Les menaces sur le commerce international semblent de plus en plus pesantes. Selon le dernier rapport de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) publié ce jeudi 22 novembre, 40 mesures restrictives ont été appliquées par les pays du G20 entre la mi-mai et la mi-octobre 2018. Ce qui fait une moyenne de 8 par mois et constitue même un record depuis 2012. Ces barrières comprennent une hausse des tarifs douaniers et des interdictions d'importations. Pour le directeur général de l'institution internationale Roberto Azevedo :
Le secrétaire général de l'organisation mondiale du commerce Roberto Azevedo. Crédits : Reuters.
Alors que les pays du G20 doivent se réunir lors d'un sommet en Argentine les 30 novembre et premier décembre prochains, les tensions sont loin d'être apaisées. Si l'institution internationale basée à Genève en Suisse est de plus en plus critiquée à l'échelle mondiale, le président Emmanuel Macron a récemment assuré que la solution passait par une réforme de l'OMC et non pas son blocage et sa contestation. "Les conclusions du rapport devraient être réellement préoccupantes pour les gouvernements du G20 et pour l'ensemble de la communauté internationale" a ajouté monsieur Azevedo. De son côté, l'Union européenne pourrait jouer un rôle de médiation selon un haut-fonctionnaire européen interrogé par l'agence Reuters.
Les auteurs du rapport indiquent que le volume des échanges couverts par de nouvelles mesures de restrictions a atteint plus de 480 milliards de dollars. Ce montant est plus de six fois supérieur à celui enregistré au cours de la période précédente (mi-octobre 2017-mi-mai 2018) et le plus important depuis que cette mesure a été calculée pour la première fois en 2012. Les principaux secteurs affectés par ces restrictions sont l'aluminium et l'acier et les produits fabriqués à partir de ces matériaux. Les meubles, la literie et les machines à laver sont également mentionnés par l'organisation internationale.
En parallèle, les pays du G20 ont pris des mesures de facilitation des échanges. D'après les chiffres du secrétariat de l'OMC, 33 dispositifs ont été adoptés sur la période allant de mai à octobre 2018. Ce qui fait environ une moyenne de 7 par mois. La valeur des échanges ciblés par ces nouvelles mesures de facilitation des importations s'élève à 216 milliards de dollars. Ces mesures comprennent "la suppression ou la réduction des tarifs d'importation et les taxes sur les exportations."
Au total, tout cet arsenal a contribué à ralentir le rythme du commerce mondial. Le volume de marchandises commercialisées est passé de 3,4% au cours du premier semestre 2018 contre 5,7% lors du dernier semestre 2017. Le ralentissement de la croissance des échanges "coïncide avec l'introduction de nouvelles mesures ciblant une variété d'exportations dans de grandes économies. Les impacts directs de ces nouvelles mesures ont été modestes jusqu'au mois d'octobre, mais la monté des incertitudes des politiques commerciales et la chute des commandes pourraient peser sur le commerce" expliquent les auteurs du rapport.
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Dans cette course aux mesures protectionnistes, les tensions entre les États-Unis et la Chine sont particulièrement criantes. S'il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur les gagnants et les perdants de cette bataille, la Chine pourrait être fortement pénalisée. Selon une récente étude menée par le chercheur de l'Institut Ifo Gabriel Felbermayr et par Benedikt Zoller-Rydzek du KOF à Zurich, "les droits de douane à l'importation imposés par les États-Unis sur les biens chinois sont supportés, pour les trois quarts, par les fabricants chinois. " Les économistes indiquent que les droits de douane américains ont visé environ la moitié des produits importés depuis la Chine, représentant une valeur d'environ 250 milliards de dollars. A l'inverse, les droits de douane chinois sur les produits américains, représentaient une valeur d'environ 60 milliards d'euros.
Leur travail intitulé "Who is paying for the trade war with China?" signale que ces droits ont contribué à faire baisser les exportations chinoises vers la puissance américaine d'environ 37%. Ce qui devrait réduire le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de la Chine d'environ 17% selon les estimations communiquées dans l'étude.
Les perspectives relatives à la croissance mondiale ne sont guère réjouissantes. Mercredi dernier, l'économiste en chef de l'OCDE Laurence Boone a alerté sur les risques qui pèsent sur la croissance mondiale. Parmi les risques majeurs évoqués par l'organisation basée à Paris, figurent les tensions commerciales et le flou autour des politiques commerciales menées dans quelques grandes puissances.
Les effets délétères pourraient encore s'accentuer si les États-Unis portaient à 25% leurs droits de douane sur 200 milliards de produits en provenance de Chine à partir du premier janvier prochain.
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