"Faits" contre "infox" au menu du dîner des correspondants de la Maison-Blanche

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Le président de l'Association des correspondants de la Maison-Blanche, Olivier Knox, de SiriusXM.
Le président de l'Association des correspondants de la Maison-Blanche, Olivier Knox, de SiriusXM. (Crédits : Reuters)
Au menu du dîner annuel des Correspondants de la Maison-Blanche, entre "facts" et "fake news", un duel inédit entre Donald Trump et les médias...

Il est environ 19 heures à Green Bay, Wisconsin, et 20 heures à Washington DC lorsque le match pour la vérité commence ce samedi 27 avril 2019. D'un côté de la scène, un Donald Trump, plus dégourdi que jamais, prêt à marteler sa vision de ce qui est « juste et vrai », lors d'un énième rassemblement "MAGA" (Make America Great Again) prévu pour la soirée, devant des milliers de supporters.

Apéritif 100% sans président, porte-parole ou proches conseillers

De l'autre côté, à deux pas du Capitole, se presse au même moment la crème des médias américains et étrangers, presses, sites internet, TV et le tout politique qui n'a d'yeux que pour le traditionnel dîner annuel des Correspondants de la Maison-Blanche.

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Photo de J. Dussueil.

Depuis sa création en 1914, ce rendez-vous du gratin politico-médiatique et people est devenu une institution, gagnant sa notoriété grâce aux discours et aux traits d'humour écrits pour les présidents américains qui s'y sont succédés. À leurs côtés, les comédiens Seth Meyer, Stephen Colbert, le double colérique et le sosie de George W. Bush en 2006, l'acte de naissance, - extrait du Roi Lion -, de Barack Obama face à Donald Trump en 2011... La quasi-totalité des présidents, accompagné par le show-business, s'est prêtée à l'exercice devant les 2.600 convives du dîner triés sur le volet. Mais cette année, ni comédie en guise d'amuse-gueules ni de président Trump ne seront sous les feux de l'immense salle de réception.

Dix jours avant l'événement, "Donnie", comme le surnomment certains commentateurs, a en effet à nouveau décliné - pour la troisième fois, soit depuis qu'il est élu -, l'invitation de la WHCA (la White House Correspondents Association), jugeant cette fois la fête «ennuyeuse» et «pas positive».

« Il a même ordonné à ses proches conseillers de ne pas participer au dîner », confie à La Tribune John Gizzi, le correspondant à la Maison-Blanche pour le média Newsmax.

Une entrée médiatique et médiatisée

En réalité, ce soir-là, Donald Trump se réserve pour un autre show. Vers 21 heures sur la côte Est, son rassemblement dépasse déjà le "WHCD" en nombre de tweets dans les tendances sur Twitter. « Il n'y a aucun autre endroit où j'aimerai être ce soir », surenchérit près du Lac Michigan le président qui sait comment séduire les caméras de télévision et remporter une partie.

C'est rapidement une guerre d'images sur le champ de bataille de la communication qui se joue : Amérique rurale réunie dans un stade, contre Hôtel Hilton pour l'establishment du Capitole, que l'on surnomme dans le pays « le Hollywood des gens laids ».

De même, selon son expression, c'est : « les médias ennemis du peuple » face aux dirigeants de USA Today, Washington Post, The Hill, Politico, CNN, CBS et leurs équipes.

Sauf que depuis l'élection de Donald Trump, le dîner annuel a largement perdu de son glamour et de ses paillettes.

« A l'époque d'Obama, il y avait une star d'Hollywood presque tous les trois mètres; on ne pouvait même plus avancer vers la salle de la réception », constate un consultant.

« Une année, mon voisin était Tom Cruise », raconte encore une dirigeante d'une marque de joaillerie. Parmi les convives, avec les chanteurs (tels Franck Sinatra, Barbara Streisand) on trouvait aussi autrefois certains patrons de la Silicon Valley tel Tim Cook de Apple. Mais tous ont déserté depuis 2016.

Fait inédit, même C-SPAN, la chaîne du Congrès a décidé de ne pas retransmettre en direct cette édition. Résultat, à 22 heures, Donald Trump est quasi certain de remporter la bataille de l'audience pour marteler sa vérité : "no collusion, no obstruction", répète-t-il en boucle depuis des jours sur tous les médias au sujet du rapport Mueller chargé d'enquêter sur une éventuelle ingérence russe lors de la campagne présidentielle.

