Croissance mondiale : l'OCDE alerte sur les risques

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Les échanges mondiaux ont déjà faibli, et les restrictions commerciales ont un impact négatif sur la confiance et les projets d’investissement ; au niveau mondial, la progression des échanges devrait probablement rester inférieure à 4% par an en moyenne sur la période 2018-20 rappelle l'OCDE.
"Les échanges mondiaux ont déjà faibli, et les restrictions commerciales ont un impact négatif sur la confiance et les projets d’investissement ; au niveau mondial, la progression des échanges devrait probablement rester inférieure à 4% par an en moyenne sur la période 2018-20" rappelle l'OCDE. (Crédits : Reuters)
L'OCDE a révisé ses prévisions de croissance à la baisse pour 2019 passant de 3,7% à 3,5%. Le ralentissement de l'économie pourrait être plus brutal que prévu si les risques s'accumulent encore dans les prochains mois. La recrudescence des tensions commerciales, le durcissement des conditions financières et l'exacerbation des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et au Venezuela font partie des principales craintes de l'institution internationale.

L'économie mondiale risque de s'essouffler dans les deux années à venir. Selon les dernières prévisions de l'OCDE publiées ce mercredi, la croissance devrait passer de 3,7% en 2018 à 3,5% en 2019 et 2020. Pour la cheffe économiste de l'institution internationale arrivée au mois de juin dernier, Laurence Boone, « la croissance du PIB mondial est élevée, mais a probablement atteint son pic. » Avec ces nouveaux résultats, les experts de l'OCDE abaissent leurs prévisions économiques par rapport aux projections du mois de septembre dernier. Il y a deux mois, ils tablaient encore sur une croissance de 3,7% l'an prochain contre 3,9% au printemps dernier. Après le Fonds monétaire internationale (FMI) il y a quelques mois, l'OCDE multiplie les craintes sur l'activité mondiale.

Lire aussi : Les risques s'amplifient sur la croissance mondiale selon le FMI

Un rythme de croissance modéré

Les projections des économistes indiquent que l'évolution du PIB diffère selon les pays et les secteurs d'activité contrairement à l'expansion généralisée de l'année 2017. Aux États-Unis, la croissance devrait marquer le pas passant de près de 3% en 2018 à un peu plus de 2% en 2020. Les risques sur le pays de l'Oncle Sam se multiplient. La politique expansionniste de Donald Trump creuse fortement les déficits alors que le président américain a réduit considérablement la fiscalité et que l'activité américaine dans le même temps pourrait ralentir rapidement.

Si la dynamique du marché du travail et le très faible taux de chômage continuent de doper la demande intérieure, d'autres facteurs tels que le resserrement de la politique monétaire et la hausse des droits de douanes pourraient peser sur l'activité outre-Atlantique.

Lire aussi : Midterms : l'économie américaine sous pression

Craintes en zone euro

En zone euro, le PIB poursuit sa chute. Après une croissance exceptionnelle en 2017 de 2,5%, le PIB de la zone monétaire devrait tomber à 1,9% en 2018, 1,8% en 2019 et 1,6% en 2020. Si la politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne et des politiques budgétaires modérément expansionnistes devraient continuer de soutenir la demande intérieure, « l'essoufflement de la demande extérieure et l'accroissement des incertitudes liées à l'action publique constituent des freins à l'activité » précisent les économistes de l'organisation basée à Paris.

La situation politique italienne continue de provoquer des tensions sur les marchés et d'alimenter les doutes au sein des institutions européennes à quelques mois des élections. La confiance à l'égard des banques italiennes s'est nettement dégradée alors que la santé du secteur bancaire s'était améliorée. Pour l'OCDE, les établissements bancaires italiens restent bien exposés à la dette souveraine.

