La commission d’enquête sénatoriale s’apprête à publier des documents montrant que l’Élysée était au courant depuis au moins 2022 des fraudes reprochées au géant suisse, mais aussi des risques qu'elles engendraient. Sa décision est une « mesure exceptionnelle » face au refus du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, de se rendre à une audition où il aurait dû expliquer ces documents.La décision est inédite : la commission d'enquête sénatoriale sur le scandale de la fraude aux eaux en bouteille dont est accusé Nestlé publiera l'ensemble des documents reçus par l'Élysée, en annexe de son rapport attendu le 5 juin, a-t-elle décidé et annoncé aujourd'hui. Ces 74 pages de documents montrent que « la présidence de la République était loin d'être une forteresse inexpugnable pour Nestlé », a déclaré le rapporteur de la commission, le sénateur Alexandre Ouizille, en insistant sur « la densité des échanges entre Nestlé et l'Élysée ».
Les documents montrent que ce dernier a ouvert « les portes de certains ministères au
groupe suisse ». Ils prouvent encore que « la présidence de la République savait, au moins depuis 2022, que Nestlé trichait depuis des années. Elle avait conscience que cela créait une distorsion de concurrence avec les autres minéraliers. Elle avait connaissance des contaminations bactériologiques voire virologiques sur certains forages ». L'Élysée a en outre continué d'échanger avec Nestlé jusqu'à très récemment, y compris après la constitution de la commission, a affirmé Alexandre Ouizille.
« Au plus au sommet de l'État, le risque sanitaire a donc été connu et pris », insiste la sénatrice Antoinette Guhl, rédactrice d'un rapport sénatorial sur ce sujet, interrogée par La Tribune: une information majeure dont elle avait « le soupçon depuis longtemps », mais qu'elle n'était pas encore parvenue à prouver. Autre révélation de ces documents: « L'Élysée a construit des "éléments de langage" pour masquer la fraude et sa connaissance du risque sanitaire », ajoute-t-elle.
La chaise vide de Kohler
La décision de la commission d'enquête est une « mesure exceptionnelle » face à une « situation exceptionnelle », a expliqué Alexandre Ouizille. Le secrétaire général de l'Élysée, Alexis Kohler, était en effet attendu aujourd'hui par les sénateurs pour une audition où il aurait dû expliquer ces documents. Il a toutefois décliné hier, en évoquant, pour se justifier, le principe de la séparation des pouvoirs. « L'Élysée a décidé de jouer la chaise vide »: « une décision incompréhensible », a regretté Alexandre Ouizille.