Fed : les marchés restent hésitants sur l’ampleur de la baisse des taux

La publication des minutes de la Fed a montré que la banque centrale était déjà presque prête à baisser ses taux en juin.
Evelyn Hockstein

La publication des minutes de la Fed a montré que la banque centrale était déjà presque prête à baisser ses taux en juin.
Evelyn Hockstein
La (première) baisse des taux d'intérêt directeurs de la Réserve fédérale (Fed), mercredi 18 septembre, est certaine. Le chemin est bien balisé depuis la réunion de Jackson Hole fin août. « Le temps est venu », avait alors indiqué le président de la Fed, Jerome Powell.
Ce qui est plus incertain est l'ampleur de la baisse et la réaction des marchés. Les raisons de la décision importent en effet plus que la décision elle-même. Les investisseurs veulent savoir si la banque centrale américaine entame ce cycle d'assouplissement monétaire pour éviter une récession ou simplement pour accompagner le ralentissement de l'économie, après une hausse de 500 points de base des taux (à 5,25%/5,5%), échelonnée entre mars 2022 et juillet 2023.
L'ampleur de la baisse sera déjà une indication majeure. Le marché anticipe en effet 100 points de base de baisse d'ici la fin de l'année, soit à l'issue de trois réunions prévues. Ce qui implique au moins une baisse de 50 points de base. « Une baisse de 50 points en septembre voudrait dire que la Fed est en mode panique », estime Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management.
De fait, historiquement, la Fed n'a jamais fait bouger des taux de 50 points de base d'un coup, hors évènements exceptionnels, comme la crise Covid. La banque centrale est plutôt adepte de la stratégie des petits pas. D'autant que le consensus ne table pas sur une récession aux Etats-Unis, malgré la dégradation du marché de l'emploi.
Certes, le Fed a manifesté son inquiétude face aux chiffres de l'emploi, rappelant du coup son double mandat de lutter contre l'inflation (en passe d'être rempli) et contre le chômage (autrement dit en faveur de la croissance). Les données de l'emploi sont désormais le point de focalisation des marchés, comme le fut l'inflation tout le long de l'année 2023 et le premier semestre 2024.
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Problème, aux Etats-Unis, les chiffres de l'emploi sont difficiles à analyser, en raison notamment d'une multiplicité de sources et du poids de l'immigration. « Le marché a changé assez souvent d'avis depuis le début de l'année sur la trajectoire de l'emploi et de l'inflation », observe Erick Muller, directeur de la stratégie d'investissement chez Muzinich & Cie.
Mais, ajoute ce spécialiste de la gestion obligataire, « nous ne pensons pas que les facteurs qui ont pesé sur le marché de l'emploi aux Etats-Unis soient des éléments récessifs. C'est plutôt l'offre globale de travail qui augmente plus vite que la demande, en raison de l'immigration, ce qui ne devrait pas encourager la Fed à accélérer sur la baisse des taux ». D'autant que les conditions financières des entreprises s'améliorent de trimestre en trimestre et qu'aucune vague de licenciements n'est réellement annoncée
Malgré tout, les marchés sont hésitants. Bank of America relève même que l'incertitude n'a jamais été aussi élevée sur les marchés depuis 2015. Selon CME Group, spécialiste de la donnée financière, les investisseurs jouent presque à pile ou face un relèvement de 50 points de base. Beaucoup d'économistes et d'investisseurs estiment en effet que la Fed agit beaucoup trop tard pour empêcher la récession et qu'elle le sait. D'où l'idée d'une baisse de 50 points de base dès septembre pour rattraper le « retard ».
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Mais, outre l'impact négatif d'une telle décision sur les actifs risqués, comme les actions - principal facteur d'enrichissement des ménages américains avec l'immobilier - une telle baisse serait pour la Fed un terrible aveu d'échec. Sans parler de sa dimension politique, alors qu'il serait plus neutre de l'envisager le cas échéant en novembre ou décembre, après les élections présidentielles. Devant tant de statistiques contradictoires, le mieux serait l'ennemi du bien.
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