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Bangladesh : la Première ministre chassée du pouvoir, tout comprendre aux manifestations meurtrières

latribune.fr

Publié le 05 août 2024 à 12:15 - Mis à jour le 06 août 2024 à 08:11

Des milliers de manifestants antigouvernementaux ont pris d'assaut le palais de la Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, ce lundi à Dacca.

Des milliers de manifestants antigouvernementaux ont pris d'assaut le palais de la Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, ce lundi à Dacca.

Reuters

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18 juillet 2026

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La Première ministre du Bangladesh a pris la fuite ce lundi, juste avant que son palais soit pris d'assaut par des manifestants antigouvernementaux. Le chef de l'armée a annoncé peu de temps après son intention de former un gouvernement intérimaire alors que le pays fait face à des manifestations sanglantes depuis plusieurs semaines.

[Article publié le lundi 05 août 2024 à 14h15 et mis à jour à 19h38] Le Bangladesh est traversé par de violentes manifestations depuis un mois, à l'encontre du gouvernement et de la Première ministre, Sheikh Hasina. Ce lundi, cette dernière a même dû prendre la fuite avant l'assaut de son palais. La situation a provoqué l'émoi à l'international, la diplomatie américaine appelant « au calme et à la retenue », tandis que l'Union européenne a jugé « essentiel qu'une transition ordonnée et pacifique vers un gouvernement démocratiquement élu soit assurée ».

Bilan des manifestations, assaut du palais, mise en place d'un gouvernement intérimaire... La Tribune fait le point sur la situation dans ce pays d'Asie du Sud en quatre questions.

Que se passe-t-il au Bangladesh ?

Ce lundi, des manifestants antigouvernementaux ont pris d'assaut le palais de Sheikh Hasina, à Dacca, selon des images télévisées. Une source a indiqué à l'AFP que la dirigeante avait fui par hélicoptère pour un « lieu plus sûr » juste avant. Le chef de l'armée a assuré peu de temps après qu'elle avait démissionné.

Au moins 20 personnes ont été tuées lundi dans de nouvelles violences dans la capitale bangladaise Dacca, a déclaré un officier de police à l'AFP. « Nous avons 20 corps », a déclaré Bacchu Mia, un inspecteur de police à l'hôpital médical de Dacca, sans fournir plus de détails.

Au total, moins 56 personnes ont été tuées lundi dans le pays, selon un nouveau bilan établi à partir de sources policières et hospitalières. Au moins 44 morts ont été transportés à l'hôpital universitaire de Dacca, a indiqué un correspondant de l'AFP, précisant que tous avaient été blessés par balle. Selon la police, 11 autres personnes ont été tuées dans la capitale et une autre dans la ville portuaire de Chittagong.

Sur des images publiées sur les X (ex-Twitter), on peut voir les manifestants s'introduire dans le Palais. Des étudiants ont même organisé un repas dans la résidence officielle de la Première ministre.

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Le bilan des manifestations au Bangladesh a atteint au moins 300 morts lundi, après que 94 personnes ont été tuées dimanche lors d'affrontements entre des manifestants et des partisans du pouvoir, selon un bilan réalisé à partir de données de la police, de responsables et de médecins dans des hôpitaux.

C'est le bilan le plus lourd en une seule journée depuis le début dans ce pays musulman de 170 millions d'habitants. Parmi les morts figurent au moins 14 policiers, selon le porte-parole de la police, Kamrul Ahsan. Les camps rivaux se sont affrontés à coups de bâton et de couteau. Les forces de l'ordre, elles, ont tiré à balles réelles. Tout Dacca s'est transformé « en champ de bataille ».

Lire aussiBangladesh : plus de 50 morts dans des heurts entre pro et anti-gouvernement

Pourquoi le pays connaît-il de telles violences ?

Le pays compte de nombreux diplômés au chômage, et les étudiants exigent l'abolition d'un système de discrimination positive. Ce dernier réserve un quota d'emplois publics aux familles des vétérans de l'indépendance. Partiellement aboli en 2018, ce système a été restauré en juin par la justice, mettant le feu aux poudres, avant un nouveau retournement fin juillet de la Cour suprême.

La crise sociale s'est muée en crise politique depuis le 16 juillet, lorsque la répression a fait ses premiers morts, les manifestants réclamant alors la démission de Sheikh Hasina. La dirigeante de 76 ans avait remporté en janvier un cinquième mandat lors d'une élection controversée boycottée par l'opposition. Ses détracteurs accusaient son gouvernement d'une multitude de violations des droits de l'Homme, y compris le meurtre d'opposants.

Dimanche, des milliers de Bangladais s'étaient rassemblés sur une place de Dacca pour exiger la démission de la Première ministre. Ils répondaient à l'appel du collectif étudiant Students Against Discrimination (Etudiants contre les discriminations) qui avait exhorté la veille à la désobéissance civile. « Le temps est venu de la manifestation finale », avait lancé Asif Mahmud, un des leaders du mouvement étudiant à l'origine de la contestation.

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Dakka, capitale du Bangladesh, inaugure sa première ligne de métro aérienne

Que font les autorités ?

