi « au calme ».

Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a réclamé dans un communiqué une « transition pacifique, ordonnée et démocratique » dans ce pays d'Asie du Sud de 170 millions d'âmes, partenaire économique des grandes puissances, notamment dans l'industrie textile.

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Le Royaume-Uni, ex-puissance coloniale avant la Partition entre l'Inde et le Pakistan, a appelé aussi au retour au « calme » et à la « désescalade » dans l'ancien « Pakistan oriental » devenu Bangladesh indépendant en 1971. Le chef de la diplomatie de l'Union européenne Josep Borrell s'est lui aussi déclaré dans un communiqué « attristé par les pertes tragiques en vies humaines » et a appelé à une « transition ordonnée et pacifique vers un gouvernement démocratiquement élu ».

(Avec AFP)

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