Etats-Unis: un ralentissement économique d'un genre nouveau

Ivan Best

Ivan Best
L'économie américaine est-elle en phase de ralentissement, comme le laissaient penser les derniers indices publiés, concernant les perspectives de dépenses dans l'industrie, ou reste-t-elle sur une phase ascendante, comme les chiffres de l'emploi peuvent le suggérer ?
Au mois de décembre, ce sont 292.000 créations de postes -nettes- qui ont été enregistrées dans le secteur marchand non agricole, soit un chiffre largement supérieur à celui qui était anticipé. Les économistes interrogés par Reuters s'attendaient à +200.000. En conséquence, le taux de chômage est resté très faible, à 5%, soit le niveau le plus bas depuis sept ans et demi. Tout irait donc pour le mieux... sauf que les indicateurs avancés, qui donnent une idée de la conjoncture à venir, sont beaucoup moins florissants. Ainsi, l'indicateur ISM pour le secteur manufacturier, évalué par enquête auprès des directeurs d'achat, fait état d'une contraction à venir de l'industrie. Quand cet indice se situe au dessus de 50, cela témoigne d'une phase d'expansion, en dessous de 50, c'est la contraction qui prédomine. Cet indice se situait à 55,7 en novembre 2014, il est tombé à 48,2 en décembre 2015. Il faut remonter à juin 2009 pour retrouver un indice aussi faible.
Les intentions d'investissement ont été revues à la baisse, ce qui est cohérent avec le recul, pour la première fois depuis 2009, du taux d'utilisation des capacités de production.
Comment l'expliquer ? Comme le souligne l'économiste Patrick Artus, dans une étude récente, les profits des entreprises américaines tendent à plafonner, tandis que les entreprises ne trouvent guère d'opportunité d'investissement. D'où un recul des perspectives d'investissement, qui contribue en lui-même à assombrir les perspectives de production.
Va-t-on, pour autant, vers la récession ? La croissance américaine, qui a dépassé les 2% en 2015 -le chiffre exact n'est pas encore connu-, pourrait se rapprocher de 1,5% en 2016. Un chiffre dont se contenterait le gouvernement français -c'est ce qu'il prévoit cette année-, mais qui paraît bien faible pour les économistes américains. A tel point qu'ils considèrent que, sous les 1,5% de croissance, le pays tombe dans la récession.
Mais la prévision concernant l'économie américaine apparaît bien malaisée.
Car c'est un ralentissement économique d'un genre nouveau qui se profile aux Etats-Unis, selon une mécanique relativement inconnue. Comme Patrick Artus le relève, les retournements de conjoncture américains ont habituellement lieu sous l'effet des changements de politique monétaire. Pour résumer, quand l'inflation tend à repartir de l'avant, sous l'effet de salaires qui s'échauffent en raison du plein emploi, la banque centrale, la Fed, relève les taux d'intérêt, ce qui tend à assécher rapidement la distribution de crédit. Le pays entre alors en récession. Ce processus, on l'a vu à l'œuvre en 1974, en 1980-81, 1990-91 et 2000.
Or, rien de tel ne se produit aujourd'hui. L'inflation ? Sur 12 mois, elle est limitée à 0,5%, difficile de faire plus faible. Les salaires ? Ils augmentent très peu, de 2% sur un an. Une accélération avait pu se ressentir début 2015, mais le rythme s'est ralenti depuis. Rien à voir avec les hausses habituelles avant la crise de 2008, qui dépassaient largement les 3% l'an.
Si la banque centrale a relevé ses taux d'intérêt, c'est de 0,25% seulement, faisant passer son objectif pour les fonds fédéraux -le prix de l'argent à court terme entre banques- à une fourchette comprise entre 0,25% et 0,5%. Pas de quoi casser d'un coup la dynamique du crédit...d'autant qu'une seule nouvelle hausse des taux pourrait être enregistrée en 2016.
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D'où vient alors le ralentissement économique ? Il est d'abord concentré dans l'industrie. Mais cela a toujours été le cas. Les entreprises industrielles ont beau s'être redressées, leurs profits tendent à plafonner. Du coup, les opportunités d'investissements véritablement rentables sont faibles, en tous cas aux yeux des patrons de grands groupes, qui jugent qu'il n'y a pas mieux à faire que d'utiliser les profits disponibles pour racheter en bourse les actions de leur entreprise. C'est donc un retournement lié à un essoufflement du processus d'investissement qui aurait lieu en 2016, ce qui ne s'était pas vu aux Etats-Unis au cours de la période récente.
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