Alors que ces affrontements comptent parmi les plus meurtriers depuis l'arrivée au pouvoir il y a 15 ans de Sheikh Hasina, son gouvernement a notamment fermé écoles et universités et déployé l'armée, pour rétablir l'ordre.

Dans le pays, un couvre-feu est entré en vigueur dimanche soir. Les 3.500 usines ont fermé. L'accès à Internet est coupé de manière généralisée lundi, d'après des fournisseurs et des organismes de surveillance. Un vaste dispositif de sécurité a été déployé à Dacca, où des rues ont été barricadées par la police et l'armée avec du fil barbelé, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Mais d'anciens officiers militaires ont apporté leur soutien aux contestataires. Dans une prise de position hautement symbolique contre la Première ministre, un ancien chef de l'armée, le général Ikbal Karim Bhuiyan, et plusieurs autres ex-officiers supérieurs ont appelé au retrait des troupes de la rue, en soulignant que les gens n'avaient « plus peur de sacrifier leur vie ». Dans plusieurs cas, des soldats et des policiers ne sont d'ailleurs pas intervenus contre les protestataires, contrairement au mois dernier. « Ceux qui sont responsables d'avoir poussé les habitants de ce pays dans un état de misère aussi extrême devront être traduits en justice », a aussi estimé le général.

Et maintenant, quel avenir pour le Bangladesh ?

Le chef de l'armée, le général Waker-Uz-Zaman, a déclaré lundi qu'il allait former un gouvernement intérimaire après la démission de la Première ministre, lors d'une annonce diffusée par la télévision d'Etat. Le général Waker-Uz-Zaman avait été nommé chef d'état-major des armées par le gouvernement bangladais fin juin, quelques jours avant l'éclatement du mouvement de contestation.

S'appuyant sur un pupitre, secondé par deux officiers supérieurs, le général, vêtu en treillis militaire, a déclaré qu'il s'entretiendrait avec le président Mohammad Shahabuddin. Il a également affirmé être déjà entré en contact avec les principaux partis d'opposition et des membres de la société civile, mais pas avec la Ligue Awami dirigée par Sheikh Hasina.

«Le pays a beaucoup souffert, l'économie a été touchée, de nombreuses personnes ont été tuées, il est temps de mettre fin à la violence», a-t-il déroulé.

« Si la situation s'améliore, il n'y a pas lieu de recourir à l'état d'urgence », a-t-il ajouté tout en promettant que les nouvelles autorités « poursuivraient tous les meurtres » commis tout au long des semaines de manifestations meurtrières. « Maintenant, la tâche des étudiants est de rester calmes et de nous aider », a-t-il également dit.

Peu de temps avant, son fils, Sajeeb Wazed, a exhorté les forces de sécurité du pays à empêcher toute prise du pouvoir : « Votre devoir est d'assurer la sécurité de notre peuple et de notre pays, ainsi que de faire respecter la Constitution », s'est-il adressé aux forces de sécurité, dans une publication sur Facebook, le politicien et homme d'affaires basé aux Etats-Unis Sajeeb Wazed, en ajoutant qu'elles ne devaient « pas permettre à un gouvernement non élu d'accéder au pouvoir une seule minute ».

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Sheikh Hasina, la Dame de fer du Bangladesh

La Première ministre du Bangladeh, Sheikh Hasina, a longtemps incarné un espoir démocratique pour le pays en contribuant à la chute de la dictature militaire dans les années 1980, avant d'exercer un pouvoir de plus en plus autoritaire.

Fille aînée de Sheikh Mujibur Rahman, le père fondateur du Bangladesh qui a pris son indépendance du Pakistan en 1971, Sheikh Hasina était au pouvoir depuis 2009, après un premier mandat entre 1996 et 2001. Sous sa direction, le pays de 170 millions d'habitants, naguère l'un des plus pauvres au monde, a bénéficié d'un net essor économique grâce notamment au développement de son industrie textile.

Le Bangladesh a enregistré une croissance annuelle de plus de 6% en moyenne depuis 2009 et a dépassé l'Inde en revenu par habitant en 2021, malgré la persistance de fortes inégalités. Quelque 95% de la population y a désormais accès au réseau d'électricité.

La communauté internationale avait également salué l'ouverture du pays en 2017, sous sa direction, à des centaines de milliers de réfugiés rohingyas fuyant des massacres en Birmanie voisine.

Cependant, parallèlement, la quasi-totalité des dirigeants du principal parti d'opposition, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et des milliers de ses partisans avaient été arrêtés et la liberté d'expression drastiquement réduite. Sheikh Hasina fut pourtant un temps alliée du BNP pour contrer une dictature militaire.

En 2021, les États-Unis ont imposé des sanctions à une branche d'élite des forces de l'ordre du Bangladesh, le RAB, en raison de violations répétées des droits humains. L'ONG Human Rights Watch a, elle, affirmé en novembre avoir des preuves de « disparitions forcées, de torture et d'exécutions extrajudiciaires ». « En 15 ans, j'ai construit ce pays », a déclaré le mois dernier Sheikh Hasina à des journalistes. « Que n'ai-je pas fait pour ces gens ? », a-t-elle ajouté.

latribune.fr

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