« Cessez-le-feu, maintenant ! » Scandé par plusieurs centaines d'étudiants, le slogan s'entend bien au-delà des murs de l'université Columbia, jusque sur Broadway, cette artère de Manhattan bondée de bus et de taxis. Au cœur du campus, une jeune foule se tient droite sur les grandes marches de la cour centrale, d'ordinaire squattées pour une sieste au soleil. Il fait froid en cet après-midi du 9 novembre, mais les écharpes à carreaux qui recouvrent les épaules de nombre de manifestants ne sont pas là pour réchauffer les nuques : les keffiehs, ces foulards traditionnels de la péninsule arabique qu'ils arborent, appuient leur soutien au peuple de Gaza. Un mégaphone relaie des formules applaudies que les élèves israéliens plantés à quelques pas de là se gardent bien d'encourager. Kippa sur la tête, une dizaine de Juifs sionistes de 20 ans est regroupée sous un drapeau bleu et blanc, comme un rempart face aux slogans adverses.
Depuis l'attaque terroriste du Hamas du 7 octobre et les répliques meurtrières de l'armée israélienne sur le territoire palestinien, les communautés de Columbia sont sous tension. On se regarde différemment, on évite certains camarades, on mesure ses mots et on dissèque ceux des autres. D'un côté, les organisations propalestiniennes appellent à ce que l'administration de l'université « prenne position en faveur de la libération de la Palestine ». De l'autre, les associations juives soutenant la politique israélienne ne souhaitent « aucun cessez-le-feu tant que les otages israéliens n'auront pas été rendus et le Hamas détruit ».