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ÉconomieInternational

France-Algérie : "Au niveau économique, Alger n'est clairement pas demandeur !"

Photo de Sarah Belhadi

Sarah Belhadi

Publié le 16 mai 2015 à 09:18 - Mis à jour le 20 mai 2015 à 15:13

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François Hollande a annoncé qu'il se rendrait prochainement en Algérie, après le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui est allé inaugurer mardi dernier une usine de tramway franco-algérienne à Annaba (nord-est). Quatre accords de partenariat économique ont été signés à cette occasion. La Tribune a interrogé Luis Martinez, spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient au CERI, pour faire le point sur les relations entre les deux pays.

La Tribune : On assiste à un processus de renforcement des relations entre l'Algérie et la France. L'intérêt est-il seulement économique ?

Luis Martinez : Il y a bien une volonté de la part du président français, mais c'est surtout la situation au Sahel qui rend indispensable un tel renforcement. L'Algérie, point d'entrée pour l'opération Serval en 2013, a assuré un relais logistique, dans la lutte contre le terrorisme. Cette collaboration militaire, renforcée par le fait qu'Alger a le même diagnostic que Paris sur la menace dans la région, va favoriser un rapprochement qui va aller au delà.

Est-ce l'Algérie qui a besoin de la France ou l'inverse ?

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, les échanges ont reculé au profit d'autres pays d'Afrique du Nord comme le Maroc. Là, il y a manifestement une volonté politique de rééquilibrer les relations, sans doute à notre avantage, pour rattraper le retard. La France n'a pas été capable de profiter de l'euphorie financière qu'a connu l'Algérie au cours des quinze dernières années. Au niveau économique, ce n'est clairement pas Alger qui est demandeur ! Le pays a connu une remise à niveau importante de ses infrastructures : hôpitaux et routes. Mais ce sont des pays comme la Chine ou la Turquie qui ont raflé une grande partie des contrats. La France a mal évalué les besoins de l'économie algérienne : elle est restée sur l'exportation de produits de consommation comme l'automobile, et n'a pas su prendre le tournant, en particulier sur les grands projets.

Assiste-t-on à un retour de la Françafrique en Algérie ou à la naissance d'une nouvelle donne africaine ?

Je crois que nous avons tourné la page de la Françafrique. Le gâchis diplomatique doit être réparé, et la convergence diplomatique, en l'occurrence sur la question du Sahel, va permettre de nouer des relations stables. Pour autant, est-ce la fin de la méfiance ? On le dira le jour où la France obtiendra une commande d'armement. Ce n'est pas pour tout de suite! L'Algérie qui est le 8e importateur d'armes a pour premier fournisseur la Russie. Et à la différence des Allemands ou des Italiens, la France n'a pas su se positionner.

Ce réchauffement sera-t-il suffisant pour attirer les investisseurs ?

Il manque des instruments de lobbying, mais aussi un climat de confiance. La France s'est éloignée de l'Algérie dans les années 1990, quand le terrorisme ravageait le pays. Et contrairement au Maroc et à la Tunisie, l'Algérie n'a pas fait partie du dispositif stratégique de l'Etat français pendant longtemps. Progressivement, nous avons perdu notre lien d'expertise, et nous n'avons pas offert à ce pays une visibilité assez forte. A titre d'exemple, j'ai pu y mener un travail de recherche grâce à un financement... danois. Le Canada, le Danemark y investissent de l'argent, pas nous ! Cette méconnaissance a un impact sur le plan économique, car lorsque les entreprises ou les investisseurs français veulent connaître ce marché, ils n'ont qu'une vision politique obsolète ou d'a priori. Prisonniers du passé en raison de nos liens historiques, nous n'avons pas su créer de relation économique directe avec l'Algérie. On paye donc le désintérêt de ces 15 dernières années. Et pourtant, c'est un pays riche, qui a une croissance économique robuste, et possède 179 milliards de réserves de changes.

Le pays accuse pourtant de sérieux handicaps : un chômage élevé, plus de la moitié de la population a moins de 29 ans, une instabilité politique...

Les handicaps sont présents depuis les années 1960. Les plus importants concernent les aspects juridiques et financiers : la protection commerciale est très limitée et l'Algérie n'a pas réformé son secteur bancaire. Le gouvernement qui est sous tension ne travaille pas dans l'intérêt public. A cela s'ajoutent les interférences du clientélisme. Depuis 30 ans, le gouvernement pratique une politique dont l'objectif est le maintien de la paix sociale. La jeunesse peut représenter un atout pour l'avenir mais à condition que le pouvoir engage des réformes en matière de santé et d'éducation. Or ce n'est pas le cas. Cette jeunesse est jugée de façon hautaine, sans véritable considération, alors qu'elle pourrait constituer une force de développement national.

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Le pays est confronté à la baisse des prix du pétrole. Est-ce une menace dans l'immédiat ?

Non, il n'y aura pas de conséquences pour les deux ou trois années à venir. En revanche, si, durant cette période qui va voir les réserves de change chuter et l'endettement augmenter, rien n'est fait pour compenser ces pertes, la situation pourrait devenir critique. Tout le monde semble oublier que l'Algérie a vécu une période de faillite financière en 1994, et  a dû demander l'aide du FMI. Mais il y a une amnésie totale sur cette période.

Laurent Fabius a été reçu par Abdelaziz Bouteflika et s'est dit "satisfait" de cet échange. Mais la santé fragile du président algérien, au pouvoir depuis 1999, qui ne peut assumer pleinement ses fonctions ne rend-elle pas compliqué le renforcement des relations ?

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Il y a quelques jours, on a bien vu François Hollande en visite à Cuba se faire photographier avec l'ancien dirigeant Fidel Castro. Concernant Abdelaziz Bouteflika, tout le monde a compris qu'il s'agit d'un personnage symbolique qu'il faut ménager. Les véritables centres de décision, pour la mise en oeuvre et les arbitrages, ne sont pas concentrés à la présidence. D'un point de vue diplomatique, la position actuelle est très claire. La France ne mène pas (ou plus) une politique de soutien à une transition. Quelques mois après son élection, François Hollande s'est rendu en Algérie. La Libye, elle, a été abandonnée. La France n'a pas une approche morale mais sécuritaire et réaliste. Regardez la vente de Rafale en Egypte. En cela, le président est un excellent VRP.

Sarah Belhadi

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