G20 : la guerre des mesures protectionnistes fait rage

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Dans son dernier rapport, Le gendarme du commerce international s'est aussi engagé à se prononcer sur la légalité des diverses mesures de représailles mises en place ces derniers mois par l'Union européenne, le Canada, la Chine et le Mexique à l'encontre de produits américains.
Dans son dernier rapport, Le gendarme du commerce international s'est aussi engagé à se prononcer sur la légalité des diverses mesures de représailles mises en place ces derniers mois par l'Union européenne, le Canada, la Chine et le Mexique à l'encontre de produits américains. (Crédits : Crédits : Bernhard Fuchs/Wikimédia Commons/CC)
Les plus grandes économies mondiales ont imposé 40 nouvelles barrières commerciales entre la mi-mai et la mi-octobre, sur un volume d'échanges de près de 500 milliards de dollars, a révélé ce jeudi l'organisation mondiale du commerce. À quelques jours du sommet du G20 en Argentine, les débats devraient être largement dominés par le thème des tensions commerciales.

Les menaces sur le commerce international semblent de plus en plus pesantes. Selon le dernier rapport de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) publié ce jeudi 22 novembre, 40 mesures restrictives ont été appliquées par les pays du G20 entre la mi-mai et la mi-octobre 2018. Ce qui fait une moyenne de 8 par mois et constitue même un record depuis 2012. Ces barrières comprennent une hausse des tarifs douaniers et des interdictions d'importations. Pour le directeur général de l'institution internationale Roberto Azevedo :

"La menace d'une nouvelle escalade reste réelle. Si nous continuons dans la voie actuelle, les risques économiques augmenteront, avec des conséquences possibles sur la croissance, l'emploi et les prix à la consommation dans le monde entier. L'OMC fait tout ce qui est en son pouvoir pour désamorcer la situation, mais des solutions ne pourront être trouvées qu'avec une réelle volonté politique et le leadership du G20."

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 Le secrétaire général de l'organisation mondiale du commerce Roberto Azevedo. Crédits : Reuters.

Alors que les pays du G20 doivent se réunir lors d'un sommet en Argentine les 30 novembre et premier décembre prochains, les tensions sont loin d'être apaisées. Si l'institution internationale basée à Genève en Suisse est de plus en plus critiquée à l'échelle mondiale, le président Emmanuel Macron a récemment assuré que la solution passait par une réforme de l'OMC et non pas son blocage et sa contestation. "Les conclusions du rapport devraient être réellement préoccupantes pour les gouvernements du G20 et pour l'ensemble de la communauté internationale" a ajouté monsieur Azevedo. De son côté, l'Union européenne pourrait jouer un rôle de médiation selon un haut-fonctionnaire européen interrogé par l'agence Reuters.

480 milliards de dollars d'échanges concernés

Les auteurs du rapport indiquent que le volume des échanges couverts par de nouvelles mesures de restrictions a atteint plus de 480 milliards de dollars. Ce montant est plus de six fois supérieur à celui enregistré au cours de la période précédente (mi-octobre 2017-mi-mai 2018) et le plus important depuis que cette mesure a été calculée pour la première fois en 2012. Les principaux secteurs affectés par ces restrictions sont l'aluminium et l'acier et les produits fabriqués à partir de ces matériaux. Les meubles, la literie et les machines à laver sont également mentionnés par l'organisation internationale.

En parallèle, les pays du G20 ont pris des mesures de facilitation des échanges. D'après les chiffres du secrétariat de l'OMC, 33 dispositifs ont été adoptés sur la période allant de mai à octobre 2018. Ce qui fait environ une moyenne de 7 par mois.  La valeur des échanges ciblés par ces nouvelles mesures de facilitation des importations s'élève à 216 milliards de dollars. Ces mesures comprennent "la suppression ou la réduction des tarifs d'importation et les taxes sur les exportations."

Au total, tout cet arsenal a contribué à ralentir le rythme du commerce mondial. Le volume de marchandises commercialisées est passé de 3,4% au cours du premier semestre 2018 contre 5,7% lors du dernier semestre 2017. Le ralentissement de la croissance des échanges "coïncide avec l'introduction de nouvelles mesures ciblant une variété d'exportations dans de grandes économies. Les impacts directs de ces nouvelles mesures ont été modestes jusqu'au mois d'octobre, mais la monté des incertitudes des politiques commerciales et la chute des commandes pourraient peser sur le commerce" expliquent les auteurs du rapport.

Bataille entre la Chine et les États-Unis

Dans cette course aux mesures protectionnistes, les tensions entre les États-Unis et la Chine sont particulièrement criantes. S'il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur les gagnants et les perdants de cette bataille, la Chine pourrait être fortement pénalisée.  Selon une récente étude menée par le chercheur de l'Institut Ifo Gabriel Felbermayr et par Benedikt Zoller-Rydzek du KOF à Zurich, "les droits de douane à l'importation imposés par les États-Unis sur les biens chinois sont supportés, pour les trois quarts, par les fabricants chinois. " Les économistes indiquent que les droits de douane américains ont visé environ la moitié des produits importés depuis la Chine, représentant une valeur d'environ 250 milliards de dollars. A l'inverse, les droits de douane chinois sur les produits américains, représentaient une valeur d'environ 60 milliards d'euros.