« Il sait parfaitement attaquer les médias pour jouer avec eux. Il a compris que c'était utile pour son image », observe Jeremy Diamond, le correspondant de CNN à la Maison-Blanche.

Comme d'autres médias, la chaîne est régulièrement taxée de "fake news" par le président qui les honnit, non sans une certaine frénésie. « Il adore les médias mainstream, il les a parfaitement compris », analyse aussi Maria Luisa Rossi-Hawkins, la correspondante du groupe italien Mediaset.

En plat de résistance : un expert des faits historiques

Aussi, le dîner qui célèbre le premier amendement de la Constitution, celui sur la liberté d'expression et la liberté de la presse, a une saveur particulière à l'ère des fausses informations. Après avoir raté son numéro d'humour l'an passé suite à un sketch jugé offensant, la WHCA a décidé de choisir un historien, Ron Chernow, pour retracer les grandes figures de la liberté d'informer aux États-Unis depuis le premier président Georges Washington.

« La comédie est plus difficile aujourd'hui. On se sent davantage offensé », constate le journaliste John Gizzi. En direct ou en replay, la caisse de résonance décuplée que donnent les réseaux sociaux y est aussi pour beaucoup.

L'historien Ron Chernow permet surtout de prendre à revers Donald Trump sur un autre terrain ; celui de la vérité historique face aux phrases de communicant. Ou encore : « des faits, à ne pas confondre avec l'idéologie », fait applaudir en introduction Olivier Knox, le président de la WHCA devant un auditoire plus sérieux, grave parfois lorsqu'il s'agit d'évoquer « ceux qui enferment les journalistes en prison ». Ou encore de rappeler l'importance de l'ONG Reporters Sans Frontières, qui, en 2019, place au 48e rang les États-Unis en matière de liberté de la presse sur 180 pays (la France est à la 32e place). Avec tout de même une pointe d'humour pour remettre un éventuel « prix Nobel de la fiction » à Donald Trump.

« C'est vrai, les fake news peuvent parfois faire les titres de l'actualité. Mais elles peuvent être présidentielles aussi. (...) En tant que médias, notre scepticisme est plus que jamais nécessaire », assène Olivier Knox.

Il est près de 23 heures, deux standing ovations se télescopent presque alors, celle de Green Bay et celle du Hilton Hotel.

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Amanda Palmer

La chanteuse Amanda Palmer avec son ukulélé lors du dîner annuel de l'Association des correspondants de la Maison-Blanche à Washington, le 27 avril 2019. (Reuters)

Dessert : une croissance de 3,2%, meilleure que prévue

Reste que la cerise sur le gâteau reviendra à Donald Trump. « Les chiffres parlent pour lui, il est en bonne voie pour être réélu pour un second mandat en 2020 », juge Linda Feldmann, la chef du bureau de Washington pour le Christian Science Monitor.

De fait, Donald Trump peut s'économiser les formules marketing dont il a le secret; cette fois-ci, c'est un chiffre que le président républicain peut avancer devant les journalistes, ce qu'il fait systématiquement, entre deux déplacements.

Au premier trimestre 2019, les États-Unis ont en effet enregistré une hausse de 3,2% de son PIB, tandis que les analystes attendaient 1,9% de croissance. En mars, l'économie américaine a ainsi créé 196.000 nouveaux emplois selon les chiffres du Département du Travail, pour un taux de chômage historiquement bas, à 3,8%. Dans l'opposition, le fait est visiblement difficile à digérer :

« Il profite d'un bon cycle et des bonnes mesures avant lui. Il faut attendre encore avant de juger.»

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Commentaires
a écrit le 29/04/2019 à 8:52 :
Les armes de destruction massive diffusées, martelées mondialement par ces mêmes médias de masse américains afin d'aller massacrer 100000 irakiens ?

Hypocrites.

" Il profite d'un bon cycle et des bonnes mesures avant lui. Il faut attendre encore avant de juger."

Le mec qui se contredit en deux phrases ! :D

Au secours.
a écrit le 28/04/2019 à 14:17 :
Bons chiffres de la croissance obtenus grâce au déficit public énorme et au report année après année du plafond de la dette...

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