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ÉconomieInternational

Inde : le bilan économique en demi-teinte de Narendra Modi

Photo de Margot Ruault

Margot Ruault

Publié le 04 juin 2024 à 16:12 - Mis à jour le 04 juin 2024 à 16:14

Le Premier ministre indien, Narendra Modi.

Le Premier ministre indien, Narendra Modi.

Anushree Fadnavis

Le Quotidien Numérique

19 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Narendra Modi est sur le point de se faire réélire. Avec un bilan macroéconomique positif en 2023, le Premier ministre sortant va devoir redoubler d'effort car la pauvreté et le chômage des jeunes indiens peuvent rattraper à tout moment le politicien qui entame son troisième mandat consécutif.

[Article publié le vendredi 31 mai 2024 à 8h00 et mis à jour le mardi 04 juin à 18h12] L'Inde est sur le point de réélire pour la troisième fois Narendra Modi. Malgré le fait que son parti, le Bharatiya Janata Parti (BJP), pourrait ne pas obtenir de majorité absolue, le Premier ministre a pu faire valoir durant les élections son bilan économique plutôt favorable, du moins dans les grandes lignes.

En effet, d'un point de vue macroéconomique, l'Inde n'a pas à rougir. Sa croissance annuelle atteint 8,2% sur son exercice budgétaire 2023-2024, contre 7% l'année d'avant. Le pays contribue pour 16% à la croissance mondiale en 2023, selon le FMI, et pour 2024, l'institution parie même sur une croissance de 6,8%, soit l'une des plus élevées dans le monde. Des résultats dus notamment au secteur de la construction tiré par les investissements du gouvernement dans les infrastructures. Des routes ont notamment été réalisées pour construire et développer le réseau routier à travers le pays ainsi que des ports.

La bonne santé économique de l'Inde : un argument de campagne

L'inflation a également diminué dans le pays, pour atteindre moins de 5% en avril. Par ailleurs, la Bourse indienne a de quoi faire pâlir les autres économies émergentes. Début janvier, elle est même devenue la quatrième place boursière mondiale, avec une capitalisation atteignant les 4.300 milliards de dollars, dépassant Hong Kong.

« Modi bénéficie d'une grande aura car il a redonné au pays une place sur la scène internationale », commente Catherine Bros, professeure d'économie et spécialiste de l'Inde à l'Université de Tours et chercheuse au laboratoire d'Économie d'Orléans (LÉO).

«Il se sert de son bilan économique pour montrer que l'Inde monte en puissance, ce qui plaît à l'électorat indien», complète-t-elle.

Actuellement la 5e puissance économique mondiale en termes de PIB, la plus grande démocratie du monde ambitionne même de se positionner à la troisième place d'ici 2030.

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«Modinomics»

Mais le bilan économique de Modi, qui lui a servi d'argument de campagne, reste à relativiser. Si l'Inde affiche un PIB élevé, rapporté à son nombre d'habitants (1,4286 milliard de dollars courant 2023 selon les dernières estimations) la réalité est tout autre. Son PIB par habitant est ainsi de 2.410,9 dollars en 2022, d'après les chiffres de la Banque Mondiale, soit le plus faible des pays du G20. Concernant son indice de développement humain, l'Inde se classait au 134e rang mondial en 2022.

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« Les programmes sociaux mis en place ont pu faire reculer l'extrême pauvreté, mais n'ont pas permis l'émergence d'une vraie classe moyenne en mesure de consommer davantage », pointe Catherine Bros. Difficile alors pour l'Inde de poursuivre son élan sur le long terme, la consommation étant un facteur de croissance.

Autre dossier brûlant sur le bureau de Modi : le chômage des jeunes. « La jeunesse a de plus en plus de mal à trouver des emplois, et encore plus en cohérence avec leurs niveaux d'études qui ont demandé des investissements considérables de la part des familles », note la spécialiste. Elle pointe d'ailleurs un risque politique à plus long terme. La faute à une croissance principalement tirée par des services (informatique, technologies de l'information, business center...) qui demandent beaucoup de qualifications mais proposent peu d'emploi.

L'économie indienne repose aussi en grande partie sur son agriculture, qui représente 15% de son PIB mais emploie plus de 40% de sa population. Sa grande faiblesse résulte donc de son industrie, alors que le secteur pourrait être un bassin d'emploi conséquent. « Le programme d'industrialisation « Make in India » est largement un échec », relève Jean-Joseph Boillot, conseiller économique à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et auteur de L'économie de l'Inde. « Si on regarde la croissance manufacturière, aucun progrès n'a été réalisé par l'Inde depuis 10 ans », complète-t-il

La politique économique du Premier ministre, appelée la « Modinomics », est par ailleurs caractérisée par deux visions antagonistes. « D'un côté, la politique de Modi est très libérale concernant les grands conglomérats indiens, proches du pouvoir, qui ont beaucoup de liberté », commente Jean-Joseph Boillot, « mais d'un autre côté, elle accorde à l'Etat un rôle considérable ».

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L'Inde peut-elle rivaliser avec la Chine ?

Dans ce contexte, difficile pour l'Inde de rivaliser sur le long terme avec ses voisins, notamment la Chine qu'elle rêve de remplacer comme usine du monde. Outre le fait que son industrie est à la peine, sa politique du commerce extérieur est davantage tournée vers le protectionnisme, avec des droits de douanes d'un côté et des subventions de l'autre. « L'Inde ne parie pas sur l'ouverture commerciale pour tirer la croissance », enchérit Catherine Bros. Le pays est aussi largement dépendant de Pékin sur le plan commercial : en 2022, son déficit commercial avec la Chine a atteint plus de 87 milliards de dollars.

Les flux des investissements directs à l'étranger sont aussi largement plus faibles par rapport à ceux de la Chine, 40 milliards de dollars par an en moyenne depuis 2013 contre 232 milliards pour Pékin, précise une note de la Direction générale du Trésor publiée en mars 2023. Qui plus est, lorsque des flux d'IDE de la Chine sont réorientés vers d'autres zones, l'Inde n'est pas choisie en priorité, selon la même source.

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Malgré ce bilan en demi-teinte, le Premier ministre avait déjà de grandes chances de se faire réélire. S'il était donné favori « cela résulte d'une opposition qui fait défaut », argumente Jean-Joseph Boillot, « mais également d'un système électoral qui favorise le premier arrivé, et non le plus fort ». Avant de souligner : « Modi fatigue l'Inde qui n'a jamais été aussi divisée ».

Margot Ruault

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