Coup de frein en Chine

Pour la Chine, l'OCDE anticipe une diminution du PIB passant de 6,9% en 2017 à 6,6% en 2018, 6,3% en 2019 et 6% en 2020. Le géant asiatique a ralenti ses investissements dans les infrastructures et les crédits ont marqué le pas. Par ailleurs, le vieillissement de la population active chinoise et les tensions commerciales pourraient peser sur l'activité. Dans un récent article, deux universitaires membres du réseau Econpol expliquaient que les fabricants chinois allaient être les plus pénalisés. Le chercheur de l'Institut ifo Gabriel Felbermayr et Benedikt Zoller-Rydzek du KOF à Zurich soulignaient que « les droits de douane à l'importation imposés par les États-Unis sur les biens chinois sont supportés, pour les trois quarts, par les fabricants chinois. »

Lire aussi : La Chine confrontée au vieillissement de sa population

Tensions financières chez les émergents

Les économies émergentes provoquent quelques doutes chez les économistes de l'OCDE. "De graves turbulences financières" ont traversé récemment l'Argentine et la Turquie. Le risque de contagion à l'échelle mondiale semble limitée.

"Les tensions financières observées en Argentine et en Turquie ne représentent pas nécessairement des risques systémiques pour l'économie mondiale, compte tenu des liens financiers et commerciaux qu'entretiennent ces deux pays avec le reste du monde" expliquent les auteurs des perspectives de l'OCDE.

Mais ces économies demeurent exposées à des risques sur les marchés, "en particulier dans l'éventualité d'une normalisation plus rapide que prévue de la politique monétaire dans les économies avancées."

Ralentissement de la croissance pour la France à l'horizon 2020

Pour la France, les économistes anticipent une progression du PIB à hauteur de 1,6% en 2018 et 2019, contre 1,5% en 2020. Les mesures socio-fiscales du gouvernement d'Édouard Philippe font clairement partie des facteurs de ralentissement de la croissance mis en exergue dans le rapport. Les auteurs du document avancent également "l'épisode de chaleur, les grèves prolongées et le fléchissement du pouvoir d'achat des ménages" pour expliquer le coup de frein de la croissance au premier semestre.

Les économistes du château de la Muette, siège de l'OCDE, soulignent que le pouvoir d'achat a progressé par la suite avec l'allègement de la taxe d'habitation et des cotisations sociales. Dans le détail, la consommation des ménages devrait s'affermir tandis que la consommation publique devrait nettement ralentir dans les deux prochaines années.

L'investissement devrait continuer de chuter après avoir atteint un pic en 2017 à 4,7%. Il devrait ralentir à 2,9% en 2018, 2,4% en 2019 et 2020.

Au niveau du chômage, il devrait encore diminuer passant de 9% en 2018 à 8,6% de la population active en 2020 au sens du bureau international du travail (BIT). Le pari d'Emmannuel Macron de ramener le chômage à 7% à la fin son quinquennat paraît de plus en plus intenable. Selon les résultats publiés par l'Insee mardi 20 novembre, le taux de chômage est resté stable au troisième trimestre en France métropolitaine pour s'établir à 8,8% de la population active et 9,1% à l'échelle de la France entière.

Lire aussi : Chômage stable au 3e trimestre et nombreux signaux d'amélioration à la clé

Inquiétudes sur les restrictions commerciales

Parmi les risques majeurs évoqués par l'OCDE figurent, la recrudescence des tensions commerciales et les incertitudes entourant les politiques commerciales.

"L'imposition de nouvelles restrictions commerciales fait baisser le niveau de vie des consommateurs, en particulier des ménages modestes, et génèrent des coûts de production supplémentaires pour les entreprises. Le relèvement des droits de douane sur les biens (et les services) de consommation intermédiaire peut s'avérer spécialement coûteux dès lors que des produits franchissent des frontières à plusieurs reprises."

Les effets néfastes de la politique commerciale américaine pourraient s'accentuer à court terme si les États-Unis portaient à 25% leurs droits de douanes sur 200 milliards de produits en provenance de Chine à partir du premier janvier prochain.

Par ailleurs, le commerce mondial pourrait encore ralentir, même si les tensions commerciales ne s'aggravent pas. "Si les restrictions commerciales entre les États-Unis et la Chine, où d'autres pays, devaient s'intensifier en 2019, les échanges mondiaux pourraient s'en trouver encore sensiblement réduits d'ici 2020" conclut le rapport.

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Commentaires
a écrit le 22/11/2018 à 8:57 :
Mais moins de croissance du commerce cela ne voudrait pas dire moins de transport maritime donc moins de pollution donc bon pour la planète! Mais c'est vrai qu'hypocritement le transport maritime de marchandise n'est pas pris en compte dans les GES de la COP! Le diesel des particuliers français pollue mais pas celui des camions ou celui des bateaux ou avions!

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