Leur travail intitulé "Who is paying for the trade war with China?"  signale que ces droits ont contribué à faire baisser les exportations chinoises vers la puissance américaine d'environ 37%. Ce qui devrait réduire le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de la Chine d'environ 17% selon les estimations communiquées dans l'étude.

"Les recettes douanières des États-Unis augmenteront ainsi de 22,5 milliards de dollars. Cette somme pourrait ensuite être répartie au sein des États-Unis. Le bénéfice net pour l'économie nationale américaine serait alors d'environ 18,4 milliards de dollars, même si les droits de douane peuvent modifier les décisions des consommateurs américains" précise le communiqué.

Quelles perspectives ?

Les perspectives relatives à la croissance mondiale ne sont guère réjouissantes. Mercredi dernier, l'économiste en chef de l'OCDE Laurence Boone a alerté sur les risques qui pèsent sur la croissance mondiale. Parmi les risques majeurs évoqués par l'organisation basée à Paris, figurent les tensions commerciales et le flou autour des politiques commerciales menées dans quelques grandes puissances.

"L'imposition de nouvelles restrictions commerciales fait baisser le niveau de vie des consommateurs, en particulier des ménages modestes, et génèrent des coûts de production supplémentaires pour les entreprises. Le relèvement des droits de douane sur les biens (et les services) de consommation intermédiaire peut s'avérer spécialement coûteux dès lors que des produits franchissent des frontières à plusieurs reprises."

Les effets délétères pourraient encore s'accentuer si les États-Unis  portaient à 25% leurs droits de douane sur 200 milliards de produits en provenance de Chine à partir du premier janvier prochain.

> Lire aussi : Croissance mondiale : l'OCDE alerte sur les risques

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Commentaires
a écrit le 25/11/2018 à 20:29 :
tous des écolos qui veulent réduire la pollution des avions et des supertankers!
a écrit le 24/11/2018 à 9:39 :
Il devient urgent de redécouvrir Maurice Allais et sa "lettre aux Français". Ce polytechnicien major de la promo 31, prix Nobel d'économie, Académicien a toute sa vie défendu une double orientation : libérale et sociale (...corriger par une redistribution sociale des revenus illégitimes...) ainsi que l'idée que le libre échange ne pouvait se réaliser qu'entre des pays à niveaux sociaux comparables dans le cadre d'un protectionnisme raisonné et raisonnable - crise et mondialisation sont liées. Enfin, il considère qu'une immigration massive conduit à la faillite du pays d'accueil..
a écrit le 24/11/2018 à 6:47 :
Il y a une autre finalité des mesures protectionnistes qui n'est pas développées dans l'article. Ces mesures visent à obliger la Chine à développer son marché intérieur. Les investissements étranger ont de la peine à se développer localement, et les fonds de pension américain on besoin de cash. La retraite américaine est en fait un système par répartition des richesses produites offshore. Du parasitisme économique et financier...
a écrit le 23/11/2018 à 17:55 :
"Les auteurs du rapport indiquent que le volume des échanges couverts par de nouvelles mesures de restrictions a atteint plus de 480 milliards de dollars. "

Donc la guerre commerciale est bien là, merci parce que les médias de masse habitués à nous endormir et incultes économiquement sont très hésitant sur ces chiffres chacun disant ce qui lui passe par la tête en ce moment. Et je ne pense même pas qu'ils le font exprès je pense qu'ils sont tout simplement nuls dans ce domaine aussi.

"L'imposition de nouvelles restrictions commerciales fait baisser le niveau de vie des consommateurs"

Des consommateurs qui ne sont pas protégés par le protectionnisme en effet, alors on s'y met quand ? Tant que ce seront les intérêts du consortium financier européen défendu par l'UE, jamais.

"Leur travail intitulé "Who is paying for the trade war with China?" signale que ces droits ont contribué à faire baisser les exportations chinoises vers la puissance américaine d'environ 37%. Ce qui devrait réduire le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de la Chine d'environ 17% selon les estimations communiquées dans l'étude."

Encore un truc jamais dit dans les médias de masse à savoir que cette guerre commerciale va profiter nettement aux américains. Donc le protectionnisme porte bien son nom, puisque vu que le chômage baisse aux états unis, que la croissance économique explose et que les salaires, et donc le pouvoir d'achat, ben oui les lrem hein c'est pas plus compliqué que ça, commencent tranquillement à monter, protéger son marché intérieur est une idée brillante seulement empêchée par la finance internationale qui se veut hors patrie pouvant prendre le fric partout où elle veut et nuire ainsi à tous les citoyens du monde sans en endosser la moindre responsabilité.

"La véritable liberté est indissociable de la protection des plus faibles. Le libéralisme à l'occidentale est synonyme d'esclavage pour la grande majorité des hommes, qu'ils soient citoyens des pays du Sud ou relégués dans les couches dévalorisées des pays du Nord." Albert Jacquard "J'accuse l'économie triomphante"

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