La route de l’Atlantique Nord se faisant moins hospitalière, le pays du dragon pourrait chercher de nouveaux débouchés commerciaux en Europe. Mais les entreprises françaises ont aussi une carte à jouer dans le delta du Mékong.« Le fait est que nous avons eu le nez creux ». Bruno Plantaz, DG du logisticien havrais Seafrigo, affiche un sourire malicieux, ce jour-là. Six mois ont passé depuis que son groupe spécialisé dans l'import-export d'alcools et de denrées périssables a ouvert un bureau à Ho Chi Minh Ville, la capitale économique du Vietnam.
Et non seulement celui-ci se révèle déjà profitable, « une première dans un délai aussi court ». Mais il pourrait contribuer à amortir les pertes que risqueraient d'engendrer des droits de douane imposés par les États-Unis. Un pays vers lequel Seafrigo (1 milliard de chiffre d'affaires et 2 500 salariés) expédie le quart des marchandises qui lui sont confiées. Car bien que Donald Trump soit revenu, mercredi soir, sur sa promesse d'imposer, à l'Union européenne notamment, des droits de douane réciproques, les nombreux revirements du président américain créent l'incertitude.
Or, le patron de l'entreprise française en est persuadé, la route Pacifique tiendra ses promesses. En témoigne l'entrepôt flambant neuf « de 31 000 palettes » qu'il a fait construire sur le port du Havre pour stocker les crevettes, poissons et autres fruits exotiques acheminés depuis les rives du Mékong. « Le Vietnam qui a noué beaucoup d'accords internationaux de libre-échange est un vrai relais de croissance pour nous, assure-t-il. En outre, il est plus facile de s'y installer qu'en Chine ».
Bruno Plantaz n'est pas le seul à prendre le pari. Dans un tout autre secteur, Nicolas Coudurier, directeur général de Biocodex, champion français des probiotiques, a inauguré tout récemment, sa première filiale en Asie, à Ho Chi Minh Ville. Forte d'une soixantaine de salariés, celle-ci a pour mission d'écouler des soins du microbiote et des analgésiques. Comme Seafrigo, le fabricant de l'ultra-levure affiche une confiance d'airain. « Cette expansion souligne le potentiel de croissance du pays », fait-il valoir.
Nathalie Jourdan, Florence Falvy et Olivier Mirguet