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En pleine tempête financière, Liz Truss se dit « désolée » pour ses « erreurs » et s'accroche à son poste

latribune.fr

Publié le 18 octobre 2022 à 06:09 - Mis à jour le 18 octobre 2022 à 06:13

Photo d'archives de la premiere ministre britannique liz truss assistant a la 77e assemblee generale des nations unies a new york

Liz Truss

DAVID DEE DELGADO

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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« Désolée » pour ses « erreurs », la Première ministre britannique Liz Truss s'est dite déterminée à rester au pouvoir, quelques heures après l'abandon de son programme économique, annoncé par son nouveau ministre des Finances.

Liz Truss s'accroche à son poste. Fragilisée voire humilié, après l'abandon de son « plan de croissance » présenté fin septembre, confrontée à des appels à la démission six semaines seulement après avoir succédée à Boris Johnson, la Première ministre britannique a déclaré, lors d'une interview à la BBC, être « désolée » pour ses « erreurs », estimant avoir voulu aller « trop loin trop vite. Mais elle a l'intention de « rester à son poste pour tenir ses engagements pour l'intérêt national ». Alors qu'un vent de panique souffle chez les conservateurs à deux ans des législatives et que les manoeuvres se multiplient en coulisse pour la pousser vers la sortie, Liz Truss a même assuré qu'elle serait encore à la tête du parti pour les prochaines élections prévues dans deux ans, où l'opposition est archi-favorite.

« J'ai agi rapidement pour réparer ces erreurs », a lancé Liz Truss. Vendredi, elle a remplacé son ministre des finances Kwasi Kwarteng dont les baisses d'impôts massives et le soutien colossal aux factures énergétiques présentées sans précision sur le montant de l'emprunt pour les financer avaient provoqué une tempête sur les marchés et menacé la stabilité financière du pays. La livre avait chuté à un plus bas historique et les taux d'emprunt à long terme de l'Etat avaient flambé, fragilisant les fonds de pension et faisant grimper les taux d'emprunt des ménages et des entreprises, dans une économie britannique déjà à plat. La Banque d'Angleterre avait dû intervenir pour empêcher la situation de détériorer en crise financière et le Fonds monétaire avait appelé à rectifier le tir.

Le virage à 180° de Hunt

Tenant désormais la barre du gouvernement, son nouveau ministre des Finances, Jeremy Hunt a dévoilé lundi les grandes lignes du projet budgétaire de moyen terme qui doit être présenté dans sa totalité le 31 octobre. Avertissant de décisions « très dures » avec des coupes à venir dans les dépenses de l'Etat et des hausses d'impôts (un désaveu total du plan initial de Liz Truss), Jeremy Hunt a toutefois assuré que le gouvernement ferait une priorité de « l'aide aux plus vulnérables ». Parmi les annonces de lundi, « la plus grosse dépense », le plafond des factures énergétiques pour tous les ménages, sera finalement en vigueur jusqu'à avril seulement et non plus pour deux ans. Au-delà, le Trésor va réfléchir à une nouvelle approche « moins chère » tout en protégeant « les plus nécessiteux ».

Une longue liste de baisses d'impôt est donc abandonnée, comme l'avait été quelques jours plus tôt la baisse du taux d'impôt sur les revenus. En revanche, une hausse de l'impôt sur les sociétés aura finalement lieu. Au total, l'ensemble de ces mesures fiscales « permettront de lever environ 32 milliards de livres par an », a précisé Jeremy Hunt. Pour autant, ces annonces « ne suffiront pas pour boucher les trous dans les plans budgétaires du gouvernement » ou pour « réparer les dégâts des dernières semaines », avertit le centre de réflexion IFS.

En tout cas, dans l'immédiat, ces annonces ont entraîné une détente sur les marchés. La livre a monté de près de 1,6% à 1,13 dollar vers 20H30 GMT. Le rendement des obligations à 30 ans a quant à lui clôturé à 4,38%, en forte baisse comparé à vendredi mais bien plus élevé qu'avant l'arrivée de Liz Truss au pouvoir.

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Silencieuse depuis vendredi

Les déclarations de Liz Truss interviennent alors qu'elle ne répondait plus depuis plusieurs jours. Sommée par l'opposition de venir s'expliquer lundi au Parlement, la Première ministre britannique, silencieuse depuis trois jours a envoyé Penny Mordaunt, chargée des relations entre le gouvernement et la Chambre des Communes, un nom parfois évoqué pour lui succéder, pour répondre aux questions de l'opposition. De quoi provoquer l'ire de ses opposants. Liz Truss est ensuite arrivée au Parlement, assise silencieuse, le regard absent, quand le nouveau ministre des Finances Jeremy Hunt a expliqué aux députés son changement de cap budgétaire à 180 degrés.

Liz Truss semble avoir perdu tout pouvoir, alors que certains députés de son camp conservateur complotent pour la renverser, et que la colère gronde. Une majorité de Britanniques souhaitent son départ. La presse conservatrice tire à boulets rouges et quatre députés conservateurs ont déjà publiquement demandé son départ, 41 jours après son arrivée au pouvoir. Des dizaines d'autres seraient prêts à une motion de défiance.

Aujourd'hui, Jeremy Hunt, candidat malheureux à deux reprises à Downing Street mais politicien posé et expérimenté - il a été ministre des Affaires étrangères et ministre de la Santé - apparaît comme le pilote dans l'avion. Très présent depuis sa nomination vendredi, il s'est dit déterminé à être « honnête » avec les Britanniques.

« Je pense que Jeremy Hunt est de facto le Premier ministre », a estimé le député Roger Gale sur Sky News.

« Je ne pense pas que la situation soit tenable et qu'elle puisse rester plus longtemps », a déclaré la député Angela Richardson sur Times radio, attribuant à Liz Truss la responsabilité d'un trou de « 10 milliards de livres » perdues en raison de la crise provoquée par ses annonces budgétaires du 23 septembre, « qu'il faut maintenant combler ».

Quel avenir ?

Quel avenir donc pour Liz Truss ? Peut-elle faire l'objet d'un vote de défiance ? En l'état, les règles internes du parti protègent tout nouveau dirigeant d'un tel vote pendant les 12 premiers mois de son mandat. Passé ce délai, il faut que 15% des 357 députés conservateurs - soit 54 actuellement - envoient une lettre de défiance pour déclencher un tel scrutin. Néanmoins, le puissant Comité 1922, chargé de l'organisation interne du parti, a la possibilité de changer les règles. Reste à savoir quel serait le seuil pour qu'un vote de défiance soit déclenché. Et en cas de défaite, Liz Truss perdrait immédiatement la direction du parti, mais resterait Première ministre jusqu'à ce qu'un successeur soit choisi. Le comité devrait définir les règles de ce processus pour se choisir un nouveau dirigeant, qui serait le troisième en un an, le cinquième depuis 2016.

Mais les députés semblent peu enclins à engager une nouvelle compétition longue tranchée par les adhérents, et pourraient se ranger derrière un candidat d'unité. Encore faut-il que le parti parvienne à s'accorder.

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Peut-elle s'en sortir en restant à son poste ? Bien que sa crédibilité soit sévèrement atteinte, Truss parviendrait selon ce scénario à obtenir suffisamment d'espace pour continuer, grâce à son nouveau ministre des Finances.

latribune.fr

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